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12H13 - mercredi 12 août 2015

Conflit du Donbass : l’Ukraine frappée par une crise humanitaire

mercredi 12 août 2015 - 12H13

La crise dans le Donbass, qui représente plus de 20 % du PIB de l’Ukraine, a plongé le pays dans un marasme économique. Le nouveau plan d’aide accordé par le Fonds monétaire international (FMI) permet une bouffée d’oxygène tandis que l’issue du conflit demeure incertaine. La crise humanitaire dans l’est du pays est pourtant de plus en plus préoccupante, surtout depuis l’ordre de Moscou de faire évacuer les organisations non gouvernementales (ONG) occidentales des territoires russes, dont le Donbass fait selon lui partie.

 

Soldats ukrainiens - Crédit : Sasha Maksymenko / Flickr

Soldats ukrainiens – Crédit : Sasha Maksymenko / Flickr

 

Le conflit dans le Donbass plombe la croissance économique de l’Ukraine

L’Ukraine aura évité de justesse le défaut de paiement. Le Fonds monétaire international (FMI) a approuvé le 31 juillet dernier un nouveau plan d’aide colossal, le déblocage immédiat de 1,7 milliard de dollars, malgré les doutes sur la soutenabilité de la dette et le conflit séparatiste dans l’est du pays. Pour Petro Porochenko, Président ukrainien depuis mai 2014, la guerre dans la région du Donbass est un réel frein au développement économique et aux réformes en Ukraine. Ainsi, il déclarait à RFI « 25 % de la production industrielle est en territoire occupé. 10 % du revenu industriel a physiquement été détruit par la guerre ou bien démonté et transporté vers le pays agresseur, la Fédération de Russie. Et dans le même temps, en parallèle de l’agression de l’est de mon pays, en plus de l’annexion de la Crimée, les Russes nous ferment leurs marchés. Ils ont lancé une guerre commerciale de grande ampleur contre l’Ukraine. Nous recherchons activement des marchés de substitution. Mais c’est peut-être la pire des épreuves que nous inflige l’agresseur. »

Malgré les accords de Minsk II signés entre Kiev, Moscou, Paris et Berlin en février dernier, les affrontements entre loyalistes et séparatistes demeurent quotidiens. L’issue du conflit reste ainsi incertaine, et avec elle la situation économique de tout le pays.

Deux millions de réfugiés originaires du Donbass

Selon les chiffres des Nations Unies, sur les 60 millions de réfugiés et de personnes déplacées dans le monde, 2 millions proviendraient du Donbass, soit une personne sur trente. Les réfugiés se dirigent en priorité vers les pays voisins et l’Union européenne. 350 000 réfugiés se seraient rendus en Russie, première destination des personnes fuyant la zone de conflit à l’est du pays. La Biélorussie aurait accueilli près de 80.000 personnes et la Pologne 8.500.

L’Union européenne a quant à elle enregistré une hausse de 11 % des demandes d’asile en provenance d’Ukraine. Sur place, la situation des populations civiles est désastreuse. Sur les 5,2 millions de personnes vivant encore dans les zones de conflits, plus d’un quart a besoin d’une aide humanitaire d’urgence. Le matériel médical et de premier secours et les médicaments arrivent en tête des besoins immédiats des populations locales. Selon le docteur Andrew Dimitri, coordinateur des activités médicales de Médecins sans frontières (MSF) dans l’est de l’Ukraine, la mise en place de cliniques mobiles des deux côtés de la ligne de conflit « a un impact énorme pour combler les manquements dans les soins de santé depuis le début de la guerre, principalement parce qu’il y a très peu d’autres ONG présentes sur le terrain. » déclare-t-il au Huffington Post

Les ONG occidentales chassées des territoires russes

Et pour cause, Vladimir Poutine a décidé d’interdire, en mai dernier, la présence d’ONG « indésirables » sur le sol russe, dont la région du Donbass revendiquée. Cette décision intervient alors que la mobilisation internationale est déjà très faible. Mis à part le Programme des Nations-Unies pour le développement (PNUD) et quelques ONG occidentales mastodontes (MSF, World Food Program, International Rescue Committee – qui ont dû quitter le territoire), la communauté internationale a plutôt semblé se désintéresser du sort des populations civiles prises pour cibles par les deux camps.

Des ONG locales ont commencé à voir le jour et s’organiser sur place, à l’image de Restoring Donbass ou de Foundations for Freedom (F4F). La première a notamment alerté l’opinion publique en publiant les dessins d’enfants victimes du conflit. Elle s’est également donnée pour objectif de chiffrer les dégâts matériels causés par le conflit – pour l’heure estimés à 10 000 bâtiments et infrastructures réduits à l’état de ruines. La seconde est davantage tournée vers l’organisation de conférences et de séminaires pour sensibiliser l’opinion et favoriser le dialogue pour « le pardon, la réconciliation et la collaboration possibles ».

Alors que le conflit s’enlise, la Cour constitutionnelle ukrainienne a donné son feu vert vendredi 31 juillet à un projet de réforme constitutionnelle donnant plus d’autonomie aux régions séparatistes. Loin pour l’instant d’entériner un statut formel d’autonomie ou de semi-autonomie, le président ukrainien a qualifié cette initiative de « décentralisation ». Il a ainsi immédiatement réagi sur Twitter : « la décision de la Cour constitutionnelle sur la décentralisation est un pas important vers de grands changements pour l’Etat ». Soutenue par les Occidentaux, cette ouverture laisse entrevoir l’espoir d’un apaisement du conflit.

Capture d'écran du compte Twitter de Petro Porochenko

Capture d’écran du compte Twitter de Petro Poroshenko