Monde
06H50 - lundi 9 mars 2020

Il faut défendre les frontières de l’Europe ! La chronique de Renaud Girard

 

A la veille de la venue du président turc Erdogan à Bruxelles pour discuter avec les dirigeants européens de son bras fer sur une possible nouvelle crise migratoire en Europe, Renaud Girard nous propose une chronique parue le 3 mars sur son site Internet.

Géopoliticien, grand reporter et correspondant de guerre, chroniqueur international du Figaro, pour lequel il a couvert les principaux conflits de la planète depuis 1984, Renaud Girard est également professeur de Stratégie à Sciences Po Paris. Son dernier livre : Quelle diplomatie pour la France (éditions du Cerf, 2017).

Les frontières de l’Europe sont attaquées. Dimanche 1er mars 2020, de solides jeunes barbus, criant « Allah Akbar ! », portant un tronc d’arbre en guise de bélier, essayaient de défoncer le portail d’un poste-frontière grec. Ces musulmans, résidant en Turquie mais natifs de différents pays du Moyen-Orient, souvent en guerre, avaient été gratuitement transportés en autobus par les autorités turques vers la frontière grecque.

Le 27 février 2020, le président turc avait en effet décidé d’encourager des centaines de milliers de migrants à forcer les frontières de l’Union européenne (UE). Pour Recep Tayyip Erdogan, il s’agissait de punir l’UE, après que 33 soldats eurent trouvé la mort dans un bombardement effectué sur le territoire syrien, dans la province d’Idlib (nord-ouest de la Syrie).

Il y a là matière à être surpris deux fois. Premièrement, pourquoi Erdogan fait-il une grosse colère ? Quand on envoie des soldats en expédition dans un autre pays que le sien, ne prend-on pas le risque qu’ils s’y fassent tuer ? Deuxièmement, pourquoi punir les Européens, alors que ce ne sont pas eux – mais des avions syriens ou russes – qui ont tué ces malheureux soldats turcs ? La seule manière de comprendre le geste d’Erdogan est que ce Frère musulman a toujours, dans sa diplomatie extérieure comme dans sa politique intérieure, préféré s’en prendre à des faibles qu’à des forts. Erdogan n’a aucune difficulté à insulter Macron. Avant d’insulter Poutine ou Trump, il y réfléchira à deux fois.

La Russie et l’Amérique ne sont pas des pays que l’on fait chanter. L’Union européenne, c’est différent. Depuis la crise des migrants de 2015, les Turcs ont compris qu’ils pouvaient la faire chanter à leur guise. « Tu ne veux pas faire ce que je désire, tu ne veux pas me donner plus d’argent ? Alors, je vais t’envoyer quelques centaines de milliers de migrants musulmans supplémentaires. » C’est, en substance, le langage que tient tous les jours à l’égard de Bruxelles notre nouveau sultan néo-ottoman.

Comment la Turquie est-elle passée, en l’espace de vingt ans, du statut d’allié des Européens à celui de menace ? Lorsqu’il prit le pouvoir au début des années 2000, Erdogan choisit comme ligne de politique étrangère « zéro problème avec nos voisins ». Il s’y tint pratiquement pendant dix ans, maintenant d’excellentes relations avec tous les pays arabo-musulmans de son voisinage mais aussi avec les pays balkaniques.

Sa politique vire au printemps 2010, à l’occasion d’une provocation qu’il suscite contre Israël, nation qui entretenait, depuis son indépendance en 1948, d’excellentes relations avec Ankara. Il autorise l’envoi, depuis le port d’Antalya, d’une flotille « humanitaire » vers Gaza, territoire contrôlé par les Frères musulmans du Hamas et soumis à blocus par Tsahal. Les commandos israéliens interviennent en haute mer le 31 mai 2010 pour bloquer le convoi, faisant neuf morts parmi les militants pro-Hamas. Erdogan crie aussitôt au crime contre l’humanité ; cela lui donne immédiatement, dans le monde arabo-musulman, une grande popularité. Elle va lui monter à la tête. En 2011, éclatent les printemps arabes : Erdogan tente de les récupérer à son profit. Il rêve d’en prendre partout le leadership.

A partir de 2012, Erdogan intervient dans la guerre civile syrienne, contre le régime baasiste de Bachar al-Assad, dont il avait été pourtant l’ami personnel. Son service secret, le MIT, accueille les djihadistes venus du monde entier et les fait passer en Syrie. Il les arme et il les soigne, sur le territoire turc. Il se sent pousser des ailes, car il a, au début, les Occidentaux à ses côtés. Naïvement, ils arment et financent des « rebelles », qu’ils croient « démocrates », alors que la plupart sont, au fond de leur coeur, des islamistes.

Mais les alliés islamistes arabes d’Erdogan perdent la guerre en Syrie. Ils sont aujourd’hui regroupés dans la province d’Idlib, sous la férule du Fatah al-Cham, la branche syrienne d’Al Qaïda. Ils vont s’exfiltrer en Turquie car Bachar, soutenu par Poutine, entend reconquérir l’intégralité du territoire syrien.

Pourquoi les Européens paieraient-ils le prix des graves imprudences d’Erdogan ? Il faut d’urgence aider financièrement et militairement la Grèce et la Bulgarie à défendre les frontières de l’Europe et arrêter cette immigration musulmane de masse, dangereuse pour la cohésion de l’UE.

Les Européens ne sauraient continuer à accepter qu’on détourne systématiquement leur droit d’asile. L’Afghanistan est un pays où la guerre et l’oppression islamiste ne cesseront pas avant longtemps. Est-ce à dire que cela donne à tout Afghan le droit de se réfugier dans l’UE ? Si oui, encore faudrait-il consulter démocratiquement sur ce point les sociétés européennes. Car, hélas, elles ont depuis longtemps constaté, chez elles, l’échec du multiculturalisme.

Renaud Girard

 

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