Edito
06H55 - jeudi 14 mai 2020

En cas de nouveau pic du Covid-19, les médecins de ville ne devraient-ils pas être, plus que l’hôpital, le cœur du dispositif sanitaire ? L’édito de Michel Taube

 

La gestion de la crise sanitaire du coronavirus par l’hôpital n’est pas un si grand succès que cela en France. Malgré l’héroïsme des soignants, malgré leur mobilisation extraordinaire, le nombre des morts est considérable. Le Réseau européen de recherche en ventilation artificielle (REVA) a parlé de 30 à 40% de mortalité dans les services de réanimation français.

Comment en aurait-il pu en être autrement dans un pays où les notions de santé publique, de prévention sont si peu développées. On sait soigner, on sait mal prévenir.

Obsédé par le risque d’une saturation des services d’urgence et soumis au dictat de certains grands pontes de la médecine, enclins à mépriser les médecins de ville comme les bourgeois méprisaient le petit peuple sous l’ancien régime, Emmanuel Macron et son gouvernement devront s’expliquer de leur bilan de la gestion de la crise du Covid-19, le plus désastreux de l’Union européenne. Sur le plan sanitaire, nous comptabilisons à peine moins de morts que l’Italie, l’Espagne ou le Royaume-Unis, qui n’ont pas la chance d’avoir le « meilleur système sanitaire du monde ». Et ce n’est même pas certain, car selon le syndicat de médecins généraliste MG France, plus de 9000 décès à domicile n’auraient pas été comptabilisés à la date du 26 avril.

Sur le plan économique, la récession est bien plus forte en France que chez tous ses voisins. L’économie, tout comme les services publics, s’y sont arrêtés plus qu’ailleurs. Il faut dire qu’avec notre bureaucratie étouffante et nos syndicats néo marxistes archaïques, Emmanuel Macron n’a pas été aidé. Mais dans notre Vème République qui ne cesse de prouver qu’elle a fait son temps, le super chef Macron doit assumer la gestion de la crise, comme il devait assumer celle des gilets jaunes et de la réforme (définitivement avortée ?) des retraites.

Pourquoi avoir tout misé sur l’hôpital ? Pourquoi avoir négligé et méprisé les médecins de ville et les pharmaciens ? La pénurie, masquée par des mensonges, n’explique pas tout. Où était la politique de prévention ? Et pourquoi s’entêter en refusant de généraliser la prise de température devant tous les lieux accueillant du public, et tester en priorité les fiévreux ? Pourquoi ne pas imposer le port du masque dans tout l’espace public, puisque les instructions complexes et alambiquées, lorsqu’il ne s’agit pas d’injonctions contradictoires, ne sont pas comprises ?

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Pour éviter un nouveau confinement généralisé à la demande du Conseil scientifique, confinement qui entraînerait un appauvrissement massif des Français, avec des effets sanitaires dévastateurs et plus mortels que le Covid-19, il faut que les médecins de ville reprennent d’urgence la place centrale voire le gouvernail de la politique de santé publique des Français.

On relèvera que dans la règlementation régissant le DPM, le dossier médical partagé, les médecins traitants sont les chefs d’orchestre et les seuls habilités à connaitre de la totalité des données médicales du patient.

Si à l’automne (voire en juin si les Français ne respectent pas les gestes barrières) l’épidémie devait reprendre, les généralistes devront tous être équipés de masques FFP2 et de tout le matériel de protection leur permettant d’accueillir les patients en toute sécurité. C’est dès maintenant, si ce n’est déjà fait, que les chaînes de production en France doivent être lancées.

Les médecins devront pouvoir tester leurs patients et les diriger en conséquence. Ils devront également être libres de prescrire les traitements de leur choix avec le consentement éclairé du patient, au moment où ils l’estiment utile. Cela inclue la chloroquine, quand bien même serait-elle un générique et donc une insulte pour les laboratoires. Mais on peut craindre que le fameux essai Discovery, qui devait être européen, mais qui est presque exclusivement français, conclura au rejet de ce médicament gênant, alors que ses défenseurs français et étrangers ne cessent de rappeler que ce n’est pas dans les conditions de cet essai (effectué en l’espèce sur des personnes très malades alors que, rappelons-le, la chloroquine est utile mors des premiers signes de détresse respiratoire) qu’il peut démontrer son éventuelle efficacité.

Le développement de la télémédecine ne saurait s’arrêter au stade de la consultation. La télésurveillance des patients par les médecins spécialistes et généralistes, mais toujours sous la supervision de ces derniers, doit devenir une priorité : elle est efficace sur le plan sanitaire et source de considérables économies pour l’assurance maladie. Une télémédecine généralisée aurait permis en mars d’aider les médecins à détecter les patients contaminés à moindre risque.

Ce qui est terrible, c’est que nous assénons ici des évidences. Du moins le sont-elles ailleurs. Se tromper est lourd de conséquences quand on dirige un pays. Mais persister dans l’erreur, s’arc-bouter sur des méthodes qui ont échoué, cela est impardonnable. Si dans quelques mois la France se retrouve dans une situation analogue à celle que nous avons vécue, si le Conseil scientifique et l’administration sanitaire continuent de conduire la crise sanitaire sans considération pour les effets économiques, si les médecins de ville, spécialistes et généralistes, et toute la médecine privée sont mis sur la touche – ou presque -, si les pénuries de toutes sortes en gants, blouses, tests et masques notamment, se reproduisent, alors il faudra en tirer sur-le-champ les conséquences politiques, sans quoi, c’est le peuple qui pourrait les tirer avec tous les dangers qui en résultent.

L’histoire nous enseigne que ce qui suit une révolution est pire que ce qui la précède. Le pire désastre serait que le pays tombe aux mains des extrémistes. Emmanuel Macron en porterait alors une responsabilité incommensurable. D’où son obligation de réussir, et celle des oppositions républicaines (hors RN et LFI) de disposer d’une offre alternative.

 

Michel Taube

 

 

 

 

 

 

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