Monde
08H14 - jeudi 15 août 2019

Réparons l’injustice faite au corps expéditionnaire français (CEF) d’Italie. Tribune de Michel Scarbonchi

 

Opinion Internationale s’attache aux mémoires vivantes et parfois vives comme de la braise. Or la France entre dans une séquence mémorielle…

Emmanuel Macron salue ce 15 août le débarquement de Provence il y a soixante-quinze ans, et samedi 17, il présidera une Cérémonie à l’occasion du 75ème anniversaire de la libération de Bormes-les-Mimosas.

De même, la Ville de Paris inaugurera le dimanche 25 août prochain le musée de la libération de Paris – musée du général Leclerc – musée Jean Moulin place Denfert-Rochereau à Paris.

Le 3 septembre prochain, marquera aussi les quatre-vingt ans du discours de Mohammed V appelant les Marocains à se mobiliser au côté de la France qui venait d’entrer en guerre. A cette occasion, Opinion Internationale organisera avec M. Mustapha Laabid,le président du groupe d’amitié France – Maroc à l’Assemblée Nationale, une cérémonie d’hommage à ce grand discours jeudi 27 septembre 2019 à l’Assemblée Nationale.

Dans ce contexte mémoriel, voici la tribune de Michel Scarbonchi sur cette deuxième armée qui a sauvé la France : le corps expéditionnaire français (CEF).

 

En ce 15 août sont célébrées les cérémonies du débarquement de Provence du 15 août 1944.

Notre pays rend hommage à diverses dates et de diverses façons aux grands moments du conflit de la deuxième guerre mondiale en mettant en avant les temps forts de la résistance intérieure, la 2ème DB du général Leclerc, la libération de nos grandes villes.

Mais comment expliquer qu’il n’existe aucune commémoration concernant les faits d’armes du Corps Expéditionnaire Français (CEF) en Italie, lequel sous les ordres du général Juin, a ouvert la route de Rome aux troupes alliées dès le 11 mai 1944. Seuls se pratiquent des dépôts de gerbes par notre ambassade aux cimetières de Monte Mario à Rome et de Venafro au pied de Cassino où reposent près de 7000 tombes, musulmanes, juives, chrétiennes.

Le débarquement en Normandie, vingt-quatre heures après l’entrée du CEF à Rome, est venu occulter les exploits de cette armée française.

Ce Corps Expéditionnaire Français, « armée d’Afrique » fut composé de 120 000 hommes dont 60 % étaient maghrébins et subsahariens et dont 6 577 furent tués, 2 088 portés disparus et 23 506 blessés. Par ses victoires de Cassino, du Belvédère et du Garigliano, en enfonçant la ligne Gustav où les troupes américano-britanniques étaient bloquées, impuissantes, depuis six mois, le CEF a permis la conquête rapide de l’Italie et devint un facteur déterminant de la victoire finale.

Cette armée a surtout eu, par ses faits d’armes, pour conséquence de changer l’attitude des Américains, des Anglais et même des Allemands vis-à-vis de notre armée d’alors, comme en attestent de nombreux témoignages historiques. Victoires militaires qui ont permis au Général de Gaulle de s’asseoir à la table des vainqueurs au moment où le destin de la France s’écrivait, à la fin de la guerre, sous administration américaine.

Certes des exactions, des viols, des pillages ont terni cette épopée militaire.

Le CEF a probablement aussi été victime de l’image que renvoyait sa composition multiraciale et multiconfessionnelle. Il fallait, alors, mettre en avant la résistance intérieure plutôt que « l’armée des colonies » laquelle allait néanmoins devenir, pendant la campagne de France, la première armée française.

Nous avons sûrement raté, en cet instant, un rendez-vous avec notre histoire : mettre en avant le CEF, c’eut été favoriser l’intégration pour des Marocains, des Algériens, des Africains, si Français par le sang versé et plus tard si ignorés par peur de « l’émancipation ». Nous ne l’avons pas fait.

Le Président Emmanuel Macron s’honorerait de faire ce qu’aucun de ses prédécesseurs n’a fait : choisir une date pour commémorer sur le territoire national le Corps Expéditionnaire Français et ses faits d’armes durant la campagne d’Italie.

Il réparerait ainsi une profonde injustice.

De plus, dans le contexte identitaire et d’appartenance actuel, cette commémoration revêtirait une symbolique d’union nationale et de fraternité avec notamment la reconnaissance de ces combattants « non Français de souche » qui sacrifièrent leur vie pour la France.

Une façon pour la France de se souvenir encore de ses « turcos », tabors et goumiers…

 

Michel Scarbonchi

Ancien député européen et membre, au titre de « descendant », de l’Association des Anciens du 6ème Régiment deTirailleurs Marocains (RTM).