Edito
06H55 - lundi 10 février 2020

Sexe, mensonges et sport. L’édito de Michel Taube

 

Didier Gailhaguet n’aura ni cravate ni chaussettes oranges* en guise de remerciements pour ses dix-sept années à la tête du patinage français.

Alors que ce sport est dans la tourmente depuis les révélations de l’ancienne patineuse Sarah Abitbol, voilà que la glace est cette fois brisée par Amélie Quéguiner, cavalière dans les années 1980, qui affirme avoir été victime d’un viol collectif : un coach, son entraîneur et un conseiller technique régional auraient abusé de celle qui ne fut alors qu’une jeune fille de 13 ans, élève d’un centre équestre de Nouvelle-Aquitaine. 

Au même moment, c’est une ancienne pilote de motocross qui, après avoir fait condamner son entraîneur pour agression sexuelle par le tribunal correctionnel, poursuit la Fédération française de motocyclisme devant le tribunal administratif pour ne pas avoir révélé des faits que, selon elle, la fédération ne pouvait ignorer.

A l’image de la glace, le mur du silence est en train de se fissurer, et met à jour des pratiques qui perdurent depuis des décennies dans le monde du sport… et dans tant d’autres.

Le sport français vit donc son moment #MeToo. En effet, c’est le moment qu’ont choisi une cinquantaine de sportifs olympiques pour enfoncer le clou, en appelant sur France Info tous les sportifs victimes de violences sexuelles à dévoiler les exactions dont ils ont été victimes, même si les faits ont été commis il y a longtemps. Le signataire le plus prestigieux est Teddy Riner, le monstre sacré planétaire du judo (on pardonne à notre champion préféré sa première défaite hier à Bercy après 154 victoires consécutives, lui qui est et reste le grand favori pour les JO de Tokyo).

Le plus écœurant dans ces révélations successives, c’est qu’elles donnent le sentiment qu’abuser des jeunes sportives n’a pas été une pratique si exceptionnelle. En 2005, l’ancienne championne de tennis, Isabelle Demongeot, ouvrait le bal des révélations, en déposant plainte contre l’entraîneur Régis de Camaret, âgé de 70 ans lorsqu’il la viola, alors qu’elle était mineure. Il fut condamné à dix ans de prison. L’athlétisme, la natation, le football… Les langues se délient et on se demande où cela s’arrêta. Comme dans le cinéma et dans le monde du travail en général (s’agissant du harcèlement sexuel en particulier), la multiplication des affaires de crimes ou de délit à connotation sexuelle interroge. Quelle est la véritable ampleur du problème ? Doit-on s’attendre à d’autres révélations fracassantes dans les prochaines semaines ou les prochains mois ?

Les faits sont si graves que rien ne devrait freiner le train de la vérité, qui semble s’être accéléré ces derniers mois. La proximité des Jeux olympiques de Paris doit y contribuer. Il est urgent de mettre les faits en adéquation avec les grands principes. Les JO de Paris 2024 doivent être exemplaires à tous points de vue, claironnent en cœur ou en canon les responsables sportifs et politiques. Cela concerne notamment l’obligation impérieuse d’écarter les prédateurs sexuels des vestiaires.

Disons le franchement : on peut néanmoins être perplexe quant à la probité des instances sportives internationales, au vu notamment de leurs hésitations coupables dans la lutte anti-dopage. Espérons que la Mairie de Paris aura à cœur de laver plus blanc que blanc (voir notre article sur les déconvenues d’un entrepreneur français, Alain Barbier, avec lesdites instances africaines et mondiales).

Bien entendu, la chasse aux violeurs et aux pédophiles ne saurait se transformer en lynchage, en chasse aux sorcières chimériques, sur fond de dénonciation calomnieuse ou sans preuve. Notre état de droit ne le permet pas. La présomption d’innocence est parfaitement compatible avec le fait d’écarter Didier Gailhaguet, sanction politique et non judiciaire. Mais la fin de l’omerta doit être saluée et encouragée.

Si la perversité de ces détraqués sexuels qui hantent les stades ne peut, fort heureusement, leur valoir une irresponsabilité pénale, on peut néanmoins s’interroger sur l’opportunité de faire coacher ou entraîner des jeunes filles, jusqu’à l’intimité des vestiaires, par des hommes adultes et parfois d’âge plus que mûr. Non pas que tous les hommes soient des prédateurs pervers, mais l’accumulation des faits doit conduire à se demander si cette proximité n’est pas de nature à tenter le diable. La présence de femmes adultes aux côtés de ces entraîneurs ne serait-il pas une solution ? Il amène également une autre question : alors que l’équipe de France de football féminin est entrainée par une femme, Corinne Diacre, pourquoi a-t-on besoin de chercher des hommes pour entraîner des patineuses, des nageuses ou des gymnastes ? Des couples mixtes d’’entraîneurs seraient-ils une autre solution ?

Devenu le plus grand show du monde, le sport a vu sa dimension éthique et morale décliner à mesure que l’argent l’inondait. L’ivresse de la victoire ne saurait justifier que l’on sacrifie nos enfants sur l’autel de la gloire et de l’argent. Les vestiaires des clubs sportifs doivent être expurgés des prédateurs sexuels. Elémentaire, mon cher Watson ! Et pourtant, tant de travail reste à faire.

Un plan de lutte contre les violences sexuelles dans le sport, annoncé par Roxana Maracineanu, ministre des sports, et qui a fait preuve d’une grande autorité face à l’autoritarisme de Didier Gailhaguet, sera-t-il à la hauteur de cette Grande cause nationale du quinquennat Macron ? Au vu d’autres volets des engagements pris par le gouvernement en la matière, nous dirions : prudence et vigilance…

 

Michel Taube

 

*L’auteur de ces lignes porte cravate et chaussettes oranges contre les violences faites aux femmes, sur une idée inspirée de l’Orange Day qu’organise (avec de moins en moins de prestance) l’ONU Femmes tous les 25 novembre, date de la Journée internationale contre les dites violences.

 

Directeur de la publication

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