Monde / World
Monde /
10H57 - jeudi 19 octobre 2017

Les Rolling Stones à Paris (U Arena de Nanterre) ou Mick Jagger à l’assaut (de l’Angleterre du) Brexit et (de l’Amérique) de Trump

jeudi 19 octobre 2017 - 10H57

A la veille de trois concerts des Rolling Stones dans la nouvelle salle U Arena de Nanterre, et avant un nouvel album du «plus grand groupe de rock du monde», Mick Jagger, nous a gratifié à la rentrée de deux titres en solo, aux paroles bien éloignées du sempiternel triptyque Sex, Drugs and Rock’n’Roll attaché aux pierres qui roulent depuis plus d’un demi siècle. Il fallait revenir sur ces deux titres qui, c’est le moins que l’on puisse dire, parlent à l’opinion internationale ! 

Le rock étant d’abord de la musique qui s’apprécie sans porter attention aux paroles ni même les comprendre, saluons d’abord la qualité de ces deux morceaux, prémices du prochain festin stonien. Ceci – et il s’agit ici de l’essentiel – étant dit, intéressons-nous au message de Sir Jagger (anobli par la Reine Elizabeth II en 2002) en évacuant d’emblée la question de la légitimité des artistes à se prononcer sur les « grandes choses » du monde. Qui plus est, Mick Jagger n’est pas un chanteur parmi d’autres et les Rolling Stones ne sont pas un groupe parmi d’autres. Ils incarnent le rock, musique éternelle et intemporelle. A ses origines, le rock était contestation, révolte, subversion, provocation : I can’t get no Satisfaction. Aujourd’hui, les rockers sont des notables reçus et décorés par les chefs d’Etat, et Keith Richard fait de la pub pour Vuiton. Et alors ? Mélenchon voyage bien en classe affaires !

Sir Mick Jagger, presque aussi emblématique de la perfide Albion que la Reine, est donc contre le Brexit. Nous aussi. Un peu tard, pourrait-on lui rétorquer, puisqu’il est, en principe, irréversible. Mick Jagger arrive donc après la bataille, quand bien même on ne saurait exclure un retournement de l’histoire. Mais c’est ce pays, son pays, replié sur lui-même qu’il fustige : England Lost sonne comme le glas d’une Angleterre qui a perdu et qui est perdue, qui ne sait où elle est ni où elle va. Alors que les paroles pourraient d’abord laisser penser à la complainte d’un supporteur assommé par la défaite de son équipe de football, les images du clip expriment le désarroi et la panique d’un col blanc. Plus qu’une critique, England Lost est un constat désabusé et désespéré, un blues dans tous les sens du terme.

L’autre titre, Gotta Get a Grip, exprime un regard tout aussi sombre (les paroles et non la musique) sur l’Amérique de Donald Trump, auquel les Stones avaient interdit de diffuser leur musique durant sa compagne électorale. En ligne de mire : les « fake news » ou fausses informations propagées sur le net. Faux, comme Trump. Les Républicains américains, en particulier les néo conservateurs de Georges Bush Junior et de Dick Cheney, furent déjà la cible des Stones sur Sweet Neo-Con, un titre de Bigger Band, à ce jour leur dernier album studio, paru en 2005. Gotta Get a Grip ne sonne pas comme une oraison funèbre, ni comme un chant guerrier. On y retrouve notre Mick, un tantinet plus Dance que les Stones (encore que…). Ça bouge, ça groove, ça déménage, que l’on s’intéresse ou non aux paroles. That’s rock’n’roll !

Mick Jagger

 

Mick Jagger n’est pas connu pour être un artiste engagé, à l’inverse d’un Bob Dylan ou d’un John Lennon après la dissolution des Beatles. Il s’est en revanche toujours montré informé et lucide sur le monde dans lequel il vit, au-delà des paillettes et de l’hystérie du rock’n’roll. Les interviews de Mick Jagger, toujours en français lorsqu’il est interrogé par un journaliste hexagonal, respirent la sincérité, la simplicité et l’humilité. Nul besoin de surenchère, de comédie. Nul besoin de jouer les stars quand on est une légende, déjà passée à la postérité.

Non engagés (globalement) certes, mais sur le terrain glissant de la politique, Mick Jagger et les Stones ne sont pas du genre à se laisser dicter leur attitude par les apôtres du « moi je sais où est la vérité vraie » : en 2014, les Stones furent sommés par Roger Waters, ex membre du célèbre groupe Pink Foyd, devenu activiste du mouvement « antisioniste » BDS, qui fait voler un cochon gonflable flanqué de l’étoile de David au-dessus du public lors de ses concerts (pas du tout antisémite, n’est-ce-pas ?), de ne pas se produire à Tel Aviv. La fin de non-recevoir opposée par les Stones aux injonctions de l’ancien flamand rose, fut cinglante. Paul McCartney, Madona et, en 2017, Aerosmith et Radiohead subirent des pressions analogues du même Waters et y répondirent avec la même détermination, sans pour autant prendre fait et cause pour une des parties du conflit.  

Les chansons ou déclarations de Mick Jagger et des autres membres des Stones ne sont pas des appels à la révolte ou un ralliement à une cause, si ce n’est la musique, le blues en particulier, qui coule dans leur vaine. Certes, en 1969, la célèbre chanson Gimme Shelter déplorait la violence du monde, au premier chef la guerre du Vietnam, dans des termes quasi apocalyptiques. Mais point de défilé pacifiste, de « Bad In » façon John Lennon – Yoko Ono, de grand soir de l’anti-guerre. Simplement un regard acéré sur la société. C’est aussi cela, England Lost et Gotta Get a Grip : point de leçon de choses, point de morale exemplariste.

Alors, Anglais obsédés par l’immigration qui quittez l’Europe, Américains tout aussi obsédés par l’immigration qui quittez le monde, mais qu’avez-vous donc fait ? Il y a des voix qui portent plus que d’autres, même si leur écho met parfois un peu de temps pour atteindre les tympans de ceux qui ne veulent les entendre.

Bravo Mick, bravo les Stones, et bienvenue à Paris – Nanterre !

Marginal Ray
Musique & vidéo : Youtube

 

Il reste quelques places (très chères) pour les concerts des Stones au U Arena de Nanterre !