Edito
06H55 - lundi 6 avril 2020

L’évasion des confinés. L’édito de Michel Taube

 

Le premier ministre a parlé trop tôt de la sortie du confinement, lors de son audition par la mission d’information de l’Assemblée Nationale mercredi 1er avril, alors que le pic de l’épidémie n’était pas encore atteint. Et les Français, plus gaulois que cartésiens, se sont rués sur les premiers rayons du soleil et les premières chaleurs printanières pour briser la rigueur du confinement !

« Respectez le confinement ! » Facile à dire en avril (d’avant le réchauffement climatique) ou en Angleterre où, paraît-il, il pleut toujours (sauf lorsqu’il y a du brouillard). Le premier week-end d’avril dans une grande partie de la France confinée et coronavirussée avait des airs d’été. Sur BFMTV, on nous montrait les joggers du bassin de la Villette, dans le 19ème arrondissement de Paris gambadant joyeusement (mais sportivement) au bord du canal, presque toujours à plusieurs mètres de distance l’un de l’autre.

Des confinés se sont donc évadés. Verboten ! Mais on se demande sur quels critères un agent de la force publique dans l’exercice de ses fonctions (de maintien de l’ordre confiné) peut distinguer la marche flâneuse de « l’activité sportive », selon la terminologie de la fameuse attestation dérogatoire. Ah l’attestation dérogatoire… Encore un sanctuaire de la bureaucratie. Et si j’avais quatre attestations, chacune avec une heure de départ différente, pour présenter la bonne à monsieur le policier ?

La vérité est que les constantes injonctions paradoxales du gouvernement n’ont pas aidé à imposer un confinement total. Autoriser le jogging, interdire tous les marchés puis réautoriser le quart d’entre eux… C’est plus la peur du coronavirus que la clarté des mesures gouvernementales qui a convaincu les Français de rester chez eux.

Scène de la vie parisienne des années 20 (de ce siècle bien sûr)… Vendredi soir, vers 19h30, toujours au bord du canal de l’Ourcq à la Villette : quatre policiers, dépourvus de masques, marchent côte à côte (distance de « sécurité » entre eux, 10 centimètres), occupant toute la largeur de la berge. Ils ne contrôlent personne. Lorsque le quatuor croise un jogger, l’un de ses membres s’écarte pour le laisser passer. Ce jogger a dû transpirer de peur en croisant les représentants de l’ordre et ses goutellettes de transpiration risquent fort d’avoir touché le gardien de la paix sanitaire. Le respect de la distanciation sociale a bon dos !

Difficile de suivre la doctrine politico-scientifique du docteur Macron : après avoir prétendu le contraire, on commence à envisager la possibilité que les petits coronavirus ne tomberaient peut-être pas au sol comme des masses, quand ils sortent de la bouche d’un malheureux contaminé. Non seulement ils emprunteraient les gouttelettes expectorées, ils seraient vaporisés sur une distance bien plus importante, comme des pollens ou poussières, ce qui pourrait expliquer l’extrême contagiosité du Covid-19. Résultat : d’inutile, le masque deviendrait subitement indispensable, même dans la rue.

Dans ce cas, à plus forte raison si l’on sort nu (sans masque), profiter de ce week-end ensoleillé pour flâner, voire pour faire du sport, est dangereux et peu civique. Mais alors, pourquoi avoir à nouveau autorisé certains marchés, sur dérogation préfectorale ? Les clients (en grande majorité dépourvus de masques eux aussi) se croisent dans les allées, au point de se toucher, et contribuent bien plus à la circulation du virus qu’en marchant au bord d’un cours d’eau.

Pourtant, même s’il ne faut pas encore crier victoire, il semblerait que le combat majeur, celui qui a justifié ce confinement si désagréable pour les personnes et si dévastateur pour l’économie, a de bonnes chances d’être gagné : celui d’éviter la saturation des hôpitaux par une arrivée massive de malades en situation critique. Ce sera la grande victoire du gouvernement, du ministre Véran et surtout de l’ensemble du système hospitalier français qui a su pousser les murs pour anticiper le pic épidémique.

Bien entendu, il eut mieux valu appliquer la méthode coréenne : équiper toute la population de masques, tracer les malades (même si cela chatouille les défenseurs de la vie privée) dépister massivement et isoler les personnes infectées. Mais faute de grives coréennes, on mangera du merle français confiné. Il est donc indispensable que nous continuions, de gré ou de force, à respecter les consignes, qui sont assez souples pour nous permettre de prendre l’air et de nous dégourdir les jambes.

Le respect que l’on doit aux soignants et à nos proches exige de rester chez soi autant que faire se peut. Pour le moment, on n’a pas mieux en magasin pour ralentir la transmission du coronavirus.

Reste à savoir jusqu’à quand ce confinement sera supportable, tant pour nos psychismes que pour l’économie. Et c’est l’autre raison du laisser-aller des Français ce week-end : en annulant les épreuves du Bac, en expliquant que la sortie du confinement se fera en plusieurs étapes, les Français ont certainement pris conscience que le gouvernement allait maintenir un confinement encore long, jusqu’à l’été peut-être pour certains !

Il est donc urgentissime, pour éviter une double peine, et pour envisager une sortie franche du « chacun chez soi » de se donner les moyens de tester toute la population et de l’équiper de masques !

En attendant, #Restezchezvous !

 

Michel Taube

 

 

 

 

 

Directeur de la publication