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06H12 - jeudi 29 novembre 2018

Vous avez dit liberté ? Les (vrais) Affranchis font revivre le libéralisme par ses grands textes.

jeudi 29 novembre 2018 - 06H12

Nous allons vous parler d’un livre qui commence sur une exergue :

« Attaché ? dit le Loup : vous ne courez donc pas

Où vous voulez ? Pas toujours, mais qu’importe ?

Il importe si bien, que de tous vos repas

Je ne veux en aucune sorte, Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor. »

Cette Fable de La Fontaine (n°5, Livre I) résume la tragédie du libéralisme car cette ode à la liberté fait porter le flambeau de celle-ci par un loup, cet animal qui fait si peur. Car le libéralisme fait peur…

Or le libéralisme ne devrait pas être une injure…

Nous pensions que l’élection d’Emmanuel Macron en 2017 réconcilierait les Français avec le libéralisme… Est-ce de n’avoir pas été au bout de sa logique et de n’avoir osé une rupture libérale dès son élection ? Est-ce la vengeance des conservateurs de tous poils et de tous horizons ? Force est de constater que, dix-huit mois après son arrivée au pouvoir, celui que l’on pensait être le plus libéral des présidents français peine à y convertir nos concitoyens.

En ces temps de gilets jaunes et de colère rouge, il est peut-être intempestif de se dire libéral. Mais Opinion Internationale, média pluraliste, attaché aux valeurs d’humanisme, au premier rang desquelles la liberté, est un média libéral au sens politique, tocquevillien du terme. Nous avons donc trouvé utile l’initiative des Affranchis, coordonnés par Sacha Benhamou, de revenir aux sources du libéralisme en publiant de grands textes du libéralisme dans l’ouvrage « Vous avez dit liberté ? ».

Ceci dit, nous ne pouvons manquer de proposer quelques définitions, disons plutôt quelques visions, du libéralisme qui, selon nous, permettent de dépasser la caricature qu’on en fait parfois ou les abus dans lesquels les libéraux eux-mêmes poussent trop souvent cette philosophie politique.

Libéralisme religieux tout d’abord en reprenant dans L’œuvre au noir de Marguerite Yourcenar cette épigraphe de Jean Pic de la Mirandole qui prête à Dieu ce propos : « Je ne t’ai donné ni visage, ni place qui te soit propre, ni aucun don qui te soit particulier, ô Adam, afin que ton visage, ta place et tes dons, tu les veuilles, les conquières et les possèdes par toi-même. »

Libéralisme philosophique ensuite : l’homme est comme un anneau… En son centre il n’y a rien mais chacun construit le cercle qui entoure ce rien de la matière, de la couleur et de l’épaisseur qui lui importe.

Libéralisme politique bien sûr : luttons encore et toujours contre l’omnipotence de la majorité (pour reprendre le titre d’un chapitre de La démocratie en Amérique d’Alexis de Tocqueville), instaurons sans cesse des contrepouvoirs contre la tyrannie d’un seul pouvoir, fusse-t-il démocratique.

Libéralisme économique enfin : plus tu seras riche et libre de l’être tu le seras, plus tu seras solidaire et généreux.

Rendez-vous chaque semaine à la Une d’Opinion Internationale pour lire un texte de l’histoire du libéralisme.

Michel Taube

 

« VOUS AVEZ DIT LIBERTÉ ? 17 TEXTES D’ANTHOLOGIE POUR DÉCOUVRIR LE LIBÉRALISME »

Réunis par Les Affranchis – Students for Liberty France

 Voilà bientôt cinq ans que j’ai découvert le libéralisme, puis le réseau Students for Liberty, devenu récemment en France « Les Affranchis », et dont je suis aujourd’hui le coordinateur national. Engagé au sein de ce mouvement depuis trois ans, j’ai souhaité conduire le projet d’une anthologie destinée aux curieux des idées libérales. Une introduction simple mais de qualité, offrant une grille de lecture politique que l’on ne rencontre que trop rarement dans le débat public.

