Monde / World
France /
07H01 - mardi 13 septembre 2016

Edwina Manika : « Je suis sarkozyste mais je ne suis pas dogmatisée »

mardi 13 septembre 2016 - 07H01

Opinion Internationale couvre les primaires de la droite et de la gauche, en donnant notamment la parole à des militants engagés. Aujourd’hui, Edwina Manika, soutien de Nicolas Sarkozy.

Issue du monde scientifique, Edwina Manika, travaille dans la recherche clinique en biomédicale notamment spécialisée en cardiologie et chirurgie vasculaire. A 27 ans, la jeune cheffe de file des Jeunes Républicains du Val d’Oise est un fervent soutien de Nicolas Sarkozy. Elle se considère elle-même de la génération « bébé Sarko ». Entretien.

Edwina Manika, représentante des Jeunes Républicains du Val d'Oise (95) - Crédit phot : DR

Edwina Manika, représentante des Jeunes Républicains du Val d’Oise (95) – Crédit phot : DR


Pourquoi soutenez-vous Nicolas Sarkozy ?

C’est l’homme qui m’a donné envie de faire de la politique. Je me suis engagée par lui et pour lui quand j’avais 14 ans. J’ai vu un homme politique différent, qui cassait les codes, notamment l’épisode du karcher. Il était différent des Villepin, Raffarin, c’était une nouvelle génération de d’hommes politiques. Il avait envie de tout changer avec une nouvelle énergie très communicative. En 2007, j’ai voté pour lui, j’avais tout juste 18 ans. Je n’ai pas fait campagne car je ne savais pas comment ça fonctionnait. Encore plus que ses idées, c’est l’homme qui me fait vibrer, celui en qui je me retrouve le plus. Il a des idées claires, un programme solide, une capacité de mobiliser. Pour autant, chez les candidats à la primaire de la droite et du centre, certaines idées, non défendues par Nicolas Sarkozy, me séduisent comme le non-cumul des mandats.

Quelles sont les mesures phare de Nicolas Sarkozy pour la France ?

J’en retiendrai trois : tout d’abord, préserver et transmettre notre identité par la suspension du regroupement familial en attendant la révision du traité de Schengen et par la réforme du droit du sol.

Ensuite, pour la sécurité et la justice, il faut adapter l’état de droit à la menace djihadiste, ou placer dans un centre de rétention sous surveillance électronique tous les individus fichés susceptibles de constituer une menace.

Enfin, l’emploi est à la base de tout. La dégressivité des allocations chômage est l’une des grande mesure phare de Nicolas Sarkozy, afin de donner envie aux chômeurs de reprendre le chemin de l’emploi. La situation est grave : nous avons au minimum 10% de taux chômage en France alors qu’en Allemagne, ils ne sont qu’à 4.2%. Alors pourquoi pas nous ?

Nicolas Sarkozy a déjà eu sa chance en tant que président, en quoi serait-il différent en 2017 ?

Entre 2007 et 2012, Nicolas Sarkozy a dû faire face à la crise économique la plus grave de l’époque contemporaine et il a bien géré le problème. Le pays n’a pas sombré et nous nous en sommes même mieux sortis que nos voisins européens comme l’Allemagne, l’Espagne, le Portugal par exemple. Aujourd’hui la croissance est repartie partout sauf en France et ce n’est pas normal.

Un second mandat, avec son expérience et les leçons qu’il a su tirer de ses échecs, est tout à fait envisageable. Il a pris du recul. Dix ans après son élection à la présidence de la République, Sarkozy est différent, mature et conscient des enjeux économiques pour la France.


Vous ne pensez pas que les Français attendent un nouveau candidat ?

Nicolas Sarkozy est lucide sur son passé, il dynamise et donne envie. Le renouveau, c’est bien mais nous avons déjà connu en 2012 avec François Hollande. La France ne mérite pas d’être gouvernée par un amateur. Voyez aussi comment il a relancé l’UMP, devenue entre-temps les Républicains. Nous avons failli disparaître avec l’histoire des comptes de sa campagne électorale et la guerre Fillon – Copé mais il a su resserrer et galvaniser les troupes. Il fallait le faire ! Il est fédérateur et il sort du lot. Nous avons besoin d’un leader.

Le renouveau c’est bien mais l’expérience, c’est encore mieux. Et puis quand il était chef d’Etat, la France comptait dans le concert des nations. Aujourd’hui en Europe la France ne pèse plus.  Angela Merkel va voir Erdogan sans consulter François Hollande, Barack Obama vient en Europe mais ne passe pas en France. La France régresse, elle n’est plus considérée.

Croyez-vous en l’identité heureuse prônée par Alain Juppé ?

Non, cela ne veut rien dire. Je suis issue de la diversité et je me sens bien dans mon pays. Je suis née en Seine Saint-Denis à Epinay-sur-Seine. J’ai vécu non loin d’une cité et j’ai fait toute ma scolarité dans une ZEP, tout cela ne m’a pas empêchée d’être Française et de me construire un parcours professionnel. La France fait place aux compétences et aux talents quand la motivation est au rendez-vous. On ne se fait pas une place en s’apitoyant sur soi, même s’il y a toujours des regards de travers. Nous avons beaucoup de chance de vivre en France, c’est un beau pays et nous y avons de nombreux avantages sociaux.

