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19H33 - jeudi 25 décembre 2014

Indonésie : 10 ans après le tsunami d’Aceh, les leçons apprises

jeudi 25 décembre 2014 - 19H33

 

Le 26 décembre 2004, un tsunami dévastateur a détruit les villes et les vies de milliers de personnes vivant autour de l’océan Indien. Depuis dix ans, dans la province d’Aceh, à l’extrémité ouest de l’Indonésie, noël est le moment où de sinistres souvenirs refont surface. Dix ans après cette catastrophe, alors que le tsunami est toujours éminemment présent dans la mémoire collective des Acehnais, la ville et la vie des survivants du tsunami ont été transformées.

 

Le bateau sur les toits, devenu musée à Lampulo, est l'un des sites les plus spectaculaires. © Corinne Bourbeillon

Le bateau sur les toits, devenu musée à Lampulo, est l’un des sites les plus spectaculaires. © Corinne Bourbeillon

 

26 décembre 2004 : 230 000 personnes englouties par le tsunami

Le tsunami d’Aceh, qui s’est déclenché le matin du 26 décembre 2004, est un des plus grands désastres dans l’histoire récente des désastres naturels. Tout a commencé avec un tremblement de terre de 9.2 sur l’échelle de Richter, un des plus forts tremblements de terre mesurés jusqu’à présent. L’épicentre du séisme, proche de l’île indonésienne de Simeulue, déclencha un tsunami gigantesque qui arrivait sur la côte d’Aceh seulement 15 minutes après le tremblement de terre, ne laissant aucune chance de fuir aux habitants. Après une journée à peine des vagues allant jusqu’à 30 mètres de hauteur avaient déjà tué 230 000 personnes, en Indonésie mais aussi dans 14 pays autour de l’océan Indien comme la Thaïlande, le Sri Lanka, les Seychelles et Madagascar. En Indonésie, les villes les plus proches de l’épicentre, Banda Aceh, Calang et Meulaboh, ont été complètement détruites. Selon les estimations, 170 000 personnes ont été tuées à cause du tsunami en Indonésie, 500 000 ont perdu leurs logements et 37 000 personnes sont toujours portées disparues aujourd’hui.

Aceh a désormais le statut d’une région autonome

Pourtant, malgré – ou peut être à cause de – son bilan dantesque, la catastrophe à mis fin à un conflit qui durait depuis les années 1970 entre les séparatistes de la province d’Aceh et le gouvernement central. En 2005, l’année suivant le tsunami, le mouvement séparatiste acehnais a en effet signé un traité de paix avec le gouvernement indonésien, mettant fin à conflit qui a fait plus de 15 000 victimes.

Aceh a désormais le statut de région autonome de l’Indonésie, ce qui a permis en passant aux Acehnais d’introduire la loi de la charia dans la région. Si le sujet fait toujours débat et qu’il est à la source de tensions occasionnelles, le conflit lié au séparatistes s’est quasiment résorbé, surtout en comparaison de l’ampleur qu’il avait avant le tsunami.

10 ans après – reconstructions et prise de conscience

Au-delà des conséquences politiques et après 10 ans de travail de reconstruction, c’est aussi la situation à Aceh qui a radicalement changé : des villes entières ont été reconstruites, voire recréées, et la vie de la population acehnaise a retrouvé son rythme habituel. Il est d’ailleurs difficile de reconnaitre aujourd’hui le Banda Aceh d’il y a 10 ans. Tout a changé dans la capitale de la province, 3 000 km de rues et 140 000 maisons ont été reconstruites. Les seuls signes qui rappellent la tragédie de 2004 sont des monuments tels que le musée du tsunami ou ce bateau qui a été déplacé et échoué sur l’île par le tsunami et qui a été intégré dans l’architecture de la ville comme mémorial.

Pourtant, même si la province a fait peau neuve, même si les villes ont été reconstruites, la catastrophe reste profondément ancrée dans la mémoire nationale indonésienne. Les monuments, entre autres, sont là pour le rappeler.

Non seulement tous les Acehnais qui ont vécu de près ou de loin le désastre ont une histoire à raconter mais ils sont nombreux, aujourd’hui, à concrètement s’investir dans la prévention des risques. Les humanitaires se rendent compte qu’une grande partie des Indonésiens qui s’engage aujourd’hui en tant que volontaires pour une meilleure préparation aux désastres naturels – tsunamis, tremblements de terre mais aussi éruptions volcaniques – a pris conscience de l’importance de se préparer et d’anticiper les catastrophes.

Après le tsunami de 2004, un accent particulier a été mis sur l’éducation : prévention des catastrophes, réaction en cas de désastre, etc. Lors d’un tremblement de terre en 2012, il était évident que la population était mieux préparée et que l’éducation avait porté ses fruits.

En rappelant les dégâts causés par le tsunami en 2004, l’objectif de la commémoration de son dixième anniversaire, qui a lieu cette semaine du 26 au 28 décembre à Banda Aceh, est d’ailleurs de rappeler aussi à quel point une préparation aux désastres naturels est cruciale.

Jakarta a su tirer les leçons de la catastrophe

L’Indonésie et particulièrement la région d’Aceh semblent avoir tiré les leçons de cette catastrophe. Durant la dernière décennie, ce ne sont en effet pas moins de 7 milliards de dollars (5,7 milliards d’euros) de dons qui ont été investis dans la reconstruction ainsi que dans la prévention (en construisant par exemple plusieurs immeubles de secours proche de la côte pour que la population puisse prendre refuge en cas de tsunami).  

Tout n’est pourtant pas rose. Le surplus de bâtiments qui restent inutilement vides aujourd’hui n’est qu’un exemple du manque de coordination parfois criant entre les donneurs. Mais, si ces 7 milliards de dollars auraient probablement pu être investis plus efficacement, la situation s’est pourtant nettement améliorée depuis le tsunami. De nombreuses familles vivent dans des meilleurs logements qu’avant ce désastre.

Aujourd’hui, les Acehnais disent souvent que leur vie est meilleure maintenant. Ils ont gagné en stabilité politique mais aussi en niveau de vie. Le tsunami a aussi fait prendre conscience à l‘Indonésie de l’importance de se préparer aux désastres naturels – une leçon singulièrement importante pour un pays comme l’Indonésie soumis à un risque élevé.

Aujourd’hui, l’Indonésie est un exemple dans la région pour la réduction des risques de catastrophe. L’ancien président Indonésien Susilo Bambang Yudhoyono a même été nommé premier champion de la réduction des risques de catastrophe.

Il ne s’agit évidemment pas de souhaiter ce genre d’expérience, mais de reconnaître que l’Indonésie a su apprendre de ses manquements et de ses erreurs.

Dinah Abd El Aziz travaille aux Nations Unies en Indonésie à Jakarta.