Monde
10H31 - lundi 1 juillet 2019

Yerushaláyim, al Quds, Jérusalem : dis-moi ton nom ! Paris inaugure une Place de Jérusalem, la ville trois fois sainte. L’édito de Michel Taube

 

La Ville de Paris a longtemps compté une « rue de Jérusalem », commençant quai des Orfèvres et aboutissant à la Préfecture de Police. Celle-ci a été rasée en 1883 afin d’agrandir le Palais de Justice. Le Conseil de Paris a décidé début juin, à une très large majorité, de renouer avec ce lien historique en dénommant une place de la capitale du nom de Jérusalem. Symboliquement, il a été choisi de l’implanter dans le 17e arrondissement où s’élève désormais le nouveau Palais de Justice.

Cette place de Jérusalem inaugurée hier (au croisement de la rue de Courcelles et du boulevard de Reims dans le 17e), en présence d’Anne Hidalgo et de Moshe Leon, Maire de Jérusalem, mais aussi de représentants du judaïsme, du christianisme et de l’islam, Jérusalem s’étant construite au fil des siècles par le dialogue et la rencontre entre ces différentes religions.

Cette décision est forcément très politique. L’occasion de saluer en l’espèce la politique équilibrée d’Anne Hidalgo, à l’endroit d’une région dont les querelles politiciennes jusqu’en France ne sont jamais loin. On se souvient qu’en 2015, la Maire de Paris avait organisé « Tel-Aviv plage » en bord de Seine, une façon de célébrer la ville la plus ouverte et la plus délurée d’Israël et sans doute du Moyen-Orient, provoquant l’ire des mouvances gauchistes. Ces derniers appellent à nouveau à boycotter cette inauguration demain.

Car Jérusalem est une ville sans équivalent sur terre. Israël en a fait sa capitale politique, mais elle n’est pas reconnue comme telle par la quasi-totalité des États de la planète, à l’exception notoire des États-Unis depuis 2017 qui ont décidé d’y installer leur ambassade. Les Palestiniens la revendiquent également comme leur capitale politique et le statut de la Ville fait bien entendu partie des pierres d’achoppement dans le conflit israélo-palestinien.

Si la capitale économique et culturelle d’Israël est Tel-Aviv, Jérusalem ne peut se résumer à la ville trois fois sainte, capitale religieuse du monothéisme et des trois religions du Livre. Elle est en fait un curieux patchwork : musulmans, juifs, chrétiens de toutes obédiences s’y croisent dans une ville vieille de plus de 3 000 ans.

La rue jérusalémienne est à l’unisson, diversifiée et pluriculturelle, mais elle demeure pénétrée par le souffle biblique. Les chrétiens en pèlerinage sur les pas de Jésus, surtout à Pâques, y croisent des juifs du monde entier venant prier au « Kotel », le Mur des Lamentations, ou simplement visiter ce haut lieu du tourisme religieux. Tous, et pas seulement les musulmans prient à la Mosquée El Aqsa, un édifice bâti sur un lieu très controversé appelé Esplanade des Mosquées par ces derniers et Mont du temps par les juifs, un dualisme symptomatique d’un enchevêtrement culturel, cultuel et historique rendant d’autant plus complexe une éventuelle partition de Jérusalem. La vieille ville, avec son célèbre souk, est principalement arabe.

Les ultras religieux, en particulier la plupart des juifs orthodoxes de Jérusalem, vivent en vase clos. Pas question pour un touriste, même un homme, de se balader en short dans le quartier de Mea She’arim ! Certains ultras vont plus loin encore : les membres de la secte juive Neturei Karta, parfois reçus en grande pompe en Iran et dans des pays arabes, appellent à la destruction d’Israël. À leurs yeux, ce pays ne pourra exister qu’après la venue du Messie.

Pour tous les religieux, l’autre grande ville du pays, Tel-Aviv, est la cité de la dépravation et de la décadence, héritière des bibliques Sodome et Gomorrhe. Pourtant, une Gay Pride (Marche des fiertés) se tient chaque année, non seulement à Tel-Aviv, mais aussi à Jérusalem depuis 2002. Plus étonnant encore : il est même déjà arrivé que les juifs orthodoxes homosexuels de Jérusalem manifestent pour protester contre les discriminations dont ils font l’objet ! À quand une Gay Pride à La Mecque ou à Téhéran ?

La coexistence entre tous les courants de pensée, du plus religieux au plus laïc, et de toutes les religions sur un espace aussi restreint est une caractéristique de Jérusalem qui méritait bien qu’une place de Paris porte son nom, et que la coopération entre les deux capitales soit saluée et encouragée, par-delà toute considération politique.

Cette place de Jérusalem, c’est aussi le pari que le dialogue inter-religieux permette de créer les conditions morales d’un règlement définitif du conflit israélo-palestinien… On peut toujours espérer…

 

Michel Taube

 

 

 

Directeur de la publication