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12H45 - lundi 25 janvier 2016

Une semaine en Inde (du 25 janvier au 1er février 2016)

lundi 25 janvier 2016 - 12H45

Visite officielle en Israël : « un chapitre doré dans l’histoire des relations indo-israéliennes » ?

À droite, la ministre des Affaires étrangères Sushma Swaraj, rencontrant le Premier ministre israélien Netanyahu. Crédit : Ambassade d’Israël en Inde http://embassies.gov.il/ À droite, la ministre des Affaires étrangères Sushma Swaraj, rencontrant le Premier ministre israélien Netanyahu. Crédit : Ambassade d’Israël en Inde http://embassies.gov.il/[/caption]

Membre des pays non-alignés, l’Inde n’a reconnu l’État hébreux qu’en 1992, alors qu’il soutenait déjà la cause palestinienne. Un double engagement donc que Narendra Modi refuse de considérer comme antithétique : « L’Inde pense qu’il n’y a pas de meilleur moyen de résoudre les problèmes que par les négociations et le dialogue », avait ainsi déclaré le président Pranab Mukherjee devant les députés de la Knesset en octobre 2015. Une position d’arbitrage souhaitée par l’Inde qui multiplie les déplacements dans la région en essayant de ne mécontenter personne.

Il faut dire qu’un partenariat serait profitable aux deux pays. L’Inde, premier acheteur de l’armement israélien, a récemment testé avec succès un système antimissile développé avec l’État hébreu. Un premier exercice militaire commun a été également annoncé. Si la défense apparaît comme « la clef de voûte » des relations, la dimension économique devrait gagner en importance. Il a notamment fait appel aux Israéliens pour mettre en œuvre l’assainissement du Gange, promesse emblématique de sa campagne électorale. Des entreprises israéliennes y engageront leurs technologies en traitement des eaux. Le projet de coopération inclut de plus le développement des partenariats de recherche et de start-up nationales.

L’arrivée en 2014 de Modi au pouvoir est un facteur déterminant du changement dans les relations indo-israéliennes. Au cours de l’été dernier, par deux fois l’Inde s’est abstenue à l’Onu lors de votes défavorables à Israël, qui s’en est félicité. Delhi tente néanmoins de ménager l’Autorité palestinienne, un partenaire historique non négligeable. Ce numéro d’équilibriste ne sera pas facile à tenir.

 

 

L’Inde s’émeut devant un nouveau suicide d’étudiant Intouchable

De nombreuses manifestations ont eu lieu dans plusieurs grandes villes. Crédit : http://indiatoday.intoday.in/ De nombreuses manifestations ont eu lieu dans plusieurs grandes villes. Crédit : http://indiatoday.intoday.in/[/caption]

Rohit Vemula pourrait bien être le nouveau visage de l’indignation indienne. Cet étudiant de l’université de Hyderabad s’est suicidé dimanche 18 janvier. Les raisons de son acte ne sont pas élucidées. Dans sa lettre, mise en ligne, partagée et lue sur les réseaux sociaux, l’étudiant a nié que son geste soit la réaction à de mauvais traitements ou l’attitude de certaines personnes. Pourtant, des faits survenus les jours précédant sa mort laissent supposer le contraire.

Rohit Vemula était un dalit, un intouchable. Malgré l’abolition des castes établie par la Constitution de 1947, des mesures sont encore en œuvre aujourd’hui pour lutter contre les discriminations économiques et sociales qui demeurent. Suite à des dissensions entre deux associations dont il était membre, certains droits de scolarités avaient été retirés à Rohit Vemula. S’il pouvait continuer d’assister à ses cours, l’accès à l’internat et aux bâtiments administratifs lui était désormais refusé. Une mesure qui le coupait de toute vie sociale au sein de l’université. Cette mesure s’est vue qualifiée de « flagrante démonstration de boycott social » par The Hindu.

