Edito / Editorial
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16H50 - vendredi 14 juillet 2017

La lettre ouverte d’Henda Ayari à Emmanuel Macron pour en finir avec l’islam politique en France

vendredi 14 juillet 2017 - 16H50

Ancienne salafiste devenue égérie de la République, Henda Ayari, présidente de l’association Libératrices et l’auteure de «J’ai choisi d’être libre, rescapée du salafisme en France» (Flammarion), adresse une Lettre ouverte à Emmanuel Macron et aux dirigeants de l’exécutif pour leur demander de prendre de nouvelles mesures dans la lutte contre la montée de l’islam politique:

 

Monsieur Emmanuel Macron, Président de la République,                                         

Monsieur Gérard Larcher, Président du Sénat,

Monsieur François de Rugy, Président de l’Assemblée Nationale,

Monsieur Edouard Philippe, Premier Ministre,

Monsieur Patrick Bernasconi, Président du Conseil Economique, Social et Environnemental,

C’est mon attachement profond à la France, ma terre natale, aux valeurs de notre République, et particulièrement à la devise « liberté, égalité, fraternité », qui m’incite à vous écrire cette Lettre ouverte.

Je vous écris, Messieurs, en ce 14 juillet, date de notre Fête nationale, journée pourtant endeuillée par le terrible attentat de Nice le 14 juillet 2016 et auquel vous rendez hommage aujourd’hui auprès des victimes et des habitants de Nice.

A la suite des attentats de 2015, qui ont été un électrochoc pour moi comme pour l’immense majorité de nos concitoyens et de la communauté internationale, j’ai décidé de parler publiquement de mon passé de femme salafiste, de m’exprimer sur les raisons de ma chute puis de ma renaissance et de réfléchir aux voies et moyens de l’éviter pour d’autres.

J’ai été entraînée dans le salafisme, j’ai été violentée par un mari lui-même embrigadé. Je me suis évadée de cette prison par amour de mes enfants et parce qu’à un moment décisif, j’ai trouvé du travail.

Aujourd’hui, je considère qu’il est de mon devoir, de ma responsabilité de m’engager pour promouvoir les valeurs de la République auprès de ces jeunes, souvent des femmes, tentés par les sirènes d’un Islam dévoyé, radical et hostile à la République.

Je veux témoigner pour que mon parcours puisse servir à d’autres, pour que d’autres femmes et jeunes filles ne tombent dans les mêmes pièges qui ont anéanti 15 années de ma vie et qui menacent la République.

Je reçois des milliers de messages de soutien, d’espoir mais aussi de ces femmes désemparées cherchant à sortir de la tentation de la radicalisation ou de cet enfer sectaire dans lequel elles sont déjà tombées. C’est aussi pour elles que je me bats.

Pour toutes ces raisons, aujourd’hui, Messieurs, je vous écris en femme libre, musulmane et laïque qui a décidé de se battre pour sa liberté, pour défendre les droits des femmes et les valeurs d’un pays libre.

Je vous écris pour vous demander de faire de la lutte contre l’islam radical la priorité des priorités. C’est d’ailleurs ce que demandent les Français.

Le radicalisme n’est ici pas seulement spirituel ou religieux. Il est politique. Si la laïcité garantit la libre expression de la religion, le concept même d’islam politique, autant que le seraient ceux de catholicisme ou de judaïsme politiques, est par essence contraire à la laïcité et ne peut que dévoyer un islam de paix et respectueux d’autrui.

Lutter contre le terrorisme, développer les moyens de renseignement et de sécurité est indispensable. Mais cela ne suffit pas. Il faut mettre autant d’efforts dans l’éradication des causes du passage à l’acte ou des agissements criminels de centaines de jeunes embrigadés.

Messieurs, il est de votre responsabilité d’assurer non pas seulement la sécurité des citoyens, mais aussi leur liberté, en luttant avec détermination et sans compromis contre une idéologie qui gangrène nos valeurs les plus fondamentales, qui ramène la femme, au mieux au rang de sous-citoyenne, au pire à celui d’objet, qui éduque les enfants dans la violence et la haine d’autrui et qui est le véritable terreau du terrorisme.

