Monde
08H48 - vendredi 24 mai 2019

La folie française ! par Francis Massé, essayiste et consultant

 

Le Politique est de plus en plus trahi par la politique du fait de politiciens de moins en moins aguerris et de l’effondrement des anciennes élites, alors que les nouvelles n’ont pas encore les commandes. Nous perdons la raison et le sens commun, la sagesse nous quitte. Le 26 mai prochain les élections européennes exigent pourtant d’aller voter pour l’Europe.

Or nous risquons trois dangers : la confusion entre une élection européenne et un référendum pour ou contre le président de la République ; l’affaiblissement de la représentation de la France au Parlement européen, du fait d’une abstention importante, par des représentants de partis extrémistes qui ne sont pas majoritaires dans le pays ; enfin le piège de l’illusion sur la vraie souveraineté.

Une partie de nos élites sont déconnectées des réalités et sont coupées du Peuple dont les révoltes sociales récentes ont montré la cassure croissante existant dans notre pays. Mais la crise sociale, les inégalités et les enjeux sociaux et sociétaux si importants qu’ils soient ne peuvent être traités sans un cadre institutionnel fort, démocratique et adapté.  Or l’enjeu des élections européennes est justement de consolider ce cadre. Celui que Jacques Delors désignait sous le terme de Fédération d’États-Nations. Dans ces conditions il est indispensable que nos représentants au Parlement européen soient des personnes engagées dans la poursuite de la construction européenne et non dans sa déconstruction, voire sa destruction. Chacune avec sa vision de l’Europe, sa sensibilité politique et sociale mais s’intégrant dans la procédure qui sert de support à l’organisation et à l’expression de débats démocratiques complexes et non simplistes.

A certains égards, même si le droit le permet, c’est une mauvaise farce que de se représenter à une élection pour devenir membre d’une institution que l’on souhaite faire disparaître. Ce n’est pas en tout cas la bonne élection pour en débattre. Sauf à imaginer que les partis extrémistes européens, eux-mêmes profondément divisés, ne visent que d’accéder à un vain pouvoir sans aucune finalité positive.

Dans le contexte actuel de crises multiformes, de mutations et de transitions en tout domaines, l’élément central qu’il faut comprendre est constitué par le fait que chaque problème à traiter existe à un nombre variable et indéfini d’échelles, le monde global et l’international, les grandes régions du monde dont l’Europe et les territoires. Même s’il est logique d’attribuer à un niveau particulier de gouvernance une compétence particulière, la lutte contre le changement climatique au niveau international, les règles de concurrence à l’Europe, la sécurité aux États, l’aménagement /développement des territoires aux régions ou le social aux départements et aux communes, la coopération entre tous ces niveaux s’impose parce que les causes et les effets des problèmes à traiter sont partout.

La question essentielle de la souveraineté, la compétence des compétences, relève par conséquent d’un partage intelligent et pragmatique entre nos États-Nations et l’Union européenne. Il en est ainsi par exemple des questions de commerce international ou de règles de concurrence comme l’illustre parfaitement le dossier des GAFAM aujourd’hui.

Le 26 mai prochain il faut aller voter et voter pour l’Europe, en s’adressant à l’intelligence et au sens des responsabilités des Français.

La démocratie est certes imparfaite et laisse à désirer sur de nombreux points. Mais il ne faut pas se faire voler le droit individuel de vote. Il serait paradoxal que les révoltes sociales qui ont secoué notre pays et souvent pour des motifs dignes et fondés et qui ont revendiqué plus de participation citoyenne avec un plus grand usage du référendum aboutissent à une abstention massive.

Pour de grands changements dans le monde, une gouvernance mondiale est nécessaire car elle serait à l’échelle d’enjeux cruciaux en particulier le changement climatique et la croissance des inégalités.

Pour une vraie intégration dans la vie de la cité les territoires et les villes sont indispensables de même que la patrie, notre France, avec son génie propre est notre lieu d’expression le plus cohésif.

Mais l’Europe demeure plus que jamais un démultiplicateur de puissance et le moyen singulier de renforcer notre culture et notre civilisation et un modèle social qui bien que déstabilisé demeure l’un des plus vertueux au monde.

Celles et ceux qui oublient la France nous dédaignent. Mais celles et ceux qui promettent une France seule, forte et souveraine cherchent à nous tromper.

Seule ? Alors que nous allons devoir cohabiter et coopérer dans la paix si possible avec 2,5 milliards d’Africains, 1,3 milliard de Chinois et autant d’Indiens ?

Forte ? Alors que d’ici à peine trente ans notre PIB ne représentera que très peu dans l’économie mondiale ? Seule l’addition des PIB des pays européens en fera une puissance économique, synergique et créative, une force qui compte.

Souveraine ? Alors que nous ne pourrons sans nos amis et alliés européens résister aux forces politiques, culturelles, démographiques, techniques ou économiques ?

Qui ment ?

Le 26 mai il faut voter à droite, au centre ou à gauche, mais voter pour des partis europhiles ; la France doit impérativement envoyer au Parlement européen des députés qui veulent construire et non détruire notre Europe.

 

Francis Massé

Auteur d’Urgences et lenteur – Quel management public à l’aube du changement de monde. Préface d’Anne-Marie Idrac. Éditions Fauves, 2017, Président de MDN consultants.

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