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18H07 - samedi 22 octobre 2016

Al-Azhar la sunnite à l’Assemblée nationale française pour contrer le terrorisme

samedi 22 octobre 2016 - 18H07

La coopération entre musulmans éclairés du Moyen-Orient et les instances civiles et politiques en Europe prend forme peu à peu. Le haut lieu de la pensée sunnite, la Mosquée al-Azhar du Caire, est à l’avant-garde de ce mouvement qui est favorablement reçu en France et au Vatican. Une visite d’une délégation d’al-Azhar en France marche clairement en ce sens. 

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Depuis quelques mois, on se parle entre le Vatican et la Grande Mosquée al-Azhar, après un froid de quatre ans. Avec l’irruption du terrorisme djihadiste, l’urgence d’un tel dialogue se fait sentir. Car chaque institution peu apprendre de l’autre : l’église a dépassé l’Inquisition et la Croisade, la mosquée du Caire, elle, est dans la lutte présente contre les ultras. Ces contacts se font au grand jour : le Grand Imam de la Mosquée al-Azhar, Ahmad al-Tayeb, s’est rendu solennellement à Rome à l’invitation du Pape François le 22 mai 2016. Les déclarations de Tayeb commencent à préfigurer une nouvelle démarche dans la lutte contre l’extrémisme violent.

La France devient un lieu privilégié de ces échanges. Des hauts représentants d’al-Azhar y rencontrent les représentants religieux, musulmans et d’autres confessions, les élus et les gouvernants. C’est dans ce contexte qu’une délégation azharie passera une semaine en France à partir du dimanche 23 octobre. Plus précisément, cette délégation est dirigée par le Cheikh Oussama Nabil, haut personnage d’al-Azhar et instigateur de la rencontre du Grand Imam et du Pape. D’ailleurs, al-Azhar est déjà très actif dans le dialogue des civilisations et la lutte contre l’extrémisme, genre hybride qui s’impose un peu partout. En effet, le Grand Imam a créé l’Observatoire d’al-Azhar, chargé de contrer la propagande de Daesh sur l’Internet et à la télévision, en 12 langues dont le français. Il a confié la direction de cet Observatoire au Cheikh Oussama Nabil, qui mène cette délégation azharie en visite en France. 

La visite française débutera le lundi 24 octobre par une grande conférence à l’Assemblée nationale, sous le patronage de Jean-Frédéric Poisson (député des Yvelines, président du parti chrétien-démocrate, et participant très en vue aux primaires de la droite et du centre). Le titre de la conférence est explicite : « al-Azhar, l’islam authentique sur la voie du juste-milieu. Le rôle capital d’al-Azhar dans la victoire contre les extrémistes : les enjeux français, arabes et internationaux de la nouvelle alliance avec al-Azhar. »   

 

L’idée d’alliance émerge clairement, ce qui explique aisément la participation de deux prélats catholiques. En effet, Mgr Dubost chargé des relations avec les Musulmans au sein de l’Église catholique française, et Mgr Barbarin, primat des Gaules, retenu à Rome mais qui fera diffuser un message vidéo et suivra de près les délibérations. L’islam de France sera représenté par Khalil Merroun, recteur de la Mosquée d’Evry, la plus grande de France, et proche de l’Islam marocain. Plusieurs chercheurs azharis interviendront, dont une chercheuse qui expliquera le vrai statut de la femme dans l’islam et relèvera les égarements actuels. 

 

Si l’islam de France peine à se structurer, un travail de fond est en œuvre côté al-Azhar, qui a conduit le Grand Imam à Rome, Paris, et même Grozny (https://www.opinion-internationale.com/2016/09/19/la-nouvelle-geopolitique-de-legypte-menee-par-le-grand-imam-de-la-mosquee-al-azhar_46517.html

et https://www.opinion-internationale.com/2016/09/15/un-discours-majeur-passe-inapercu-le-grand-imam-dal-azhar-estime-que-salafistes-et-wahhabites-ne-sont-pas-des-sunnites_46490.html ). D’autres branches de l’Islam sont également à la manœuvre, comme l’Islam chérifien marocain dont le Roi du Maroc, et Commandeur des croyants a appelé le 20 août dernier ses fidèles à rejeter les obscurantismes : https://www.opinion-internationale.com/2016/08/20/verbatim-mohammed-vi-tend-la-main-a-lalgerie-et-saffiche-comme-le-leader-de-lislam-modere_46167.html.

Dans cette dernière ville, il a rappelé que les salafistes et les Frères musulmans n’étaient pas tout à fait des sunnites de bon aloi. L’on peut espérer que la qualité du dialogue en France entre al-Azhar, les musulmans et les catholiques de France, posera les jalons d’une sortie de l’extrémisme.

Harold Hyman