Edito
08H35 - vendredi 11 octobre 2019

Et le prix Nobel de la Paix est attribué à… L’édito de Michel Taube

 

Nous l’avions pressenti dans notre édito de ce matin… Le Prix Nobel de la paix est attribué au premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, pour son engagement pour la démocratisation de son pays.

 

 

Aujourd’hui à 12h précises, l’Académie d’Oslo dévoilera le nom de son 100ème prix Nobel de la paix. Elle ou il succèdera à Denis Mukwege, gynécologue congolais, symbole de la lutte contre les violences sexuelles, et Nadia Murad, militante yézidie, ex-esclave de l’État islamique.

Les femmes et les hommes, les organisations qui mériteraient de recevoir cette noble distinction abondent évidemment. Les bookmakers s’affrontent : selon le JDD, la militante suédoise Greta Thunberg, le chef indien Raoni, les Premiers ministres d’Ethiopie, Abiy Ahmed (nous avons pensé très fort à lui) et de Nouvelle-Zélande, Jacinda Ardern, sont en tête. L’ex-président brésilien Lula, emprisonné pour corruption, est encore ce soir parmi les favoris de l’agrégateur de sites de paris Oddschecker. Pour sourire un peu, le chef cuisinier José Andrés, la footballeuse américaine Megan Rapinoe ou son homologue anglais Raheem Sterling sont également cités.

Opinion Internationale a fait sa sélection. Verdict…

 

Le peuple soudanais : pour un deuxième printemps arabe

Le peuple soudanais est notre favori pour l’édition 2019 du prix Nobel de la paix. Entamée en décembre 2018, il a fallu neuf mois à la forte mobilisation populaire pour faire tomber le système dictatorial d’Omar El-Béchir, vieux de trente ans.

On ne parlait jamais du Soudan dont le peuple semblait vivre sous la servitude d’un homme poursuivi pour crimes contre l’humanité par la Cour Pénale Internationale. Et voici que le vent de la liberté, de la lutte pour les droits des femmes, pour la démocratie est venu bousculer le sens de l’histoire.

Des figures ont émergé. Et puisque le prix Nobel de la paix est attribué intuiti personae à des personnes physiques ou morales qui incarnent une cause, le Prix Nobel de la paix attribué au peuple soudanais, pourrait aller à quatre personnalités : tout d’abord l’Association des professionnels soudanais qui regroupe des corps de métier (avocats, médecins, ingénieurs, universitaires, enseignants…) et qui, lorsque le prix du pain a été multiplié par trois fin 2018, a déclenché la révolte populaire et l’a guidée jusqu’à la chute du régime.

Ensuite, Alaa Sanah, devenue l’icône de la révolution soudanaise, symbole de ces femmes – courage que nous avons portraitée dans un « Sois belle et ouvre la ». Pour les femmes, nous aurions pu aussi citer Raja Nicolas Abdel Massih, nommée au nouveau Conseil souverain, la première chrétienne à intégrer l’exécutif au Soudan.

Enfin, deux dirigeants du Conseil souverain mis en place fin août. Scénario rarissime

 dans l’histoire, les militaires et les civils, hiers hostiles, ont décidé de se partager le pouvoir. Ainsi, le nouveau chef de l’Etat, le Général Abdel Fattah al-Burhan, dirigera le Conseil pendant 21 mois et un civil lui succédera pour le reste des 39 mois de transition prévus.

Enfin, côté civil, l’économiste Abdallah Hamdok, ancien collaborateur des Nations unies, a prêté serment comme Premier ministre le 21 août.

Le Soudan vient d’écrire une page mémorable d’un chapitre que d’autres peuples pourraient encore écrire, notamment en Algérie. Tout comme le prix Nobel de la paix en 2015 avait été attribué au quartet du dialogue national tunisien, ce Prix encouragerait un deuxième printemps arabe.

 

Greta Thunberg : la montée en flèche d’une lanceuse d’alerte

Tant de lauréats du prix Nobel de la paix ont été honorés pour ce qu’ils n’ont pas fait, ou pas encore fait, mais qu’ils feront peut-être, ou inciteront les autres à faire. Serait-ce le cas de Greta Thunberg ? Certes, ses compétences et ses connaissances ne progresseront pas en faisant l’école buissonnière, mais secouer si vigoureusement le cocotier écologique mérite bien quelques récompenses ou encouragements, d’autant plus que la cause est intrinsèquement porteuse de paix.

Faut-il encore présenter Greta, la nouvelle meilleure copine d’une génération ? La jeune fille de seize ans a beaucoup fait parler d’elle en 2019, à tel point qu’elle est aujourd’hui aussi adorée que détestée. « Comment osez-vous ? » : son discours à la tribune de l’ONU du 24 septembre 2019 l’a encore propulsée sur le devant de la scène. Elle fut suivie d’une plainte contre plusieurs Etats (dont la France, mais pas les Etats-Unis et la Chine, plus gros pollueurs de la planète).

Bref, incisif et plein de rage, le discours de Greta est à l’image de cette génération qui monte.

C’est un phénomène, certes un peu téléguidé par ses parents (Jordi aurait-il mérité le prix Nobel ?), quelques leaders verts (couleur de la forêt et d’un célèbre billet) et autres gourous de la communication. En un an à peine, son engagement ferme pour la préservation de l’environnement et l’urgence climatique, ainsi que sa rage communicative contre l’inefficacité des gouvernements ont su convaincre les jeunes générations à travers le monde entier, qui voient en elle l’égérie même de cette lutte globalisée.

Greta Thunberg (et ses mentors) est à l’origine du mouvement « Fridays for Future » qui mobilise, tous les vendredis, des dizaines de milliers de personnes à travers le monde, sous forme de « grèves pour le climat ».

Dans un contexte planétaire de plus en plus chaud, qui voit l’Amazonie brûler, la fonte des glaciers s’accélérer à une vitesse inattendue, et où il est plus que jamais temps de réagir au nom du climat à l’échelle mondiale, ne faut-il pas appeler à primer cette lanceuse d’alerte ?

 

Michel Taube avec Sofia Farhat et Raymond Taube

Directeur de la publication
Chroniqueuse monde arabe d’Opinion Internationale
Directeur de l'IDP - Institut de Droit Pratique / rédacteur en chef d’Opinion Internationale