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11H03 - vendredi 14 août 2015

John Kerry à Cuba : un rapprochement historique semé d’embûches

vendredi 14 août 2015 - 11H03

John Kerry sera, ce vendredi 14 août, le premier Secrétaire américain à se rendre à La Havane, dans le prolongement du rétablissement des relations diplomatiques entre les USA et Cuba. Une visite certes historique mais qui ne doit pas occulter les enjeux et les embûches d’un tel rapprochement.

Photo la Havane en construction Diego Mermoud

L’ouverture officielle de l’Ambassade des Etats-Unis à Cuba marque la fin de la première étape de rapprochement entre les deux pays. Et ouvre par là même la prochaine étape du processus de normalisation voulu par les deux parties. Quelle est-elle ? Il est en effet difficile aujourd’hui d’anticiper quelles sont les volontés affichées ou non des deux pays. Et également de percevoir comment leurs relations vont évoluer.

Du côté cubain, l’objectif semble être simplement une ouverture de l’économie tout en ne modifiant pas le système politique. Un modèle que l’on pourrait comparer au système chinois, qui sera sans nul doute une source d’inspiration, mais l’adaptation à la culture et aux singularités socio-économiques de l’île devrait déboucher sur un système encore inédit. Le gouvernement Obama quant à lui table sur une ouverture économique modifiant la structure sociale du pays, afin de modifier de l’intérieur le système politique cubain. Cet objectif ne concorde nullement avec les intérêts du gouvernement de Raul Castro.

Pommes de discorde

Dès lors nous sommes face à deux pays qui ont aujourd’hui une volonté de trouver un terrain d’entente économique, mais qui poursuivent des objectifs politiques opposés.

En effet, de nombreuses questions demeurent, en tout premier lieu la question des droits de l’homme, présentée par les autorités étasuniennes comme étant la priorité du Secrétaire d’Etat John Kerry lors de son séjour sur l’île. Toutefois, la position des Etats-Unis sur ce thème reste affaiblie par le sort qui a été réservé aux détenus de la base de Guantanamo, qui plus est, située et revendiquée par Cuba. En outre, l’embargo économique qui doit être levé par le Congrès des Etats-Unis, et le rapport de force politique restent difficiles à appréhender, car il ne correspond pas pleinement à une dialectique Républicains contre Démocrates. Les compensations que demandent de nombreux Etasuniens d’origine cubaine concernant leur patrimoine nationalisé par l’Etat cubain, sont également une source de friction pesant sur le rapprochement.

Le modus vivendi qui reste aujourd’hui à construire entre les deux nations sera un processus long dans le temps selon nos représentations occidentales, qui diffèrent fortement sur ce point des représentations cubaines. Quelles concessions les deux parties sont-elles prêtent à offrir ? Quelles sont les exigences minimales de part et d’autre ? Ce sont aujourd’hui des questions en suspens et les négociations promettent de s’étaler dans le temps. Les changements politiques aux Etats-Unis restent un facteur d’incertitude fort, mais du côté cubain également des manifestations de la société civile exigeant des changements politiques pourraient rapidement crisper les autorités cubaines qui pourraient faire machine arrière. L’arrivée d’Internet sera une source d’ouverture, mais aussi une pénétration de points de vues en provenance du pays de l’Oncle Sam qui entreront en contradiction avec la propagande officielle. Quel impact aura cette ouverture à l’information ? Aujourd’hui les autorités ouvrent petit-à-petit des points de connexions internet qui permettent, à faible dose, aux Cubains de découvrir le cyberespace. Ce qui devrait ouvrir progressivement un débat d’idées et potentiellement des changements politiques par le bas.

Après le premier pas de rapprochement fait par les deux nations, les incertitudes demeurent fortes quant au futur du processus. Les modalités d’investissements des acteurs privés étrangers auront également une influence sur le devenir de l’île. La législation et le zèle des autorités cubaines seront des facteurs déterminant pour les investissements qui pourraient voir le jour. Quoi qu’il en soit, le processus en cours sera extrêmement intéressant à observer et il provoquera peut-être la création de nouvelles manières de faire et de résoudre des problématiques qui pourront inspirer le reste du monde.

 

Diego MERMOUD

Diplômé en Géopolitique et en Relations Internationales, Diego Mermoud est chercheur associé à l’Institut Prospective & Sécurité en Europe – IPSE et également co-fondateur du web média vuessurlemonde.com. Passionné par les relations entre le nord et le sud du continent américain, il s’est spécialisé sur ce qui a longtemps été le point d’inflexion de ces relations complexes : Cuba.