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07H29 - mardi 29 mai 2018

Pour relancer l’ascenseur social, parions autant sur les compétences que sur les métiers. La tribune de Raymond Taube

mardi 29 mai 2018 - 07H29

 

altRéparer l’ascenseur social. Combien de fois n’a-t-on entendu cette proclamation dans la bouche des politiques ? Pourtant, on ne saurait leur faire grief d’immobilisme, même si en la matière, tout est loin d’avoir été tenté. L’éducation et la formation ont toujours été les premiers moteurs de l’ascenseur social, traduction pratique d’un principe d’égalité (des droits et des chances) ayant valeur constitutionnelle.

 

Dans sa présentation du 22 mai 2018 consacrée aux banlieues, le président de la République Emmanuel Macron n’a pas repris l’expression « ascenseur social » mais a donné ce qu’il estime être les conditions de sa relance. Il a notamment rappelé l’indispensable partenariat entre l’école et l’entreprise, l’impérieux besoin de formation et l’importance du réseau dont doivent également bénéficier les jeunes des quartiers défavorisés. Il s’est déclaré ouvert à toutes les idées et initiatives. En voici une : le parrainage des compétences.

L’évolution exponentielle des technologies impacte le rapport au travail et entraîne l’obsolescence rapide des diplômes. À côté des « formations métiers » se développent des « formations compétences », courtes, ciblées, éventuellement dispensées à distance, et donc moins onéreuses, en phase avec les besoins des entreprises comme des services publics. « Je ne suis pas … » (métier) », mais « je sais faire » (compétences).

Les différents outils déjà mis en place permettent la reconnaissance des compétences acquises, notamment au travers de certifications gérées par la Commission nationale des certifications professionnelles (CNCP), avec le concours des branches professionnelles. La réforme annoncée de la formation professionnelle permettra en outre un plus large accès au compte personnel de formation (CPF).

 

Un nouveau paradigme de formation pour les jeunes et les seniors

Il ne faut en effet pas se bercer d’illusions : il est extrêmement difficile pour un jeune ayant décroché de l’école, parfois dès la 3ème, ou un chômeur dont la formation initiale n’est pas en phase avec les besoins du marché du travail, de se remettre dans le circuit scolaire ou de se lancer dans une formation métier de plusieurs centaines d’heures. Le monde du travail ne se résume plus à des métiers, eux-mêmes en perpétuelle mutation, mais dans une large mesure à des fonctions spécifiques, et donc, à des compétences : certes, l’apprentissage du français est essentiel, a fortiori à l’école, mais l’entreprise à la recherche d’un programmeur ne lui demande de maîtriser comme seuls langages que le C++, le HTLM, le JavaScript ou le Python. Et il ne faut pas trois ans pour les apprendre.

L’acquisition ou la mise à jour rapide de compétences spécifiques par le biais de formations courtes et ciblées est également un atout pour les seniors, y compris dans le cadre d’un cumul activité-retraite (et non forcément emploi-retraite). Sous cet angle, « l’ubérisation » du travail devient même un atout, les seniors pouvant, à leur rythme, mettre leur expérience cumulée à leurs nouvelles compétences au service des entreprises, associations, administrations, ainsi que des particuliers, en particulier les jeunes défavorisés, dans le cadre d’un tutorat.

Pour promouvoir ce nouveau paradigme, la certification des compétences peut être intimement associée à un autre outil fondamental de la relance de l’ascenseur social, magistralement mis en oeuvre par des acteurs sociétaux comme NQT qui tient son Assemblée Générale ces jours-ci : le parrainage. Appliqué aux compétences, il offre un atout majeur : il est bien plus aisé, car plus crédible, de parrainer un jeune, un chômeur, voire un ancien délinquant en promouvant ses compétences qu’en se fondant sur une quelconque discrimination positive. Certes, l’entreprise a en soi une vocation sociale. Elle peut également avoir une dimension citoyenne. Donner sa chance à un jeune « des quartiers » est louable, mais par essence et nécessité, ce sont avant tout des compétences que recherchent l’entreprise, et au-delà, toutes les structures privées – y compris associatives – et publiques. Mobiliser des dirigeants et cadres d’entreprises ou de collectivités locales et institutions publiques pour tutorer, accompagner, parrainer un jeune qui est dans une démarche d’acquisition de compétences permettrait aussi de relancer efficacement l’ascenseur social.

 

Raymond Taube

Directeur de l’Institut de Droit Pratique et chef de rubrique « Droits pratiques »

 

Directeur de l'Institut de Droit Pratique