Monde
13H40 - lundi 6 janvier 2020

Andres Couve, ministre des sciences et de la technologie du Chili : « malgré la COP25, nous atteindrons les objectifs de l’Accord de Paris »

 

Au cœur du palais de la Monnaie, à Santiago, Andres Couve, ministre des sciences et de la technologie, enchaîne les rendez-vous. Durant trente minutes, il a accepté de se confier à Guillaume Asskari, chroniqueur Amériques latines d’Opinion Internationale.

Andres Couve aborde notamment le bilan de la COP25 à Madrid (qui devait initialement se tenir au Chili). Bien qu’il soit déçu des résultats concernant les accords de Paris, le ministre chilien reste optimiste pour l’avenir. Entretien exclusif.

 

Opinion Internationale : Depuis 2018, il n’y avait pas de ministère consacré à la recherche scientifique et au développement de l’innovation. Vous êtes le premier ministre en charge des sciences, de la technologie et de l’innovation. C’est donc une première dans l’histoire du Chili. Quelles sont vos marges de manœuvre ?

Andres Couve : « Nous avons terminé une année au ministère, nous avons eu le temps de former de très bonnes équipes et prendre des engagements importants tels que pour la COP25. Pour la première fois, nous avons disposé d’un budget pour le projet science, technologie, connaissance et innovation pour l’année 2020. C’est un budget qui nous permet de nous déployer dans les régions. Nous avons cinq bureaux régionaux, dont quatre déjà en fonctionnement. Lors de la COP25, plus de 600 chercheurs ont remis un rapport. Nous avons également fait la première réunion des ministres des sciences avec des représentant de dix-huit pays. On avance bien pour le moment.

 

Début décembre, vous étiez présent à Madrid pour la COP 25 avec Caroline Schmidt, ministre de l’environnement. Quel regard portez-vous sur la COP25 et son déroulement ?

En tant que ministère des sciences, nous avons également participé activement à promouvoir les objectifs du Chili et parmi ces objectifs figuraient celui de conclure les accords de Paris, d’installer le thème de l’océan, d’intégrer la communauté universitaire, la société civile et les entreprises dans le processus.

Parmi ces objectifs, nous avons réussi plusieurs d’entre eux comme l’intégration du thème des océans. Ce sera un sujet de discussion en 2020. Pour les accords de Paris, où nous sommes engagés, nous aurions aimé obtenir des meilleurs résultats. Concernant l’article 6 [il prévoit un système d’échange de droits d’émissions de gaz à effet de serre entre des pays qui en émettent trop, et des pays qui en émettent moins, les réductions d’émissions réalisées par les uns pourraient être rachetées par un autre Etat. NDLR], certains pays signataires s’accordent sur le principe de l’article, mais pas sur sa mise en application. L’objectif n’a pas été atteint pour le moment. Obtenir un accord commun, c’est un priorité pout nous aujourd’hui. Je suis optimiste, on va y parvenir.

Face aux défis que nous rencontrons ou que nous rencontrerons, il est important d’être solidaires. En ce sens, en septembre 2019, le Chili était présent avec le ministère des Sciences au Sommet du climat des Nations Unies à New York, où le Chili a commencé à diriger une coalition internationale pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. À New York, nous avons réussi à recruter 66 pays. A la fin de la COP25, c’est un total de 121 sur 196 pays qui se sont déjà engagés dans la neutralité carbone. Cependant, il y a encore du travail à faire, les grands émetteurs ne sont pas tous engagés.

 

A la presse chilienne, vous avez déclaré ne pas être satisfait des résultats de la COP25. Pourquoi ?

J’ai dit que je n’étais pas satisfait car on attendait beaucoup de cette COP25. En revanche, je pense qu’on aurait pu mieux faire. L’article 6 de l’accord de Paris n’a pas été conclu. Il a été examiné en profondeur par 196 pays et l’UE dans son ensemble. Je pense qu’il faut encore un peu de temps. On ne peut pas prendre des décisions unanimes, c’est une discussion internationale multilatérale. C’est l’objet d’une négociation complexe, je pense que des progrès ont été accomplis dans la compréhension technique, dans la compréhension politique. Il faut mobiliser tous les pays et créer une ambitieuse politique pour le climat.

 

Quels sont les défis que rencontre le Chili aujourd’hui ?

Le premier défi, c’est celui de sauver notre planète du réchauffement climatique et respecter nos océans. L’autre défi, c’est celui d’utiliser des énergies vertes. Notre pays est contaminé par la pollution. Nous avons beaucoup investi dans les énergies renouvelables, notamment l’énergie solaire et l’énergie éolienne. Le gouvernement a pris l’engagement de fermer toutes ses centrales à charbon d’ici 2040. Nous voulons montrer l’exemple. A la COP25, la ministre de l’Agriculture a montré son inquiétude concernant les impacts négatifs du réchauffement climatique. Nous souhaitons une agriculture saine et durable. La prochain COP, organisée à Glasgow, sera l’occasion d’en reparler.

L’autre défi est celui de renforcer la démocratie.  Quand vous voyez toutes les manifestations dans le monde, les revendications sont différentes les unes des autres. Cependant, nous devons prendre en compte les demandes citoyennes. Nous devons trouver des canaux de communication pour que tout le monde puisse participer davantage.

 

La COP25 aura également été marquée par un climat social aussi compliqué. Comment l’expliquer ?

Je pense qu’il y a des liens entre le climat social et le changement climatique. C’est souvent les plus pauvres qui sont impactés par le changement climatique. Personnellement, je pense que la crise climatique est une urgence pour tout le monde. D’un côté, le climat social révèle également que la population veut un changement. On doit trouver un moyen pour que les citoyens soient plus impliqués dans le processus politique et dans la démocratie.

Un référendum pour une nouvelle Constitution sera organisé en avril prochain au Chili. Les citoyens choisiront. Dans mon pays, il y a aussi l’inégalité au niveau des territoires, certaines terres sont totalement sous la sécheresse. Dans notre pays, les problématiques sont très variés (le manque d’eau, les feux de forêts…) mais elles sont souvent liées entre elles. On doit trouver des solutions plus adaptées à chaque situation.

 

Propos recueillis par Guillaume Asskari

Journaliste, producteur, chroniqueur « Amériques Latines » d’Opinion Internationale

Journaliste, Chroniqueur « Amériques latines »

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