Edito
12H40 - mardi 16 juin 2020

L’antisémitisme, boussole de la convergence des haines. L’édito de Michel Taube

 

L’antisémitisme est malheureusement souvent le meilleur indicateur, sinon la boussole, de la convergence des haines.

 

 

Samedi 13 juin, place de la République à Paris, la vue d’une banderole des identitaires d’extrême droite sur un immeuble a suscité des cris de « sales Juifs » chez des manifestants dits antiracistes, cris de haine démontrant au passage la bêtise et l’ignorance de leurs auteurs. Autour d’eux, ceux qui ne criaient pas leur aversion des Juifs ne bronchaient pas. Silence vaut consentement ? Étrange convergence de la haine antisémite de l’extrême droite (Génération identitaire, ce ne sont pas des « sales juifs », mais des militants d’une extrême droite consubstantiellement antisémite) et de certains manifestants racialisés qui devraient être solidaires des Juifs face au racisme. Nous les renvoyons à l’article 1 du Code noir

Au cœur de la manifestation, un certain Jean-Luc Mélenchon. Il ne rate jamais une occasion pour rappeler qu’il avait été évincé d’une marche contre l’antisémitisme, à la suite de l’assassinat de Mireille Knoll. 

Jean-Luc Mélenchon, dont une députée est proche des Indigènes de la République, groupuscule anti blancs aux relents racistes et antisémites. Mélenchon, qui, au lieu de prôner un Islam de France laïcisé, courtise l’islam le plus rétrograde et qui manifestait en novembre dernier avec les fondamentalistes islamiques qui criaient « Allahu Akbar » sur la même place de la République ; Mélenchon, qui est en train de solder ce qui lui restait de convictions laïques et républicaines au bénéfice d’un clientélisme grossier, les prolétaires votant depuis longtemps pour le Front devenu Rassemblement national. Si Mélenchon veut finir en « leader maximo » des mouvements indigénistes, qu’il ne s’étonne pas de récolter si peu de voix aux élections nationales et européennes.

L’antisémitisme est aussi virulent dans les « quartiers », chez certains de ceux qui se plaignent à tort ou à raison d’être victimes de racisme. La plupart des juifs ont fui ces quartiers. Même dans les écoles publiques du Nord-est parisien, être élève juif est souvent devenu presque impossible.

 

Certains (trop) des jeunes de banlieue qui se disent victimes de racisme détestent les juifs et n’hésitent pas à le revendiquer. Cette vidéo, comme beaucoup d’autres témoignages, l’attestent. Par ignorance peut-être, par bourrage de crâne idéologique depuis des années voire des décennies certainement. Et la République a laissé faire. Et l’éducation laïque a laissé passer.

On n’a pas vu Assa Traoré, qui se met en scène comme la nouvelle égérie de l’antiracisme, dénoncer cet antisémitisme.

S’en prendre aux juifs est moins douloureux que s’en prendre à soi-même ! C’est la fonction même du bouc-émissaire. On n’a pas davantage entendu la nouvelle égérie de la cause noire en France dénoncer l’esclavage qui se perpétue dans plusieurs pays d’Afrique et du monde arabe. À l’occasion du vote de la loi du 21 mai 2001 portant son nom, Christiane Taubira avait déclaré qu’il valait mieux ne pas trop évoquer la traite négrière arabo-musulmane pour que les jeunes Arabes « ne portent pas sur leur dos tout le poids de l’héritage des méfaits des Arabes ». Ce sont donc les jeunes Européens blancs qui doivent les porter à leur place ! Voilà que dame Taubira apporte son soutien à Assa Traoré, sans nuance, sans analyse objective, alors qu’elle fut ministre de la Justice.

On ne demande pas au clan Traoré de lutter contre l’antisémitisme (quoi que son influence pourrait y aider), et on partage sa critique de la lenteur de la justice. Mais que font, dans l’entourage d’Assa Traoré, des membres de Nation of Islam prônant le séparatisme, ou des militants virulents de la mouvance pro palestinienne dont la cause n’a rien à voir avec le sort de nos banlieues ? Les jeunes, les artistes, les politiques qui se laissent séduire par le discours prétendument antiraciste de cette mouvance devraient y regarder à deux fois avant de leur servir d’idiots utiles.

De leur côté, certains prétendus gilets jaunes, dont on se rappelle les dérapages d’antisémitisme de certains de leurs leaders en 2019, relaient sur les réseaux sociaux des messages, notamment d’Alain Soral, antisémite obsessionnel qui se considère comme « national-socialiste », qui attaque Agnès Buzyn et son mari avec une telle virulence que l’ancienne ministre de la Santé et candidate LREM à la mairie de Paris se retrouve sous protection policière.

Emmanuel Macron a souhaité remettre les pendules à l’heure lors de son allocution du 14 juin : « Ce combat noble (contre le racisme) est dévoyé lorsqu’il se transforme en communautarisme, en réécriture haineuse ou fausse du passé… Ce combat est inacceptable lorsqu’il est récupéré par les séparatistes ».

À bon entendeur, salut !

 

Michel Taube

 

Directeur de la publication