Edito
07H04 - vendredi 27 mars 2020

Sommes-nous prêts pour le pic épidémique ? L’édito de Michel Taube

 

À Mulhouse, Emmanuel Macron a tenu un nouveau discours de chef de guerre, fustigeant ceux qui veulent « fracturer le pays ». Silence dans les rangs ! Allons donc, ceux qui osent critiquer le pouvoir pendant la guerre sont-ils des traitres et des ennemis de la Nation ?

Un petit mea culpa n’aurait pas été vain, bien que sans grand impact, à ce stade. Car le chef a mal préparé ses troupes. Sa ligne Maginot est une passoire et dans tous les domaines, il a une longueur de retard sur l’ennemi, mais aussi sur les autres membres de la coalition, à savoir la plupart des pays développés.

Le pic épidémique est déjà atteint dans le Grand Est. Il arrive en région parisienne : demain, lundi, semaine prochaine ? Martin Hirsch, patron de l’AP-HP – Hôpitaux de Paris, pousse un cri d’alarme : il y a urgence absolue à réquisitionner les médecins, à se procurer des respirateurs… Fin de non-recevoir de Sibeth Ndiaye, donc du gouvernement, donc du chef de l’État.

Eux, qui se sont tellement trompés, savent. Mais que savent-ils ? Les Italiens, prenant exemple sur le modèle coréen, le seul qui semble fonctionner, vont utiliser la géolocalisation pour tracer les personnes infectées, les tester, les traiter. À tort ou à raison, et sans doute un peu tard. Mais ils décident. Gouverner, c’est prévoir, mais c’est aussi décider. Vu les circonstances, c’est décider vite. Nous, on va y réfléchir : « Nous n’avons aujourd’hui aucune initiative gouvernementale plus avancée… qu’une recherche d’informations à l’échelle internationale », répond encore Sibeth Ndiaye à la question d’un journaliste sur l’utilisation des données personnelles. C’est comme pour la chloroquine : on va tester et on verra.

Le pic épidémique arrive. Et non, nous ne sommes pas prêts. Il n’y a pas que Martin Hirsch qui l’affirme. Tout le monde le sait, même (surtout) Emmanuel Macron. C’est la guerre, la guerre, la guerre, la guerre…. Ça, on l’a compris ! Et qu’entend-on dans les hôpitaux ? Qu’on nous envoie à la guerre sans armes, mais qu’on va la gagner, parce que nous sommes la France.

À la décharge du chef de l’État et du gouvernement, il faut bien admettre que nombre de scientifiques à l’égo surdimensionné juraient il y a quelques semaines encore que le Covid-19 n’était qu’une grippette. Même le professeur Didier Raoult disait qu’on ne devait pas faire un tel tralala pour « deux chinois » coronavirusés. Emmanuel Macron aurait mieux fait d’écouter aussi la parole des médecins d’Asie, qui en connaissent un rayon sur les épidémies. Mais non, seuls ont son oreille les mandarins de la médecine nationale, assis sur leurs certitudes.

Le pic épidémique est donc déjà là, dans le Grand Est. En Île-de-France, aussi, on le sent déjà. Les télévisions diffusent des images de personnels soignants désespérés, et d’autres de pays développés où l’on voit des personnels soignants quasiment en tenue de cosmonaute pour se protéger. L’Allemagne compte 25.000 lits de réanimation. Nous, 5000. L’appel de Martin Hirsch laisse augurer de scènes d’horreurs, faute de respirateurs en nombre suffisant.

Les Allemands, toujours eux, ont testé 500.000 personnes ! Un demi-million d’habitants sont testés chaque semaine ! Et parmi elles, toutes les personnes dépistées sont confinées. Résultat : l’Allemagne enregistre beaucoup moins de morts et toute l’économie du pays n’est pas arrêtée comme chez nous !

Alors bien sûr, il ne faut pas accabler Emmanuel Macron et son gouvernement, en particulier Olivier Véran, le ministre de la Santé, récemment arrivé dans l’arène, et qui se bat comme un beau diable, entre devoir de vérité et raison d’État.

L’hôpital va mal depuis très longtemps et l’administration française, qui ose encore se dire exemplaire, est un puits sans fond qui ne rend pas au citoyen l’argent qu’elle lui prend. Car il n’y a pas que l’hôpital qui est malade. Peut-être même que Macron n’a pas été assez jupitérien, qu’il n’aurait pas dû écouter son entourage et surtout, son comité scientifique. Il se dit que lui voulait ajourner les municipales et qu’il a cédé. Il aurait peut-être voulu réformer l’État (quoi que, son projet de réforme constitutionnelle stoppée net par l’affaire Benalla prévoyait un renforcement des pouvoirs du président de la République et de l’Etat jacobin), qui en a le plus grand besoin, décoincer ce pays englué dans la bureaucratie, tout spécialement s’agissant de l’administration sanitaire. Dans un hôpital, avant de commander une boîte de stylos ou des rouleaux de pécu, il faut recueillir une dizaine de signatures de sous-chefs. Ce n’est pas de la démagogie, c’est le témoignage rapporté d’assistantes sociales d’hôpitaux qui nous l’ont confié.

Comment voulez-vous alors que l’Etat administratif soit en état d’affronter une pandémie ?

Mais oui, le pic épidémique est là, et nous ne sommes pas prêts. Qui ose le dire ? Les faits le diront, et malheureusement, ils ne mentent jamais et il se trompent encore moins.

 

Michel Taube

Directeur de la publication