Monde / World
Monde /
10H18 - vendredi 13 mai 2016

Chronique des libertés – 13 mai 2016

vendredi 13 mai 2016 - 10H18

Iran, libération d’une jeune prisonnière politique

Crédit photo : Atena Farghadani

Crédit photo : Atena Farghadani

Atena Farghadani, jeune caricaturiste de vingt-huit ans, avait été arrêtée en août 2014 et condamnée en juin dernier à 12 ans de prison pour « insulte à des parlementaires » et « diffusion de propagande antisystème ». En effet, pour protester contre une décision du Parlement de restreindre certaines méthodes contraceptives, elle avait dessiné des députés avec des têtes de vaches, de singes et d’autres animaux. L’ONG américaine Cartoonists Rights Network International (CRNI) qui surveille les droits des caricaturistes dans le monde entier s’était déclarée choquée de cette condamnation. Durant son incarcération, les droits de la jeune femme ont été largement bafoués : elle a été forcée à un test de virginité, a subi des violences, essuyé des insultes… autant d’actes portant atteinte à sa dignité humaine.

La semaine dernière, les charges retenues contre elle ont été revues à la baisse. Le tribunal d’appel de Téhéran a abandonné la poursuite pour « insulte au Guide suprême » et « menace à la sécurité nationale », réduisant sa peine à douze mois d’emprisonnement (qu’elle a déjà purgée) et quatre ans de mise à l’épreuve. Mais ce revirement quoiqu’heureux reste mitigé : l’épée de Damoclès que les autorités ont placée au-dessus de sa tête lui interdit d’exercer son métier librement sans craindre un renvoi immédiat en prison.

Atena Farghadani n’est pas la seule artiste engagée à avoir été victime de pressions judiciaires. Dans la prison d’Evin où elle était détenue, de nombreuses autres personnes sont détenues pour « menace à la sécurité nationale », une charge vague généralement appliquée aux opposants politiques.

 

La République populaire de Chine s’apprête à déplacer deux millions de personnes

Crédit photo : Stephen Codrington

Crédit photo : Stephen Codrington, Wikimedia Commons

Les vingt dernières années de croissance accélérée de la Chine n’ont malheureusement pas totalement amélioré la condition des plus pauvres. De grandes inégalités existent encore entre les populations des campagnes, où les emplois viennent à manquer, et des villes. Dans un objectif annoncé d’extraire dix millions de personnes de la pauvreté d’ici 2020, la Chine s’apprête à en déplacer plus de deux millions parmi les plus défavorisées des régions reculées vers les parties les plus développées du pays. L’objectif est de leur offrir un accès plus direct aux soins, à l’eau, à l’éducation et au logement. Dans les années 1990, cette politique avait porté ses fruits. C’est ce qui incite l’État à renouveler l’expérience. Li Keqiang, Premier ministre de la République populaire de Chine, prévient néanmoins que la réussite de ce projet repose avant tout sur les autorités locales qui doivent faire de l’accès des populations relocalisées aux services publics une priorité.

 

Kenya : fermeture annoncée du plus grand camp de réfugiés au monde

Crédit photo : Pete Lewis/Department for International Development

Crédit photo : Pete Lewis/Department for International Development, Wikimedia Commons

Le gouvernement kenyan a annoncé sa volonté de fermer les camps de réfugiés sur son territoire, notamment celui de Dadaab qui, avec ses 330 000 réfugiés somaliens, est le plus grand du monde. Cette décision est motivée par la menace terroriste d’al-Shabaab, la cellule d’Al-Qaïda en Somalie, qui avait assassiné 140 étudiants de l’université de Garissa l’an dernier. En effet, les autorités kenyanes soupçonnent le camp de Dadaab d’être un repère de ce groupe.

Le gouvernement souligne le poids économique, environnemental et sécuritaire, que représentent les 600 000 réfugiés hébergés au Kenya ces vingt-cinq dernières années. Il en appelle à la communauté internationale pour l’aider à relocaliser les populations déplacées.

Les associations humanitaires craignent pour la sécurité des réfugiés si le camp venait à être fermé. Suite aux critiques du monde entier, le gouvernement a pour l’instant suspendu l’application de sa décision.

 

Deux anciens maires rwandais poursuivis par la justice française

Crédit photo : Scott Chacon

Crédit photo : Scott Chacon, Wikimedia Commons

Deux ans après le premier procès autour du génocide rwandais qui avait vu la condamnation de Pascal Simbikangwa à vingt-cinq ans de prison, la France s’apprête à juger deux nouveaux acteurs du massacre des Tutsis : Octavien Ngenzi (cinquante-huit ans) et Tito Barahira (soixante-quatre ans). Les deux anciens maires de Kabarondo se seraient rendus coupables de l’assassinat de centaines de civils réfugiés dans une église de la ville, le 13 avril 1994. Barahira aurait été vu appelant à massacrer les Tutsis au matin de ce jour terrible. Durant les heures qui suivirent, des centaines de réfugiés furent massacrés à la machette et à la grenade. Ngenzi, maire de la ville à l’époque, passif dans un premier temps, aurait finalement participé à la tuerie.

Le procès s’est ouvert ce mardi 10 mai et devrait durer huit semaines.

 

Amnesty International dénonce un nombre suspect de morts dans les prisons nigérianes

Crédit photo : VOA

Crédit photo : VOA, Wikimedia Commons

La menace de Boko Haram semble avoir entraîné une fièvre paranoïaque chez les autorités nigérianes. Amnesty International rapporte, suite aux visites de ses experts à Maiduguri, dans le Nord-Est du pays, que près de 150 personnes seraient mortes cette année dans la prison militaire de Giwa. Parmi ces victimes, 11 enfants de moins de six ans auraient succombés à leurs conditions de détention.

Les experts ont pu rencontrer plusieurs anciens prisonniers, collecter des photographies et des vidéos appuyant les témoignages. L’organisation humanitaire appelle à fermer immédiatement les infrastructures de Giwa et à déplacer les détenus vers des prisons civiles. Selon l’organisation, 1 200 personnes actuellement retenues dans les geôles militaires auraient été arbitrairement arrêtées. Les principales causes de mort dans ces prisons sont la soif, la faim et la chaleur. Les observateurs auraient également compté 28 cadavres portant des blessures par balle. Le porte-parole de la prison prétend que les conditions de vie à Giwa se sont améliorées depuis la visite d’Amnesty et réfute les conclusions du rapport publié.

 

La Thaïlande libère sous caution huit activistes antijunte

Crédit photo : Takeaway

Crédit photo : Takeaway, Wikimedia Commons

Depuis le coup d’État militaire de mai 2014, la junte impose à ses opposants une politique répressive. Plusieurs activistes ayant diffusé sur les réseaux sociaux des textes de protestation contre la révision constitutionnelle de la junte ont été arrêtés en avril dernier. Selon les autorités thaïlandaises, ils seraient coupables de « viol de la loi sur l’informatique » et « révolte contre le pouvoir établi ». Deux d’entre eux sont également accusés de « diffamation envers la famille royale ». La peine pour ce dernier crime peut aller jusqu’à quinze ans d’emprisonnement.

Suite à la mobilisation d’associations internationales et de la population locale, le tribunal a accepté de les relâcher, en l’attente de leur jugement, en échange d’une caution de 200 000 bahts (à peu près 5 000 euros). Leur libération a été célébrée dans les rues de Bangkok. La date de leur jugement n’a pas encore été communiquée.