Monde
17H00 - lundi 19 août 2019

Condition animale : petites trahisons et grande compromission de la France. Le point de vue de Laurence Taillade

 

La présence mercredi 14 août de Didier Guillaume, ministre en charge de l’agriculture et du bien-être animal, dans les gradins d’une corrida à Bayonne, a relancé la polémique opposant partisans de traditions archaïques et barbares et leurs détracteurs, aujourd’hui majoritaires dans l’opinion publique.

Il faut dire que la France sait prendre des distances avec les directives européennes, lorsque cela lui permet de flatter un électorat lobbyiste, et que la grande majorité reste silencieuse et inactive. La simple désapprobation ne fait plus plier les politiques depuis bien longtemps.

En effet, cet archaïsme n’est malheureusement pas la seule monstruosité que nos gouvernants avalisent, malgré les normes relatives à la protection animale édictées dans la directive 98/58/CE, qui date pourtant déjà de 1998.

Cette dernière définit le bien-être animal comme, selon un avis de l’ANSES de février 2018, « l’état mental et physique positif lié à la satisfaction de ses besoins physiologiques et comportementaux, ainsi que ses attentes. Cet état varie en fonction de la perception de la situation par l’animal ».

Il se traduit, par le principe fondamental des cinq libertés individuelles de l’OIE, l’Organisation mondiale de la santé animale, prévoyant l’absence de faim, de soif et de malnutrition ; l’absence de peur et de détresse ; l’absence de stress physique et ou thermique ; l’absence de douleur, de lésions et de maladie ; la liberté d’expression d’un comportement normal de son espèce.

Ce règlement prévoit qu’il est possible de recourir à certaines pratiques susceptibles de causer des souffrances ou blessures minimales ou momentanées lorsque ces méthodes sont autorisées sous conditions par des dispositions nationales.

La France s’arroge le droit de piétiner le droit animal par cette simple possibilité d’exception.

Ainsi, la condition animale, dans notre pays, devient un véritable problème pour l’Assemblée nationale quand il s’agit d’aller à l’encontre d’électeurs locaux traditionnalistes ou d’enjeux financiers. C’est certainement la raison pour laquelle l’ensemble des mesures qui auraient pu être favorables à la condition animale, lors du vote de la loi sur l’alimentation et le bien-être animal, ont été rejetées par les députés. Il faut dire que l’ancien ministre de l’Agriculture, Monsieur Stéphane Travers avait, lui-même, émis un avis défavorable à tous les amendements visant à encadrer ou interdire certaines pratiques liées à l’élevage, le transport et l’abattage.

Face à des gouvernants incapables de trancher entre les revendications des lobbies de l’agroalimentaire et la condition animale, la finance a pris le pas : les animaux continueront de souffrir, les porc d’être castrés à vif, les porcelets de subir des caudectomies, les poussins broyés… Bref les mutilations et autres cruautés resteront des pratiques autorisées et fréquentes. Aucune contrainte n’est prévue pour y mettre fin. Il vaut mieux laisser le soin de s’organiser à chaque filière… Le gouvernement a fait preuve soit de la plus grande naïveté, soit de la plus grande hypocrisie dans cette affaire.

On ne peut qu’être circonspect, d’ailleurs, face à la multiplication de foires où les animaux sont arrachés à leurs prés, convoyés par camions sur des centaines de kilomètres, dans des conditions stressantes, pour être exposés à la foule et au bruit.

 

Chasse et corrida, mêmes entraves au droit des animaux

Autre domaine, mais mêmes victimes, la chasse cumule des pratiques déviantes qui doivent être révisées urgemment. Sans remettre en cause le principe de chasse, qui a une place dans la régulation de la faune et sa prolifération, elle ne doit pas devenir un prétexte à des actes de cruauté ne laissant aucune chance à l’animal comme la chasse à la glue ou la vénerie sous terre.