Il y a cinq ans, je tombais sur une tribune de Gaspard Koenig, « Pourquoi le plan anti-tabac nuit gravement à la liberté », dans Le Figaro Vox1eroctobre 2014, qui remettait en cause la politique anti-tabac. Elle ne niait pas la dangerosité du tabac, mais proposait une autre logique : laisser chacun faire ses choix librement et en assumer la responsabilité.

Liberté et responsabilité allaient devenir mon crédo, moi qui votais socialiste depuis des années avec l’espoir que mon engagement agisse pour l’émancipation de chacun. Liberté et responsabilité sont le fruit d’un long apprentissage. En nous retirant cette faculté, fut-ce au nom de ses bonnes intentions, l’État ne favorise pas notre émancipation mais nous infantilise. L’État moderne qui étend son emprise sur tous les aspects de notre existence nous enlève par la même occasion la possibilité d’apprendre par l’expérience, et les élites qui le représentent s’arrogent trop souvent le monopole de la sagesse. A mesure qu’il réduit les libertés, il déresponsabilise les individus et se rend ainsi de plus en plus nécessaire à notre existence. Aujourd’hui, l’action de l’État-Providence maintient ses administrés dans une situation de dépendance bien plus qu’elle ne les protège. Le contrôle politique des rapports socio-économiques s’accompagne d’un pernicieux dirigisme moral, sans pour autant parvenir à satisfaire l’objectif affiché d’une plus grande égalité économique. Attaché à la liberté des mœurs et rejetant le paternalisme, je prenais conscience que la liberté devait être poursuivie dans tous les aspects de notre existence, que ce soit pour nos choix moraux ou économiques.  

Le libéralisme ne propose pas un modèle de cité idéale, débarrassée de toutes souffrances, sans misère, mais un monde qui laisse à chacun le choix de sa propre voie. En cela, je crois que ce monde est meilleur que le monde contrôlé et administré que nous connaissons. Il garantit que puisse naître une infinité de situations et de trajectoires. Il garantit à chacun la possibilité d’expérimenter et de mener sa vie comme bon lui semble sans qu’une administration vienne étouffer ses projets ou qu’une élite politique s’arroge le droit d’en décider pour lui. Car les élites dirigeantes peuvent-elles réellement prétendre connaître la multitude de rapports sociaux auxquels s’applique leur politique centralisée ? Car l’étendue et la complexité de la loi protègent toujours moins le plus faible. A mesure que le législateur prétend encadrer le fonctionnement de la société, il en vient insidieusement à protéger toujours plus les puissants : ceux qui ont les moyens de la comprendre, de la modifier et d’en tirer profit.

Voilà donc ce qu’est le libéralisme que nous défendons : une pensée critique à l’endroit de cet enfer pavé de bonnes intentions.

Cet ouvrage ne propose ni un système ni un programme, mais une matrice permettant d’interroger le fonctionnement de nos institutions et d’examiner avec recul et lucidité la société que nous construisons. Nous y abordons 18 thèmes qui nous semblaient essentiels, sans pour autant prétendre à l’exhaustivité. Cet ouvrage est une invitation au voyage, une porte ouverte sur un monde intellectuel riche et foisonnant. Vous y rencontrerez des penseurs de différentes époques et de différents pays, qui malgré leurs différences de points de vue placent tous la Liberté au cœur de leur vision de la justice.

Nous avons toutefois décidé de favoriser les auteurs français ou francophones, car contrairement à ce que l’on entend souvent, le libéralisme n’est pas une « idéologie anglo-saxonne ». L’histoire intellectuelle française est riche d’une longue tradition de penseurs libéraux, qui ont d’ailleurs inspiré les intellectuels anglo-saxons et leur vision du libéralisme. C’est cette richesse que nous avons voulu partager, introduite pour chacun de ces textes historiques par les quelques rares intellectuels libéraux de notre temps. Les préfaces de ces derniers ne manqueront pas de susciter de nouveaux débats, tant la pensée libérale est protéiforme et pleine de controverses.

