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15H29 - lundi 23 mai 2016

Pourquoi le Liban est l’affaire de l’Europe ?

lundi 23 mai 2016 - 15H29

À l’occasion d’un reportage au Liban sur la situation politique et militaire du pays, Harold Hyman a pu rencontrer les principaux ministres, à commencer par le Premier, Tammam Salam.

Tammam Salam - Crédit photo : Harold Hyman

Tammam Salam – Crédit photo : Harold Hyman

Depuis deux ans l’État libanais n’a pas de président de la République. Élu par la Chambre des députés, à une majorité de deux tiers, et toujours chrétien selon un pacte extraconstitutionnel des années 1930-40, le Président n’est certes pas véritablement le chef de l’exécutif. Pourtant, il semblerait que son absence, résultant d’une situation imprévue – impossible de rassembler une majorité sur un nom ! –, ait révélé son importance.

« L’absence du Président montre que ce poste n’était pas si inutile après tout. Les institutions ont ralenti, c’est un genre de paralysie » regrette le Premier ministre (président du Conseil) Tammam Salaam, un sunnite modéré et indépendant issu d’une famille politique éminente. Le rythme qui était de deux à trois conseils des ministres par semaine est tombé à deux ou trois par an, se lamente Tammam Salaam – on donne toujours son nom complet –, installé dans l’immense palais du Grand Sérail, de construction ottomane, en plein Beyrouth. Il parle un bon français et un excellent anglais. Ses ministres, explique-t-il, se battent pendant le conseil et au dehors. Car les Libanais mènent leur vie en tribus confessionnelles, ce qui n’est pas riche en vertus unificatrices. « Il existe un risque de désintégration du pays. »

Pour résoudre le problème des réfugiés, celui de l’électricité qui s’aggrave, de la gestion de la manne des hydrocarbures en Méditerranée, il faut un président puissant. Et choisi par les Libanais, car jusqu’à présent, sauf en 1970, les présidents ont été choisis par des conférences internationales.

Tammam Salam explique quelques évidences à l’étranger que je suis : le Hezbollah est comme un État dans l’État, avec ses forces armées. Autrefois, l’État dans l’État, c’étaient les milices palestiniennes. Aujourd’hui, la guerre en Syrie affecte le monde, ce qui est un retournement complet de la situation car avant c’était la guerre du Liban qui affectait la Syrie et le monde.

Comment rêver d’une issue ? En sortant de la situation confessionnelle. Dans l’accord de paix international dit de Taëf (1989) sur le Liban, était prévu un Sénat confessionnel afin de libérer la Chambre des députés des calculs confessionnels d’aujourd’hui. Cette clause est restée lettre morte. Aujourd’hui, un  accord international peut de nouveau aider les Libanais à l’atteindre, « quelqu’un quelque part doit venir nous aider, nous aurions dû pouvoir agir souverainement mais ce  n’est pas la réalité et je dis la vérité », déclare Tammam Salam sans langue de bois.

Les problèmes extérieurs affectent directement le Liban

Le Liban est toujours en danger ! Les relations États-Unis-Russie sont déterminantes. L’union de ces deux puissances serait une garantie de succès. Mais voilà qu’elles ont choisi de ne pas se mettre d’accord.

Staffan de Mistura, envoyé de Ban Ki-Moon pour la Syrie fait son possible pour trouver des solutions à la question syrienne. Mais cela aurait été plus facile, il y a deux ou trois ans.

Tammam Salam relève les fausses certitudes des Occidentaux : on disait que les négociations sur le nucléaire iranien paralysaient l’affaire syrienne, or selon lui, il aurait fallu tout régler en même temps, l’occasion est passée.

Pour combattre le terrorisme, il faut établir une oasis de paix et de modération dans la région, et pour cela il faut un apaisement entre Israël et la Palestine. Tant que les tensions et l’extrémisme prévalent dans ce dossier rien n’avance. La paix là-bas aura un effet positif sur tout le reste de la région.

« Personne n’a le temps de faire une conférence pour nous sauver. »  Aujourd’hui, la  France a fait beaucoup de démarches, contacté tous les États de la région. La Grande-Bretagne, l’Allemagne et même les États-Unis se sont joints à elle. François Hollande lui-même a dit au Liban qu’il voulait faire des démarches pour résoudre la situation. « J’espère que le ministère des Affaires étrangères français va venir avec du concret, car jusqu’à présent il n’y en a pas eu assez… Tout maintenant est interconnecté sur plan régional. Yemen, Irak, Syrie, Ukraine, Libye, tout est lié. »

On n’a pas de peine à le croire. Et on lui souhaite bonne chance dans sa quête de Président.