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14H59 - vendredi 9 novembre 2018

11 novembre, Centenaire de la Grande Guerre : un escalier pour la paix… L’édito de Michel Taube

vendredi 9 novembre 2018 - 14H59

Le 11 novembre, la France va achever une longue itinérance mémorielle, commencée il y a six ans par la mission du Centenaire 14-18 dirigée par Joseph Zimet et toute son équipe, laquelle a mis en œuvre les volontés, la vision, le ressenti de mémoire de François Hollande puis d’Emmanuel Macron. Et celle de milliers de citoyens dans le monde qui ont rendu hommage à leurs aïeux.

Quel sens peut-on donner à cette commémoration qui sera ponctuée par la présence à Paris d’une centaine de délégations du monde entier ? L’édito de Michel Taube

A Arras (Hauts-de-France), la carrière Wellington a abrité 24 000 soldats britanniques, canadiens, néo-zélandais et australiens. Ils vécurent dans une carrière pendant vingt-six jours avant de prendre cet escalier qui les conduisit vers la mort dans l’affreuse bataille d’Arras le 9 avril 1917…

Certains jours, 2018 a des goûts de 14 plus que de 18 !

Certains jours, je ressens plus fortement que d’autres combien l’histoire se répète éternellement, toujours sous des formes différentes.

Certains jours, je me dis qu’une guerre pourrait survenir ici ou là, subitement, du jour au lendemain, tant les âmes sont inquiètes et les nerfs à vif dans le monde entier. A nouveau, les nationalismes et les extrémismes s’exacerbent de toutes parts.

En ces jours du Centenaire de l’armistice du 11 novembre 1918, nous nous inclinons humblement devant ces millions de stèles et face à l’absence de nos soldats et civils morts pour rien trop souvent ou morts pour la liberté parfois. Ces Français, ces Allemands, ces goumiers marocains et tunisiens, ces tirailleurs africains, ces soldats néo-zélandais, nord-américains, et tous les autres « poilus »…

L’absurdité de cette Guerre nous revient sans cesse. L’absurdité de son déclenchement en 1914, largement causée par des rivalités de palais et des jeux d’alliances automatiques entre grands de ce monde.

Aujourd’hui, nous commémorerons autant une victoire que la paix retrouvée. Mais si ces commémorations ont un sens, c’est pour se demander ce que les signataires de l’armistice du 11 novembre 1918 ont dû tenter de bâtir eux-mêmes, en échouant d’ailleurs vingt ans après : comment éviter que cela ne se reproduise… Dit plus directement et projeté un siècle plus tard, comment éviter que 2018 ne débouche sur un nouveau 1939 ?

Or je me demande si, cent quatre ans après, nous n’en serions pas revenus au même point : à la veille d’un même déclenchement possible et absurde. Sachant que, il convient de le rappeler avec force, le 28 juin 1914, lorsque fut assassiné l’archiduc François-Ferdinand, héritier du trône d’Autriche-Hongrie, personne ne s’imaginait que commencerait la Première Guerre Mondiale.

Aujourd’hui, toujours et encore, les nationalismes, dépravation du patriotisme légitime de chaque nation, sont de retour partout dans le monde. C’est peut-être cette crainte diffuse devenue peur réelle qui donne un sens presque dramatique au Forum de Paris pour la paix qui se tient à La Villette (Paris) ces prochains jours, telle une conférence de la première chance, en espérant que nous n’ayons plus jamais besoin de celle de la dernière chance.

En 1914, l’Europe avait comme ennemie l’Europe et elle a entraîné dans son déchaînement de violence le monde entier… En 14 comme en 39-45, l’Europe a eu besoin d’impliquer le monde entier pour finir par faire la paix avec elle-même.

Ce scénario s’est reproduit en 1939 et, à bien des égards aussi, pendant la guerre froide. Bref, c’est lorsque l’Europe se retourne contre elle-même que le danger rôde…

La ruse objective de la force veut que l’accumulation contenue, depuis des décennies de paix relative, de forces et d’énergies telluriques parmi les nations, en Europe mais aussi cette fois-ci parmi les puissances émergentes sur les cinq continents, rend possible et palpable un nouveau cataclysme.

Aujourd’hui veillons à ce que deux Europe ne se dressent point à nouveau l’une contre l’autre. Elles pourraient une troisième fois entraîner le monde.

Aujourd’hui, puisque l’histoire se répète toujours, je me dis parfois que si nous ne sommes plus en 14, nous sommes peut-être déjà en 38 !

 

Michel Taube

 

Directeur de la publication