Nous espérons, avec cet ouvrage, que vous vous joindrez à ce beau combat qu’est celui de la Liberté. Engageons-nous pour un monde plus libre, un monde fait de subsidiarités. Un monde fait de rapports humains spontanés et non dictés par une autorité politique ou administrative. Un monde plus respectueux de notre libre arbitre, conçu comme fondement à une morale plus opérante et qui devient alors plus à même de répondre à la question sociale.

Vive la Liberté !

 

Sacha BENHAMOU

Coordinateur National pour European Students for Liberty

Cette anthologie est composée de textes de grands auteurs libéraux, chacun préfacé par un contemporain, pour faire découvrir cette doctrine encore trop mal connue en France pour ce qu’elle est vraiment. « Ultra-libéralisme » quand il s’agit d’aborder une réforme qui fâche, « néolibéralisme » quand il s’agit de dénoncer la mentalité « tout business » ou la consanguinité entre l’appareil d’État et les grands acteurs économiques, ce mélange des genres, le capitalisme de connivence est pourtant lui également dénoncé par les libéraux. Souvent caricaturé, cette doctrine et ses grands défenseurs ne sont plus sérieusement enseignés, ni à l’école, ni à l’Université.

Organisés en 17 thèmes dont justice, protection sociale, morale, écologie, libre-échange, banque, culture, liberté d’expression, éducation, ces textes apporteront des pistes de réflexions libérales sur les questions politiques contemporaines. Pas des solutions définitives, car le libéralisme est une réflexion vivante qui ne préjuge pas du sens de l’Histoire. Le libéralisme ne propose pas un modèle de cité idéale, débarrassée de toutes souffrances, sans misère, mais un monde qui laisse à chacun le choix de sa propre voie. Il garantit que puisse naître une infinité de situations et de trajectoires. Car les élites dirigeantes peuvent-elles réellement prétendre connaître la multitude de rapports sociaux auxquels s’applique leur politique centralisée ?

L’État moderne qui étend son emprise sur tous les aspects de notre existence nous enlève par la même occasion la possibilité d’apprendre par l’expérience, et les élites qui le représentent s’arrogent trop souvent le monopole de la sagesse. A mesure qu’il réduit les libertés, il déresponsabilise les individus et se rend ainsi de plus en plus nécessaire à notre existence. Le contrôle politique des rapports socio-économiques s’accompagne d’un pernicieux dirigisme moral, sans pour autant parvenir à satisfaire l’objectif affiché d’une plus grande égalité économique.

Cette anthologie est le fruit d’un travail collectif et bénévole des hacktivistes des Affranchis (Ferghane Azihari, Sacha Benhamou, Benoît de la Morinière, Laurent Pahpy, Constance Péruchot et Christophe Seltzer), pour sélectionner les thèmes, les textes, mais aussi celui de contributeurs prestigieux qui resituent ces textes dans le débat contemporain et en souligne les problématiques : Ferghane Azihari, Joël-Alexis Bialkiewicz, Olivier Babeau, Kevin Brookes, Jean-Marc Daniel, François Facchini, Max Falques, Jean-Philippe Feldman, Victor Fouquet, Gaspard Koenig, Bertrand Lemennicier, Benoît Malbranque, Emmanuel Martin, Jean-Baptiste Noé, Jérôme Perrier, Cécile Philippe, Pascal Salin, Damien Theillier et Daniel Tourre.

En outre, une version pour l’Afrique francophone sera bientôt éditée, avec une préface de l’économiste ghanéen et Président de la Free Africa Foundation, George Ayittey.

La semaine prochaine : CONSIDÉRATION GÉNÉRALE SUR LA LIBERTÉ de Benjamin Constant (1767-1830) avec une introduction de Kevin BROOKES, Doctorant en science politique à l’IEP Grenoble, Chargé de cours à HEC Montréal.