Il s’avère que pour justifier des aménagements propres à autoriser les corridas et autres joyeusetés de la torture animale, ces messieurs s’appuient sur l’argument de la tradition. Ainsi, la tradition, la culture ou la religion, permettraient toutes les formes de cruauté, dont la mise en scène de la torture et de la mort d’un animal. Il semble, d’ailleurs, impossible de reconsidérer l’abattage rituélique, qui est bien une méthode remettant en cause toutes les lois sanitaires et de la protection animale dans le cadre de l’abattage casher ou hallal. Mais les parlementaires qui s’y sont frottés ont bien vite retiré leurs textes. Les ministres, quant à eux, ne disent mot sur ce qui est bien un scandale.

La tradition érigée en dogme mène à la régression des civilisations. Ces pratiques sont à mettre au rang des archaïsmes que nous avons déjà abolis, tels que l’excision, pratiquée en France au 19e siècle, l’esclavage, le statut de mineures des femmes, la peine de mort, la torture sous l’inquisition…

Améliorer l’homme, comme expression du logos dont il est porteur, c’est être capable de le définir tel qu’il devrait être et non de ce qu’il était. Il n’est pas de société évoluée qui se réjouisse de la guerre ou de la violence sur toute forme de vie. Peut-on, dès lors, qualifier d’être éclairé celui qui se glorifie de martyriser une autre espèce pour son plaisir ? L’expression même de la violence n’est-elle pas, d’ailleurs, l’une des plus basses aspirations humaines. Elle atteint son paroxysme lorsque l’on assiste à cette violence et que l’on y trouve une source de plaisir. Est-ce cela l’expression d’une société qui se prétend civilisée ?

L’humanité, parce qu’elle a la charge des autres êtres vivants, a la lourde responsabilité de penser l’équilibre du monde. Il semble qu’elle se laisse parfois emporter par la source de plaisirs faciles en oubliant le poids qui lui incombe : protéger le bien que la nature lui a prêté.

Ainsi, la Corrida, qui ne tient son origine française qu’à la volonté de Napoléon III, qui l’importa d’Espagne, n’a ni légitimité culturelle, ni légale, puisqu’une simple exception ajoutée à l’article 521-1 du Code pénal, a permis de contourner la loi commune en droit local. Ce qui signifie que parce qu’une longue tradition locale existe, dans ces départements, on peut continuer à torturer les taureaux tranquillement, quand ailleurs, on encourt, pour les mêmes actes, une peine de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende. Quelle logique à tout cela ? Ces aménagements absolvent l’Afeitado, cette séquence de préparation particulièrement cruelle subie par le taureau en amont de son « combat », les picadors et les banderilles… Qui ose encore qualifier cette boucherie de spectacle n’y aura jamais assisté ou manque cruellement de discernement. Enfin, ces exceptions à la règle commune menacent aussi l’indivisibilité de la République, qui ne peut se satisfaire de cumuler les droits locaux.

On ne peut donc que penser que Didier Guillaume défend d’une bien étrange façon la condition animale en encourageant la corrida, par sa présence dans les gradins de Bayonne !
Cette coutume barbare, ainsi que les méthodes d’abattage rituéliques, doivent être soumises à la loi commune sur la sensibilité animale. Plus aucune dérogation ne peut être encore tolérée, c’est une atteinte à notre propre dignité. C’est une atteinte au rayonnement moral de notre pays, qui ne peut honorablement dénoncer les pratiques étrangères comparables.

Il semble que ce gouvernement, comme les précédents, ne soit en train de succomber aux sirènes électoralistes locales. A quelques mois des élections municipales, et avec une base électorale des plus fragiles, l’enjeu est bien trop important pour risquer de froisser les partenaires de droite traditionnaliste locaux. LaRem continue la stratégie du coucou et, en intégrant les équipes sortantes majoritaires, se constitue les armées de grands électeurs nécessaires au retournement du Sénat… La deuxième partie du quinquennat se joue déjà. Elle sera plus sanglante que cette corrida… si nous n’y prenons garde.

Pour l’heure, il n’y a aucune trace d’humanité dans cette façon de traiter l’animal, qu’il soit destiné à notre alimentation ou non. La France doit y mettre fin et respecter les directives européennes, s’il elle veut prétendre à être un pays civilisé.

 

Laurence Taillade

Présidente de Forces Laïques, Le Parti Républicain Laïque

 

 

 

 

 

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