Depuis, manifestations et prises de position politiques se multiplient, les réseaux s’enflamment… Et une fois de plus, Narendra Modi se fait attendre. Apparemment ému, reprenant la métaphore de « Mother India », il a déclaré qu’une mère avait perdu son fils. Mais beaucoup l’attendent au tournant pour s’engager plus significativement. The Hindu affirme dans son éditorial : « La mort de Vemula est une honte nationale. Elle incite l’État indien à faire face à son amer échec devant le diable social de la caste et ses discriminations. » D’autant plus que Vemula n’est pas un cas isolé. Au cours des quatre dernières années, 18 étudiants Intouchables se sont suicidés. Des souffrances qu’il serait temps, selon le journal, de reconnaître.

 

Visite de François Hollande en Inde : Rafales en vue

Un Rafale appartenant à l’Armée française en 2009. Crédit : Tim Felce / Wikimedia Commons Un Rafale appartenant à l’Armée française en 2009. Crédit : Tim Felce / Wikimedia Commons[/caption]

François Hollande arrivera en Inde le dimanche 24 janvier. Un voyage qui devrait se solder par la signature du contrat de vente de 36 Rafales français à l’Inde. Il est vrai qu’initialement les négociations avaient porté sur 126 appareils, destinés à remplacer les MIG-21 russes vieillissants. En 2012, le gouvernement indien avait obtenu que 108 appareils soient fabriqués entièrement sur place, sous licence Hindustant Aeronautics Limited – seulement 18 devaient être réalisés en France. Mais la difficulté à instaurer un partenariat fiable, due en partie à la lourdeur administrative indienne, a imposé la refonte du projet.

Finalement, au lieu des 18 prévus, ils seront 36 appareils à être construits en France, décision qui réjouit Éric Trappier, PDG de Dassault. Dans ce domaine de coopération avec l’Inde, ce dernier porte un regard tant à moyen terme que global : l’Inde doit renouveler et moderniser une flotte conséquente – un marché estimé à 40 milliards d’euros – sans dépendre d’un seul partenaire comme de la Russie par le passé. De son côté, Trappier rappelle que son entreprise « a déjà obtenu des contrats avec le Qatar et l’Égypte », ce qui lui convient tout à fait dans le cadre de son plan de charge ».

 

Droit des minorités : la menace plane au-dessus des chrétiens indiens

La basilique Saint Thomas, à Chennai. À Noël, de nombreuses célébrations n’ont pu avoir lieu. Crédit : Ankitesh Jha / Wikimedia Commons La basilique Saint Thomas, à Chennai. À Noël, de nombreuses célébrations n’ont pu avoir lieu. Crédit : Ankitesh Jha / Wikimedia Commons[/caption]

Les reportages et témoignages en ce sens se multiplient. Depuis l’arrivée au pouvoir de Modi, nationaliste hindou, les 25 millions de chrétiens retiennent leur souffle. Campagne de conversion à incitation financière, pression sur les prêtres, exactions… Des sources diverses le confirment : les droits de cette minorité semblent menacés. John Dayal, ancien journaliste et fondateur du Conseil des chrétiens en Inde confie : « Si une église est attaquée, la police assiste en demeurant totalement passive. L’impunité est criante. C’est une persécution surprenante, exercée par une religion qui bénéficie d’une image de paix, et elle a lieu dans une démocratie. »

Et ces exactions ne sont pas le fait de fondamentalistes isolés. Or, si un projet de loi anticonversion en cours – il impliquerait des modifications dans la Constitution – le parti au pouvoir, BJP, ne dispose pas d’une majorité suffisante pour l’imposer. Et, surtout, il n’empêche pas le concept politique d’hindutva de se répandre : à travers lui, les nationalistes hindous considèrent l’islam et le christianisme comme des idéologies importées pervertissant l’identité indienne. Certains groupes extrémistes vont jusqu’à parler d’éradication du christianisme – de graves violences ont déjà été commises en Odisha en 2008. Quant aux musulmans, plus nombreux (ils sont 150 millions) et bien organisés, ils seraient moins exposés.