Monde / World
Israël /
12H43 - mercredi 16 mars 2016

Petite chronique des haines ordinaires

mercredi 16 mars 2016 - 12H43

 

En Terre sainte, les tragédies humaines se succèdent à un tel rythme que les larmes n’ont pas le temps de sécher. Nourrissant le ressentiment, la peur, la haine, elles génèrent immanquablement de nouvelles tragédies.

Crédit photo : Makaristos, Wikimedia Commons

Crédit photo : Makaristos, Wikimedia Commons

Être arabe en Israël, aujourd’hui et demain

La publication d’un sondage mené entre octobre 2014 et mai 2015 par le Pew Research Center, un institut américain indépendant, a secoué la classe politique israélienne. Les analystes ont travaillé sur un panel de 5 601 Israéliens juifs. Selon les résultats de l’enquête, 48 % d’entre eux seraient favorables à un transfert, voire une expulsion, de la population arabe et 46 % s’y opposeraient. Ces chiffres varient considérablement en fonction des communautés d’origine et des convictions politiques. 58 % des laïcs s’opposeraient par exemple à de telles mesures alors que 71 % des religieux les approuveraient.

Le président de l’État hébreu, Reuven Rivlin, appelle la classe politique à prendre ces résultats sérieusement en compte. En effet, a-t-il affirmé, « l’idée d’un État démocratique en Israël uniquement pour les Juifs est inacceptable ». Il faut donc impérativement, dit-il, remédier aux problèmes internes dont ces opinions sont révélatrices.

Un autre résultat interpelle. Il s’agit de la différence de perceptions entre populations arabe et juive. 80 % des musulmans d’Israël s’estiment discriminés contrairement à ce que pensent 74 % des Juifs.

L’enquête a par ailleurs montré une évolution démographique d’importance entre 1949, où 86 % de la population israélienne étaient Juifs, et 2014 où ils n’en sont plus que 75 %.

 

Expulsions en question

Mercredi dernier, le ministre israélien des Transports, membre du premier parti de droite, a soumis au vote du Parlement un projet de loi antiterroriste. Le texte envisage l’expulsion vers la bande de Gaza des familles de terroristes ayant mené des attaques en Israël. Cette proposition, soutenue par la coalition de droite, a été bien accueillie aussi par certains députés de l’opposition, notamment les membres de Yesh Atid, parti centriste. Pour leur chef, il s’agit là de donner « aux forces de sécurité tous les outils possibles pour lutter contre le terrorisme ». Fin février, le procureur général d’Israël avait réfuté ce projet, lui reprochant d’être en infraction avec la loi du pays et les conventions internationales. Le Premier ministre, Benjamin Netanyahu, était alors intervenu lui demandant de reconsidérer sa décision, car cette loi, selon lui, devrait « conduire à une diminution significative des attaques terroristes contre l’État d’Israël, ses citoyens et ses résidents ». Le procureur général a par ailleurs critiqué certaines autres mesures déjà en application de lutte contre la terreur, comme la destruction des maisons des terroristes, qu’il considère comme une forme de punition collective. Sa décision reste le dernier obstacle à la mise en place de ce nouveau projet.

Terrorisme, loin encore de l’apaisement

Mardi dernier, un Palestinien originaire de la ville de Qalqilya en Cisjordanie a poignardé plusieurs passants dans le quartier historique de Jaffa, au sud de Tel Aviv, puis le long de la mer où il a poursuivi sa course meurtrière avant d’être abattu en pleine action par un policier. Il a blessé douze personnes dont un touriste de vingt-huit ans, Taylor Force, vétéran de l’armée américaine, qui a succombé à ses blessures. La dépouille de la victime a été rapatriée vendredi aux États-Unis après une cérémonie d’adieu. William Gaunt, adjoint au chef de mission auprès de l’ambassade américaine à Tel-Aviv a déclaré au cours de cet hommage : « Malheureusement, la mort de Taylor constitue un lien supplémentaire entre le peuple des États-Unis et celui d’Israël. »

Mercredi matin, deux Palestiniens en voiture ont ouvert le feu sur un bus dans un quartier ultra-orthodoxe du nord de Jérusalem. Ils se sont ensuite dirigés vers la vieille ville où ils ont continué à tirer blessant grièvement un homme de cinquante ans. Ils ont été tués par des tirs de riposte. Cet incident est à l’origine d’échauffourées entre Palestiniens et forces de l’ordre israéliennes plus tard dans la journée.