Pour Nicolas Sarkozy, l’identité réside dans la culture et les valeurs françaises. Il faut s’adapter à ce que le pays est, tout comme lorsque vous êtes invité chez quelqu’un. Je ne comprends pas quel est le problème : dans ce pays, il y a des cadres, des valeurs et une discipline. Quand on critique la France au nom d’une autre origine, il n’est pas interdit de partir.

Nicolas Sarkozy veut une loi pour interdire le burkini à la plage comme à la piscine. Ne pensez-vous pas que les Français sont plus inquiets par le chômage et leur sécurité que par un burkini que nous ne verrons plus d’ici quelques jours ?

Selon moi le burkini est un faux-débat, c’était le sujet estival. L’an dernier, personne n’en parlait. Pour autant je m’interroge sur la soudaine apparition de ce vêtement sur notre sol qui ressemble, dans le contexte d’attaque terroriste, à de la provocation. Une loi pourrait permettre d’atténuer les tensions ou du moins de clarifier une bonne fois pour toute la situation d’où la nécessité de réviser la constitution s’il le faut comme l’envisage Nicolas Sarkozy.

Nous sommes dans un pays laïc, les signes ostentatoires ne peuvent pas être tolérés. La religion est une affaire personnelle. Je regrette qu’il n’y ait pas eu de réveil plus précoce de la communauté musulmane contre les terroristes qui se réclament de l’Islam. Pour autant, il ne faut pas faire d’amalgame, tous les musulmans, et de loin, ne sont pas terroristes.

Avec la rentrée scolaire, pensez-vous, comme Nicolas Sarkozy, qu’il ne faut pas servir de menus de substitution aux enfants, notamment à ceux qui ne mangent pas de porc par exemple ? Les partisans de Sarkozy sont divisés sur le sujet.

Je suis pour les menus de substitution. Je suis sarkozyste mais je ne suis pas dogmatisée, j’ai mes propres idées. Je pense qu’on ne revendique pas sa religion dans son alimentation, cela reste très discret. L’alimentation est une question de goût ou de santé et non de religion. Ce qui compte, c’est la discrétion : un menu de substitution n’entrave pas les valeurs de la France, de la république ni même de la démocratie. D’ailleurs l’un de nos ténors du parti est pour la substitution, il s’agit de Christian Estrosi, pourtant un fidèle soutien de Nicolas Sarkozy.

Qu’est-ce qui vous faire croire que Nicolas Sarkozy peut gagner ?

Rappelez-vous 1995, Edouard Balladur était en tête des sondages mais Jacques Chirac a gagné et il a fait deux mandats ! Les sondages ne font pas les élections et la motivation de Nicolas Sarkozy va faire la différence. Par ailleurs, Alain Juppé est en campagne depuis plus d’un an ! J’ai pris la décision en tant que responsable des jeunes d’assister aux meetings de tous les candidats car nous sommes tous de la même famille politique. J’ai donc assisté à celui d’Alain Juppé, mais à mes yeux, il manque d’énergie et de clairvoyance face aux défis d’aujourd’hui pour être président même si j’apprécie l’homme politique. Il a fait de Bordeaux une merveille, il est très compétent mais gérer Bordeaux, ce n’est pas gérer la France d’aujourd’hui.

En février, vous avez été nommée à la tête des jeunes Républicains du Val d’Oise. Quelles actions avez-vous menées depuis ?

Les Jeunes Républicains du Val d’Oise regroupent 350 jeunes entre 16 et 30 ans. Depuis ma nomination, mon rôle est d’étoffer nos adhésions, former les jeunes qui viennent tous de milieux différents, comme moi, à la politique. Nous avons accès à des formations de la part de nos élus et des collaborateurs politiques. Des vocations peuvent naître par ce biais.

Et c’est ce que nous avons fait, nous avons conçu un tract d’adhésion en interne, organiser des opérations de tractage (gares, marchés, lycées), organiser des cafés-débat et diners avec nos élus valdoisiens. Ceci a permis aux jeunes d’échanger librement avec les maires, les conseillers départementaux et les parlementaires. Tout cela dans le but de s’engager à leurs côtés dans les villes et circonscriptions respectives.

Nous avons également organisé une formation sur la communication en politique (ouvert à tous public), un évènement sur le thème de la Primaire. Evènement qui a permis aux élus du Val-d’Oise d’exprimer les raisons de leurs choix et convaincre les indécis. Il fallait le faire pour qu’on puisse se retrouver ensemble et ne pas oublier que nous appartenons tous à la même famille politique. Au-delà des actions purement militantes, nous sommes jeunes et nous aimons avoir des moments de convivialité autour d’activités telles que le Bowling, le Karting. Cela permet de resserrer les liens et créer une vraie cohésion d’équipe. Mon objectif c’est d’être présente sur le terrain, d’assurer les campagnes à l’échelle locale et préparer la relève politique dans le Val-d’Oise.

Mon objectif est d’assurer les campagnes à l’échelle locale et de préparer la relève politique.

 

Propos recueillis par Stéphanie Petit

Journaliste