Monde / World
Asie /
16H51 - jeudi 3 décembre 2015

Comprendre la situation énergétique du Japon en pleine COP21

jeudi 3 décembre 2015 - 16H51
Shinzo Abe. Crédit: WCommons

Premier ministre japonais Shinzo Abe. Crédit: Wikimedia Commons

« Nous ferons de notre mieux pour créer un nouveau système efficace et juste pour tous les pays du monde » déclarait le premier ministre du Japon, Shinzo Abe, lors d’une conférence internationale à Tokyo pour répondre à une question sur le rôle de son pays à la COP21. 

Secoué après les événements du 11 mars 2011 à Fukushima, la politique énergétique du Japon a dû dans la précipitation s’adapter à la perte d’un quart de sa production d’électricité liée à l’arrêt brusque de l’activité de ses réacteurs nucléaires. En conséquence, les énergies fossiles ont largement servi de variable d’ajustement pour pallier ce manque important. Ainsi, en insistant sur la notion de système efficace et juste pour tous les pays du monde, la rhétorique de Shinzo Abe consisterait subtilement à dédouaner son pays d’efforts trop douloureux liés à la perte de l’énergie nucléaire, certes dangereuse, mais ayant l’avantage de n’émettre aucun gaz à effet de serres. Face à ce dilemme de réduction d’émission de CO2 et d’impératif économique, comment interpréter les engagements du Japon, cinquième sur la liste des pays émetteurs de dioxyde de carbone, pour la COP21 ?

 

Une inquiétude nationale centrée uniquement sur le nucléaire…

 

 

Tokyo Tower. Crédit: WCommons

Tokyo Tower. Crédit: Wikimedia Commons

Avec 43 centrales nucléaires représentant autour de 30% de la production électrique nationale arrêtées du jour au lendemain, la réaction japonaise a néanmoins été indéniablement redoutable et efficace. Elle a permis de compenser la perte de la production d’environ 270 TWh entre 2010 et 2013, soit environ la moitié de la production d’électricité totale pour l’année 2010 en France.

Toutefois, contrebalancer un choc aussi violent, exige évidemment des contreparties. D’anciennes centrales thermiques ont ainsi été rallumées dans l’urgence. La consommation d’énergies fossiles est passée de 60% de la consommation d’électricité en 2010 à 90% en 2012. En revanche, malgré ces solutions d’urgence, il est important de souligner que plus de la moitié de ces 270 TWh ont été de fait économisés purement et simplement par une diminution de la demande en énergie. Sous le nom de « setsuden », un élan national a permis de sensibiliser la population à l’économie d’énergie. Cet élan s’est traduit par des gestes simples mais efficaces, tels que des dérogations au traditionnel code vestimentaire costume-cravate des « salaryman » en été pour réduire l’utilisation de la climatisation ou bien la décision d’éteindre la « Tokyo Tower » la nuit.

Toutefois, malgré la bonne volonté de la population japonaise, la situation énergétique demeure précaire si l’on s’en tient à l’empreinte carbone supplémentaire qu’elle génère ainsi qu’à son coût, et surtout, à la dépendance qu’elle entraîne vis-à-vis des pays exportateurs d’énergies fossiles. Le gouvernement Abe cherche donc pragmatiquement à relancer l’industrie atomique nipponne malgré une forte défiance populaire. Un premier réacteur a été relancé sur l’île de Kyushu mais la gronde populaire laisse hypothétique une réelle remise au premier plan du nucléaire au Japon.

Cela représente donc un sérieux enjeu pour les engagements gouvernementaux de réduction de gaz à effet de serres. En effet, le gouvernement japonais prévoit officiellement une part substantielle de 20 à 22% pour le nucléaire dans le mix énergétique du pays en 2030. Or que faire si cette énergie non-émettrice de CO2 devait être remise en question ? Autre inconvénient, la société civile japonaise se focalise principalement sur le thème du rejet du nucléaire sans réellement proposer de solutions alternatives sur les avantages environnementaux de l’atome. De ce fait, à part l’abandon du nucléaire, aucune autre demande particulière n’émane de la population en ce qui concerne la politique énergétique.

 

…qui n’encourage pas le gouvernement à adopter une posture internationale ambitieuse.

Le résultat de cette situation intérieure se traduit ainsi par une contribution japonaise à la COP21 décevante. Ainsi, la CAT (Climate Action Tracker) propose une analyse scientifique indépendante réalisée par 4 organisations étudiant les engagements de chacun des Etats participant à la COP21 et notamment du Japon. Elle évalue ensuite ces engagements, les plaçant sur une échelle allant d’idéal à inadéquat, le Japon se trouvant dans cette dernière.

Les promesses japonaises sont les suivantes : une réduction de 26% des émissions de CO2 en 2030 par rapport au niveau de 2013, en tablant sur un mix énergétique où le nucléaire représenterait 20 à 22% de la production d’énergie et les énergies renouvelables 22 à 24%. Or 2 critiques majeures peuvent être émises de ce programme.

La première se trouve dans le caractère peu ambitieux des réductions d’émissions de CO2. En effet, même en n’appliquant aucune nouvelle politique, le Japon se dirige de toute façon vers ces chiffres de réduction d’émissions. Ainsi 2014 a été la première année depuis 5 ans où les émissions de CO2 ont finalement été réduites de 3,0%, notamment grâce aux économies d’énergie, mais également suite à l’émergence des énergies renouvelables, en particulier le solaire.

La seconde concerne l’estimation de l’importance du nucléaire dans le mix énergétique japonais. Comme expliqué précédemment, la remise en route du nucléaire sur les îles nippones demeure un sujet hautement politique et controversé qui ne va pas de soi. Dans l’hypothèse d’un arrêt complet et précoce des centrales, sera-t-il possible de respecter ensuite les engagements en matière de réduction de CO2 ?
Peut-être conscient de cette réalité, le Japon cherche toutefois à se montrer bonne élève et garder la face. Shinzo Abe a ainsi promis une participation à hauteur de 1,2 milliards de dollars au fond verts pour aider les pays en voie de développement dans la lutte contre le réchauffement climatique, promesse des pays développé pour les négociations de la COP21. De plus, le Japon a fait part de sa disposition à participer à des transferts de technologies pour favoriser la transition énergétique dans les pays émergents. Aussi ironique que cela puisse paraitre, parmi ces technologies, la ministre de l’écologie Tamayo Marukawa a mentionné l’exportation de technologie de pointe en matière de combustion dite « propre » du charbon dans les centrales thermiques.
Ainsi, le Japon cherche une voie juste et efficace dans la lutte mondiale contre le réchauffement climatique mais cet effort semble se traduire plus par un rôle d’observateur plutôt que de promoteur actif d’objectifs concrets. Il est plus probable que le pays du soleil levant rayonne par sa discrétion lors des négociations que par des engagements chocs.