Vendredi en début d’après-midi, aux environs de la vieille ville de Jérusalem, un Juif orthodoxe de vingt-neuf ans a été victime d’une attaque au couteau. Le terroriste, un Palestinien originaire de Qabalan en Cisjordanie, a été interpellé.

Dans la soirée, deux soldats israéliens ont été la cible de coups de feu tirés depuis une voiture, en Cisjordanie.

Tirs de roquette du Hamas, et leur réplique israélienne

Dans la nuit de vendredi à samedi, les sirènes d’alarme ont retenti dans les localités du Sud d’Israël. Quatre roquettes tirées depuis Gaza ont explosé dans des terrains vagues, sans faire ni blessés ni dégâts. Ces derniers temps, ce sont des militants sunnites se réclamant de l’État islamique qui ont revendiqué les tirs de roquette vers Israël. L’État hébreu considère cependant le Hamas, parce qu’au pouvoir à Gaza, responsable de ces attaques. Ainsi, l’armée israélienne a répliqué par des frappes ciblant quatre bases de la branche armée du Hamas et déclaré par la voix de son porte-parole qu’elle continuerait à agir sévèrement afin de garantir la sécurité de ses citoyens du Sud. Selon les médias palestiniens, deux enfants, âgés de dix et six ans auraient péri lors de cette dernière attaque aérienne.

Directives européennes, la grogne en Cisjordanie

Selon les nouvelles directives de l’Union européenne, les marchandises provenant des territoires disputés, sauf les produits manufacturés, doivent désormais porter la mention « non fabriqués en Israël » ou « fabriqués dans une colonie israélienne ». Si, pour la plupart, les responsables politiques israéliens considèrent cette décision comme discriminatoire, il en est certains au contraire qui s’en réjouissent. Ils espèrent en effet que cette mesure aidera à lutter contre les implantations illégales en Cisjordanie.

Une société allemande a, pour sa part, corsé encore la mesure, en exigeant la formulation « fabriqué en territoires occupés par le gouvernement d’Israël ». Cette demande a provoqué la colère des agriculteurs de la région, qui représentent 60 % de la population juive locale. Le responsable du Conseil régional de la vallée du Jourdain, en Cisjordanie, s’en est ouvert par courrier à l’ambassadeur d’Allemagne en Israël, Clemens von Goetze. Il y dénonce des mesures clairement « discriminatoires et à motivation politique ». Il a même comparé ce « marquage » des produits à celui « des Juifs en Europe durant les temps sombres et terribles du passé ». Il a par ailleurs tenu à noter le caractère troublant et scandaleux de cette demande alors qu’Israël est actuellement frappé par une vague terroriste de grande ampleur.

La pauvreté premier facteur de la prostitution

À l’époque de la création de l’État hébreu, les habitants, raconte-t-on, avaient célébré leurs premières prostituées. Elles incarnaient pour eux l’entrée en normalité d’Israël. Depuis, la prostitution y est passée de l’artisanat à l’industrie avec en 2014 environ 12 000 travailleurs du sexe (95 % de femmes) et des revenus annuels qui s’élevaient à 300 millions d’euros.

Les pères fondateurs de l’État ne souhaitaient sans doute pas un tel succès à cette activité et espéraient encore moins en arriver au nombre de 1 260 mineurs employés dans le commerce du sexe.

Autres temps autres mœurs, aujourd’hui le ministre des Affaires sociales, Haïm Katz, s’indigne de « ces chiffres épouvantables » et son ministère consacre un budget de 5 millions d’euros, dont deux tiers réservés aux mineurs, pour lutter contre la prostitution.

La première cause de prostitution est la pauvreté. Dans 62 % des cas les prostituées sont mères de famille, et 20 % d’entre elles disposent d’un diplôme universitaire.