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15H38 - lundi 14 mars 2016

Yannick Souvré : « Je crois qu’on naît championne »

lundi 14 mars 2016 - 15H38

Dans le basket féminin français, entre Jacky Chazalon et Céline Dumerc, il y a eu Yannick Souvré. L’ex-capitaine de Bourges et de l’équipe de France s’est servie de son mental pour engranger les titres. Rencontre avec une forte personnalité du sport français.

Yannick a été membre de la Fiba pendant 12 ans - Crédit photo : yannicksouvre.net

Yannick a été membre de la Fiba pendant 12 ans – Crédit photo : yannicksouvre.net

 

Vous avez animé une conférence samedi dernier à Blois sur le thème « la femme et le sport », quels aspects avez-vous abordés ?

Trois parties ont été évoquées : le plan personnel (mon parcours, mes joies, mes peines), le développement de la femme sportive (contraintes, obligations, ce que cela peut engendrer en tant que future salariée, etc.), et la grande conférence sur le sport professionnel lancée par Thierry Braillard.

 

Vous êtes à ce titre présidente du groupe Développement du sport féminin professionnel : quels domaines doivent encore être développés en priorité ?

Il y en a plusieurs.

Trouver un moyen de développer encore plus la médiatisation, il y a une réelle avancée, on le voit avec les taux d’audience à la télé.

Structurer au niveau professionnel des fédérations et des clubs. Attention, on ne parle ici que de sport collectif et de cyclisme. Regardez la ligue 1 féminine de football, il y a deux clubs pro : Lyon et le PSG ; Juvisy fait aussi un travail formidable, mais derrière c’est de l’amateurisme dans un sport d’élite car les clubs n’ont pas les moyens de recruter. Brigitte Henriques (secrétaire générale de la FFF) veut faire évoluer tous les clubs et elle y parviendra, un plan de féminisation se met d’ailleurs en place chez eux. Le foot a du retard mais quand il l’aura rattrapé, il sera prêt pour la Coupe du Monde de 2019 qu’organise la France. Et de grandes choses se font déjà dans les quartiers difficiles. En basket féminin, les clubs sont beaucoup plus pros, plus structurés, mais ce n’est pas une course ; je pense aussi au rugby : il a montré qu’il n’est pas réservé aux hommes.

Dernière chose : aider les investisseurs à avoir envie de développer le sport féminin. Le sport amateur est la base, mais quand on demande à une sportive de s’impliquer, il faut derrière l’accompagner un peu mieux.

 

Et l’image véhiculée par les sportives (comme les sportifs) est aussi très importante…

Cela fait partie des obligations quand on est (très bien) rémunéré, il faut donner l’image la plus positive possible car on est regardé. Les petites filles qui me voyaient jouer, je les aurais pénalisées si je n’avais joué pas mon rôle. Et aujourd’hui plus encore : on est épiées, tout est dans la démesure… L’attitude des sportifs est très importante, l’image que donnent Tony Parker, Boris Diaw, ou Nicolas Batum, est très positive et elle influence les parents, ça les rassure de se dire : « Au basket ils sont bien élevés, jouent collectifs ». Le sport co m’a tellement apporté !

 

Vous êtes restée plus d’une décennie au sein de la Fédération internationale, quelle était votre fonction ?

Je gérais la partie communication et évènementielle. Avec ma famille, nous sommes rentrés en France après douze ans passés à Munich car il y avait des choses à faire. Edwige Lawson-Wade sortait du comité directeur de la Fédération française, je me suis proposée (en tant que bénévole) et j’ai été élue mi-octobre 2015. J’ai toujours considéré que cela faisait partie de l’investissement indispensable.

 

Vous n’avez jamais songé à un poste ministériel ?

Je ne sais pas si on décide ce genre de choses. Je suis déjà présidente du groupe Développement du sport féminin professionnel, et je remercie Thierry Braillard d’avoir cru en moi. Le poste m’est un peu tombé dessus, je n’ai pas sonné à sa porte. Si demain on me propose un poste de ministre, je dirai « oui »… sous certaines conditions. Je suis très impliquée, j’ai un côté passionné (que j’avais déjà à la maternelle, selon ma mère) car je crois en ce que je défends.

 

Pensez-vous qu’on naît championne ou qu’on le devient ?

Très bonne question. Je crois qu’on naît championne, même si après on développe des qualités. Moi, j’avais un mental de hargneuse, je ne lâchais rien, et ça ne s’apprend pas. Mais je n’ai été élue qu’une fois meilleure basketteuse française. Intrinsèquement, je n’étais donc pas la meilleure, Cathy Melain par exemple était beaucoup plus forte que moi. Il faut surtout ne pas accepter la défaite. Quand un journaliste demande à Martin Fourcade ce qu’il pense de sa médaille d’argent obtenue le dernier jour des Championnats du monde de biathlon, il répond : « C’est juste horrible ». Je comprends ce qu’il veut dire. C’est pour ça que c’est un énorme champion. Avant d’être maman, je croyais que ça s’éduquait, mais la gnac, l’envie de gagner, on l’a en soi ou pas. Un jour, on m’a posé cette question : « Au fond, qu’est-ce qui vous donne envie de continuer ? » Mais de gagner ! À l’instant où votre équipe est sacrée championne de France, elle ne l’est déjà plus !

 

Vous avez joué outre-Atlantique, gagné des titres en France avec un entraîneur russe (Vadim Kapranov), et vous aimez découvrir les gens : n’avez-vous jamais eu envie de transmettre ce savoir à la nouvelle génération ?

Je me suis interdit de passer les diplômes d’entraîneure pour sortir de cette vie difficile. Je ne fais pas les choses à moitié, je suis trop entière. J’avais envie d’avoir une famille, et cela me paraissait difficilement compatible. Peut-être serai-je coach de mon fils ?

 

Vous transmettez quand même votre passion du sport et votre côté patriote avec d’autres sportives et sportifs en soutenant la candidature de Paris 2024…

Oui, je suis au comité des athlètes. J’espère que nous obtiendrons les Jeux (en 2017) et qu’on me gardera. Pour n’importe quel poste !