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17H54 - lundi 18 janvier 2016

Pourquoi le Canada se démarque-t-il sur la question des réfugiés ?

lundi 18 janvier 2016 - 17H54

 

L’image de cet homme émeut. Ce père qui après quinze ans séparé de son fils, prisonnier politique dans les prisons de Syrie, le voit passer les portes de l’aéroport de Vancouver ; la voix s’écroule dans les aigus, incapable de retenue, il pleure à larmes chaudes, prends son fils dans ses bras, tâte maladroitement ses cheveux comme pour bien saisir la réalité qui soudain le submerge. À cet instant, malgré les caméras du monde et malgré toute la présence alentour, il n’y a plus d’intimité qui existe, ni même de pudeur. Il n’y a que ce bonheur de l’être cher enfin retrouvé.

 

La même scène se reproduit chaque fois qu’un avion amène ses cargaisons d’hommes, de femmes et d’enfants meurtris, pour lesquels les mots sécurité et futur, longtemps des souvenirs, peuvent désormais se réapprendre peu à peu. 

Il y avait quelque chose de beau à voir les ministres canadiens accueillir les réfugiés, non pas à coups de discours suffisants aux accents paternalistes, mais avec cet infiniment plus élégant, glad you’re here. Comme on accueille un membre de la famille revenu d’un long voyage. Même Trudeau, jeune et élégant Premier ministre, se retrousse la chemise, va chercher les mentaux, demande à la petite fille si elle en aime la couleur ou s’il devrait lui en chercher un autre. L’émotion n’est pas feinte. Elle est réelle et même que ça déborde. Et pourtant.

 

La puissance de l’image

À l’examen des chiffres, le nombre de 50 000 réfugiés envisagé par le Canada pour 2016 est bien loin du million déjà atteint par l’Allemagne, et plus loin encore des deux millions par la Turquie. Alors pourquoi l’initiative canadienne provoque-elle autant d’admiration?

Tout d’abord il y a la manière. Lorsqu’on accueille quelqu’un chez soi, il généralement de coutume – l’exception arrive – mais il est généralement coutume de vouloir le faire sentir à son aise. Or au Canada, les initiatives d’État tout comme les initiatives citoyennes ont été nombreuses à vouloir faire ce chemin. Manifestations pour presser le gouvernement précédent d’agir, parrainage de familles, location de maisons, apprentissage de la langue arabe pour faciliter la communication, invitation à partager un repas chez soi, déplacement aux aéroports, tweets et vidéos de bienvenue. Mais surtout, il y a eu ces scènes de retrouvailles chaleureuses filmées et diffusées, et contre lesquelles il est difficile de poser un argument. Car la force du Canada n’a jamais été militaire, elle a toujours reposé sur sa puissance douce.

Ensuite il y a le contraste. Alors qu’aux portes de l’Europe, l’horreur prend des visages multiples, tantôt sous la forme de cadavres dans des camions réfrigérés, tantôt celle de la police qui matraque. Et alors qu’en Europe, le réfugié est aussi suspecté de vouloir commettre ce qu’il cherche pourtant à fuir. Et alors qu’aux États-Unis, la campagne électorale fait dans le xénophobe et dans l’infâme. Au Canada au contraire, des hommes et des femmes en accueillaient d’autres, sans les réduire à leur statut de réfugié. Et plutôt qu’un bienvenue chez nous, il leur était dit, bienvenue chez vous.

 

Le jour d’après

D’ailleurs les mots de ces nouveaux résidents permanents canadiens ne trompent pas. Ils sont émus, ne s’attendaient pas à une telle réception et sont extrêmement reconnaissants envers le Canada.

S’agit-il pour autant de dire que leur intégration dans ce pays sera sans contraintes? Non. Et il n’a jamais été question de le dire. Probablement que ces nouveaux immigrants seront confrontés aux malheurs de tous les exilés ; les chocs culturels, un peu de dépression, le mal du pays et pour certains, une intégration ratée. Toutefois il y aura eu l’effort, et c’est bien cela qu’il s’agit de louer.

Car même si le Canada a les ambitions modestes, 50 000 immigrés c’est tout de même un cinquième de ce que le Canada accueille d’ordinaire en une année. Quant aux accolades et aux yeux mouillés, cela ne peut se chiffrer.

Moncef Bendaoud (Montréal, Canada)

 

Bonjour Moncef Bendaoud,

 

Vous êtes le lauréat du concours de textes, organisé par L’Opinion Internationale avec le site WeLoveWords, pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?

Les gens ont tendance à se présenter en premier lieu par leurs diplômes ou par leur travail, et je dois m’avouer un goût pour la différence. En ce qui me concerne j’aime bien écrire ; essentiellement le roman et la nouvelle. J’y vois une façon de descendre quelques degrés de plus au fond de l’humain, pour toucher là où ça remue, quand on bouge les choses.

 

Vous êtes résident à Montréal, Québec, que direz-vous de la vie au Canada en 2016 ?

J’ai un attachement particulier au Canada. C’est un pays qui m’a fait grandir, comme aucun exil ne l’avait fait auparavant. En fait c’est un pays que l’on découvre, autant que l’on s’y découvre, dans la mesure où l’hétérogénéité des cultures nous renvoie aussi à notre singularité.

 

Quelques mots commentaires sur votre article ?

Ce que j’ai essayé de transmettre à travers cet article, c’est surtout l’émotion. J’aime beaucoup l’idée d’une écriture engagée, qui ne réduit pas l’information à la simple dépêche. Ces initiatives d’abord citoyennes et ensuite étatiques, étaient émouvantes en elles-mêmes, et il aurait été dommage de les évoquer en y retranchant le sentiment.

 

Le mot de la fin

Je remercie la rédaction d’Opinion Internationale d’avoir ce choisi ce texte comme lauréat du concours, c’est un très grand plaisir que de pouvoir y figurer avec un sujet qui me tenait à cœur.