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09H23 - mardi 18 septembre 2018

Macron : la restauration plutôt que la révolution. L’analyse d’Alexis Bachelay

mardi 18 septembre 2018 - 09H23

On nous a promis la révolution, nous héritons de la restauration… Finalement et malgré la Révolution de 1789, rien n’a jamais profondément changé dans l’organisation essentiellement pyramidale du pouvoir central en France. Par les effets synergiques de l’ENA et de la Constitution de la Vème république, la haute administration est devenue la nouvelle aristocratie ; avec des parcours désormais bien balisés ou après avoir fait son apprentissage dans les services de l’État, la plupart de ses meilleurs élèves se recyclent dans les sociétés du CAC 40. De ce point de vue, l’élection du Président Macron, présentée comme une révolution, est plutôt une restauration. Après l’émolliente présidence Hollande, Emmanuel « Jupiter » Macron s’inscrit dans la lignée de nos présidents-monarques. Le candidat Macron promettait une révolution, quand le Président élu dit implicitement ou explicitement dans quasiment chacune de ses prises de parole que son quinquennat sera celui de la restauration de la fonction présidentielle. Une fonction présidentielle dont il suggère, parfois brutalement, qu’elle a été malmenée par ses prédécesseurs lors des deux derniers quinquennats.

Il s’agit bien dans son esprit, de restaurer de la primauté donc l’autorité du monarque, dans le fonctionnement des institutions. Un Président-monarque en réalité beaucoup plus puissant que les rois de naguère, qui ne voit son pouvoir contenu que par la précarité de la durée de son mandat (cinq ans), mais qui gouverne avec l’obsession perpétuelle de le prolonger. Sa communication, désormais débridée après les hésitations estivales et les erreurs de rentrée, sera à cet égard son instrument favori.

Cette restauration a également pour objectif une concentration permanente du pouvoir entre les mains d’un Président – monarque, qui peut s’appuyer sur une noblesse d’État, dont il est un pur produit, pour gouverner.  Le président de la République étant devenu la principale source de légitimité de l’action publique en France depuis 1958, il dispose de plus de pouvoirs que n’importe quel chef d’État élu dans une démocratie. Des sommets sont atteints avec l’inversion du calendrier et des élections législatives devenues une pure formalité pour le Président nouvellement élu, qui emporte une majorité sans coup férir. Ensuite ? Tout remonte à lui, tout est attendu de lui, tel un roi thaumaturge, il doit guérir les maux de la nation.

Ce Président-monarque devra prendre des centaines de décision sans jamais se tromper. Certaines demandent beaucoup de courage car impopulaires ou incomprises : il y faut presqu’un héros. Sa vie est désormais scrutée comme par un microscope ou un scanner : bref notre président doit être un saint.

Emmanuel Macron a parfaitement compris cela. Habité par le personnage, il n’a jamais eu l’intention de promouvoir une gouvernance moins centralisée. Il a donc enfilé ce large costume du héros tout terrain, capable de prendre des décisions impopulaires et de les assumer, par exemple, sur la nouvelle loi travail. Un personnage qui semble même encore plus à l’aise sur la scène internationale, la seule à la mesure de son immense pouvoir !

Et en même temps, il restaure aussi la sacralité du couple présidentiel, avec la complicité de Brigitte Macron, et des images d’Épinal déjà bien sculptées à coup de unes dans les magazines people ! Et le charme agit. Après deux quinquennats chaotiques, l’explosion de deux couples présidentiels, les Français sont séduits par le style de ce président jeune et d’une première dame et qui dépoussièrent, en apparence, les institutions.

La restauration de la fonction passe aussi par une vie privée stable et discrète, car le Président-monarque doit, au moins en apparence, se consacrer pleinement à la nation.

 

Le peuple se lasse…

Combien de temps avant que le peuple se lasse du nouveau Président-monarque ? Le compte à rebours est lancé. Certes, les atouts du Président existent. Les conditions de son élection ont ravagé le paysage politique, et mis à terre toutes les oppositions. L’homme et le style en imposent et le Président a réussi l’incarnation de la fonction contrairement à son prédécesseur. Sa connaissance intime des rouages de l’État peut lui permettre de dominer la technocratie, pendant un temps.

L’affaire Benalla, les hésitations sur le prélèvement à la source et la fiscalité sur le patrimoine, les premières démissions de parlementaires du groupe La République En Marche ne sont pas le fruit du hasard : ses faiblesses résident dans la centralisation généralisée, voulue dans la Constitution et assumée, qui provoque à chaque législature embolie administrative, réglementation maladive, loi de circonstances et une mise à distance du réel. Cela décourage inexorablement des citoyens et corps intermédiaires qui constatent qu’après les espoirs et promesses d’une campagne électorale, les institutions reprennent leur marche comme avant.

Avec une spécificité de ce début de quinquennat, à savoir l’extrême désorganisation de l’opposition, la faiblesse des contre-pouvoirs au sein et à l’extérieur des institutions et une mise à distance des médias. Nous y reviendrons prochainement.

Mais alors que des nuages sombres commencent à se lever sur le quinquennat, il faut lui reconnaître un certain succès dans le court terme, même si des effets pervers de la restauration du Président-monarque vont apparaître.

 

Alexis Bachelay

@AlexisBachelay

Consultant fondateur d’ABConsulting, Élu local à Colombes (92), député de 2012 à 2017.