Edito
06H48 - samedi 16 mai 2020

Appels à la prière dans des quartiers de France : Monsieur Castaner, confinement ou non, vous ne pouvez tolérer de telles atteintes à la laïcité. L’édito de Michel Taube

 

On le sait, le confinement a été prolongé pour les cultes et l’interdiction de tout rassemblement de plus de vingt personnes empêche l’ouverture des églises, des temples, des synagogues et des mosquées avant le 2 juin. Les fêtes de Pâques, chrétiennes et juives, en avril, le Ramadan actuellement et pour encore une semaine (toutes nos salutations aux musulmans croyants !), en ont souffert. Manifestement, certains représentants d’un culte ont décidé de surmonter l’obstacle légal et d’appeler à la prière hors des règles du « vivre ensemble » républicain. C’est évidemment inadmissible, cela contrevient à la loi (nuisances sonores) et aux valeurs de la République. Et cela fait enfin une fois de plus le jeu des extrémistes de tous bords.

Doit-on rappeler que l’auteur de ces lignes est attaché à la promotion d’un islam des Lumières, laïc et moderne, ce qui passe par la sécularisation du religieux : la foi musulmane doit se cantonner à la vie privée du croyant. Il croit dans un Islam de France mais pas avec des mueslims qui appellent à la prière comme dans les pays où l’islam est religion d’Etat.

Voyez plutôt…

Des vidéos comme celles-ci, on en trouve à profusion sur Youtube. Celle-ci a été tournée il y a dix jours à Nice dans le quartier Roquebillière, ville de Christian Estrosi et d’Éric Ciotti, pourtant fervents défenseurs de la laïcité et ennemis déclarés de l’islam radical. Ces vidéos, on les doit presque toutes à des sympathisants ou des militants d’extrême droite, ce qui ajoute un drame au drame. Car Marine Le Pen, qui sut apprécier l’argent salafiste pour financer son projet politique, pourrait fort bien, si elle arrive un jour au pouvoir, pactiser avec les Frères musulmans et des salafistes pour acheter la paix sociale, voire la paix tout court. N’avait-on pas subodoré que la fermeté de Manuel Valls, ancien Premier ministre de François Hollande, sur les questions de laïcité, avait contribué à faire de la France la cible privilégiée des islamistes en 2015 ? En est-on arrivé au choix impossible entre soumission et guerre, sans doute civile, car il n’y aurait nul besoin de recruter à l’étranger les combattants du djihad ?

En avril 2019, Emmanuel Macron claironnait qu’il allait se dresser devant « un islam politique qui veut faire sécession en France ». Il l’a répété en octobre 2019 dans la cour de la préfecture de police de Paris en rendant hommage aux fonctionnaires tombés sous le couteau d’un collègue subitement radicalisé.

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Un an plus tard, la police a reçu instruction dans certains départements de ne pas faire respecter la distanciation sociale dans les quartiers sensibles pendant la période de Ramadan (tant pis pour les victimes du Covid-19), et reste sans réaction face aux nuisances sonores du muezzin et les appels à la prière scandés par haut-parleurs dans des quartiers entiers de notre république théoriquement laïque. Les lois de Dieu sont supérieures aux lois de la République ?

La longue, très longue histoire de notre pays permet de rejeter toute comparaison fallacieuse du muezzin avec les cloches des églises qui, elles, sont parfaitement légitimes au regard de l’histoire chrétienne de notre pays et ne heurtent en rien sa nature laïque, même s’il a fallu se battre en son temps contre l’Eglise catholique pour séculariser le politique, cantonner l’Eglise à ses paroisses et ses écoles « libres » et faire passer les lois de 1905. Contrairement à ce que prétendent les complices de l’islam politique, cachés derrière cette même loi, ce n’est pas seulement l’État qui est laïc. L’article 1er de la Constitution fait de la France, de toute la France et pas seulement de l’État, une république laïque.

Mais que font Christophe Castaner, ministre des cultes autant que de l’Intérieur et les élus locaux de Nice pour faire respecter la loi et la Constitution ? Pas de vagues, pas d’amalgame, encore…

Lorsque l’on voit, lorsqu’on entend surtout, de telles vidéos, on pense aux habitants de ces quartiers qui sont musulmans laïcs ou, incroyants, aux athées, aux chrétiens, aux bouddhistes, aux juifs, aux agnostiques et aux autres qui ont le sentiment de se réveiller et de se coucher à Bagdad ou Kaboul lorsqu’ils entendent ces appels à la prière.

On se dit aussi ceci : ne sommes-nous pas arrivés au stade où il est devenu illusoire de reconquérir les territoires perdus de la République, sauf à appliquer les méthodes mao-staliniennes de la Chine à l’égard des Ouïghours, sort que nous condamnons sans réserve, cela va sans dire ? 

Ce renoncement fait écho au fatalisme de Michel Onfray, qui constate plus qu’il ne juge. Il pourrait même corroborer l’analyse d’Éric Zemmour, convaincu que la cause est perdue parce que l’exégèse du Coran est interdite depuis le Moyen-âge, et qu’il en résulte que l’islam ne peut être que politique et donc voué à régenter toute la société. Ignore-t-il qu’avant que les fréristes et autres salafistes ne tissent leur toile sur les pays musulmans en se nourrissant de la dictature qui oppressait les peuples, les femmes de Téhéran, de Bagdad ou du Caire avaient tombé le voile sans attendre qu’un grand Mufti, sultan ou iman, ne décrète le retour à une interprétation rigoriste du Coran.

En novembre dernier, la manifestation contre l’islamophobie avait permis aux organisateurs de lancer des « Allah Akbar » place de la République à Paris. Mais à Nice comme dans d’autres villes, ces incantations religieuses sont multi-quotidiennes.

Où sont donc les grands discours sur la laïcité (de celui d’Emmanuel Macron dont il n’existe que notre version fictive) ? Et les politiques de lutte contre la radicalisation qui auraient dû être la mère des réformes du quinquennat (avec la réforme de l’Etat) ? 

Messieurs Macron, Philippe, Castaner, soyez bien conscients que l’islam politique utilise aujourd’hui, à l’égard des musulmans de France, les mêmes méthodes que celles qui lui avaient permis d’islamiser les pays musulmans en voie d’émancipation. Aujourd’hui, en laissant passer ces pratiques inadmissibles, vous abandonnez les musulmans de France aux intégristes et mettez en danger nos valeurs les plus sacrées. Vous, et tous les politiques qui vous ont précédé et, on peut le craindre, ceux qui vous succèderont, en serez comptables devant l’Histoire républicaine et laïque de notre bonne vieille France.

 

Michel Taube

 

 

 

 

 

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