C’est pourquoi je vous appelle solennellement à adopter des mesures courageuses qui seules préviendront l’embrigadement idéologique et sectaire dans l’Islam politique de centaines de milliers jeunes désœuvrés et en quête de sens et de repères, processus véhiculé par des milliers de petits soldats du djihadisme et du salafisme, souvent Français eux-mêmes.

Le 20 juin dernier, lors du dîner officiel du Conseil Français du Culte Musulman, vous avez, Monsieur le Président de la République, proposé trois priorités : « le combat contre le fanatisme et sa diffusion », la lutte « contre une pratique de l’Islam organisant une ségrégation au sein de la République », « la formation des imams et des enseignants ».

Vous avez ajouté, Monsieur le Président :

« Ces combats, nous devons les mener ensemble car ils concernent la place de l’islam en France, la sérénité de vos fidèles et en définitive, notre capacité commune à remplacer l’ignorance, voire la méfiance par un dialogue serein, capable seul de nous préserver des pièges de l’extrémisme, voire d’en éradiquer les germes, ici, en France. Les exceptions ou les concessions que cela peut requérir de la part des musulmans de France ne sont rien, comparées à l’avancée considérable que cela représenterait pour l’islam français et la société française dans son ensemble. »

 

Monsieur le Président, je partage vos propos en tous points et c’est pourquoi j’appelle  les hautes instances de la République que vous présidez à organiser une concertation nationale en vue de l’adoption d’ici la fin de l’année de quelques mesures fortes contre la propagation de l’islam politique en France.

Dans le prolongement des mesures déjà adoptées, notamment le plan national d’action contre la radicalisation et le terrorisme, la France et les Français ont besoin d’être mieux protégés contre la propagation de l’islam politique.

Je me permets donc, Messieurs, de vous demander un rendez-vous pour vous proposer quatre idées majeures que je n’entends pas assez dans les discours publics :

  • développer un accompagnement vers l’insertion sociale et professionnelle des femmes victimes de l’islamisme est la première priorité : proposer une formation, une activité rémunérée ou un emploi à une femme tentée par le voile intégral, c’est la meilleure façon de l’en préserver !
  • faciliter le retrait de l’autorité parentale à des hommes radicalisés en cas de séparation ou de divorce de femmes qui, comme moi, veulent sortir de la radicalisation, c’est le second point clé tiré de mon expérience : la protection de nos enfants devrait être un axe majeur de la politique de prévention de la radicalisation ;
  • pour renforcer l’éducation des jeunes à la laïcité et aux valeurs de la République, l’organisation de rendez-vous pédagogiques sur la laïcité et la citoyenneté permettrait de sortir de leur isolement des femmes radicalisées,
  • dans le même ordre d’idées, sensibiliser les femmes contre l’instrumentalisation politique du voile islamique est aussi une nécessité absolue : si une femme est libre de porter le voile, quand bien même une soumission prétendument consentie demeure une soumission, combien d’entre elles le font sous la pression de leur mari, de leur famille et de leur quartier ? Il faut, selon moi, faire interdire effectivement le voile intégral (niqab ou burqa) sur tout le territoire, comme l’a fait le Maroc, apporter un soutien psychologique et social aux femmes désirant abandonner le voile (intégral ou non), développer dans les quartiers et dans les écoles des campagnes d’information et de sensibilisation des jeunes femmes sur la laïcité, l’égalité entre les femmes et les hommes et les valeurs républicaines.

Ces quatre mesures fortes permettront de préserver l’ordre républicain et de garantir une compatibilité de l’islam avec la République, essentielle pour le fonctionnement apaisé de notre société.

En ce 14 juillet, j’affirme que la laïcité est le socle le plus précieux de notre République et la défendre doit être pour chacun des citoyens de la République un combat de tous les jours.

Dans l’attente de vous rencontrer, je vous remercie pour toute l’attention que vous voudrez bien porter à ma démarche.


Henda AYARI

Présidente de l’association Libératrices

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