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11H40 - lundi 15 février 2016

Une semaine en Inde (du 8 au 15 février 2016)

lundi 15 février 2016 - 11H40

L’Inde, (encore) un terrain de chasse à prendre

tim-cook-apple Tim Cook[/caption]

Mais une fois l’autorisation décrochée, restera ce qui probablement constitue le nerf le plus tendu de la guerre : le prix de l’iPhone, actuellement en totale discordance avec le pouvoir d’achat de la classe moyenne indienne. Le prix consenti pour l’achat d’un smartphone y tourne autour de 120 dollars – le moins cher de la gamme Apple, l’Iphone5, coûte 252 dollars.

Attiré par les 300 millions de potentiels consommateurs composant la classe moyenne indienne, Apple va devoir affronter se plier aux exigences de ce marché.

 

Saadat Hasan Manto, rassembler l’Inde et le Pakistan en dénonçant les fondamentalismes

Saadat Hasan Manto - Crédit : Penguin Books India / Wikimedia Commons Saadat Hasan Manto – Crédit : Penguin Books India / Wikimedia Commons[/caption]

« Mon juge pensait que la vérité et la littérature devaient être traitées séparément », avait déclaré Saadat Hasan Manto, écrivain né en Inde en 1912 et mort, à l’âge de quarante-deux ans, au Pakistan. Accusé d’obscénité après des récits sur la Partition en deux pays, qui fera deux millions de morts et quatorze millions de réfugiés, et conspué notamment pour ses critiques envers la politique des États-Unis dans la région, la mémoire de l’écrivain renaît aujourd’hui des cendres du bûcher auquel il a longtemps été condamné.

Le rôle que Manto joua dans la construction des mémoires tant indiennes que pakistanaises est pourtant notoire. S’attachant à dépeindre les figures oubliées, rayées des récits de cette époque, l’écrivain avait fait des femmes, des violences qu’elles subissaient, et des prostituées les personnages d’une histoire qui aurait voulu les oublier. Malgré ses condamnations et ses renvois, à six reprises, devant les tribunaux, Manto avait continué d’écrire, s’opposant également contre les fondamentalismes hindous. Aujourd’hui, les hommages se multiplient et reconnaissent le courage clairvoyant d’un homme dont « [la] littérature relie les deux pays ».

Une liberté qui continue d’être dangereuse. Dans les colonnes du New York Times, l’écrivain indien Suketu Mehta, souligne : « Les ennuis rencontrés par Manto, en Inde et au Pakistan, sont un présage de l’état pitoyable de la liberté d’expression dans lequel les deux pays se trouvent ». Combattre le fondamentalisme hindou a en effet poussé plusieurs écrivains indiens actuels « au suicide littéraire », et certains ont même trouvé la mort réelle, comme M.M. Kalburgi, en août 2015. Aujourd’hui porté aux nues, l’écrivain Manto semble donc incarner un courage, exigeant, au message lourd de sens pour ses héritiers.

 

 

Quand l’Inde refuse, Facebook accuse

6Le projet Free Basics, porté depuis plusieurs mois par Facebook, vise à permettre une connexion gratuite mais limitée aux pays en développement. Par ce projet, seuls 38 sites seront accessibles gratuitement : pour le reste, l’internaute devra payer – une gratuité extrêmement limitée donc, et entièrement contrôlée par Facebook. C’est cette mainmise, cette non-neutralité, que reproche au projet le gouvernement indien. Fin décemblre, l’autorité des télécommunications l’a donc saisi et la Telecom Regulatory Authority of India (TRAI) a suspendu à titre provisoire l’offre Free Basics, afin d’en examiner l’intérêt. Lundi 8 février, le gouvernement s’est finalement retiré du projet.

Un refus qui a apparemment excédé la direction et les actionnaires du groupe californien. Marc Andressen, « pionnier du web grand public et investisseur historique de Facebook » a violemment réagi contre ce refus via Twitter, le qualifiant d’« immoral » et accusant le gouvernement indien de « refuser aux plus pauvres une connexion Internet gratuite même partielle quand aujourd’hui ils n’ont rien, pour des raisons idéologiques ». Mais c’est notamment le Tweet suivant qui a provoqué l’ire des internautes : « L’anticolonialisme a été une catastrophe pour l’Inde pendant des années. Pourquoi s’arrêter là ? »

Cette position a été condamnée par Mark Zuckerberg qui affirme qu’elle ne reflète en rien la sienne ou celle de Facebook. Ces Tweets ont été retiré et regrettés – mais Facebook a encore beaucoup de chemin à faire pour devenir « l’ami de l’Inde ».

Le projet Free Basics fait l’objet d’un bras de fer entre le gouvernement indien et Facebook depuis de nombreux mois.

 

Amartya Sen, prix Nobel d’économie : son appel au gouvernement Modi

Crédit photo : Elke Wetzig / Wikimedia Commons Crédit photo : Elke Wetzig / Wikimedia Commons[/caption]

« J’ai un certain point de vue sur le gouvernement indien, et plus particulièrement sur ses déficiences et celles datant de l’ancien gouvernement (…). Certaines sont intensifiées par le gouvernement actuel. À cela s’ajoutent les problèmes relatifs au sécularisme et à l’intolérance religieuse. » Dans un entretien avec le Times of India, le prix Nobel d’économie livre son diagnostic sur la situation actuelle de son pays, soulignant que si frustrations il y a, elles ne concernent pas l’Inde en tant en que telle mais sa gouvernance.

Les problèmes majeurs ? Trop peu d’importance accordée à l’éducation et à la santé, champs d’action qualifiés de « chaos total » et permettant l’« exploitation » de patients « qui ne savent même pas pourquoi ils payent ». Pour une croissance forte et permettant la redistribution, des services publics et une sécurité sociale sont nécessaires, affirme-t-il.

Même s’il se défend de vouloir donner des conseils au gouvernement, Amartya Sen rappelle des principes fondamentaux : ceux faisant d’une population éduquée, en bonne santé et ayant suffisamment pour survivre, l’absolue condition d’une économie forte et en croissance.

Prix Nobel d’économie en 1998, Sen a notamment écrit sur les théories de développement, la famine, sur l’économie du bien-être.