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20H06 - jeudi 27 février 2014

L’éternelle crise politique italienne

jeudi 27 février 2014 - 20H06

Le Président du Conseil italien Enrico Letta, a démissionné après avoir été désavoué par son propre parti. Son successeur, Matteo Renzi, a déjà été élu par de nombreuses personnes comme le nouveau sauveur de l’Italie en crise. Comme Berlusconi il y a vingt ans. Et comme pour Mario Monti, il y a tout juste deux ans.

Le nouveau Premier minsitre italien, Matteo Renzi

Le nouveau Premier minsitre italien, Matteo Renzi, lors de sa prise de fonction à Rome le 22 février 2014 © Xinhua / Allpix Press

La nouvelle crise italienne

« Chaque matin, les Italiens se réveillent et ne savent pas qui sera le Président du conseil. » C’est une boutade qui circulait ces derniers jours sur les réseaux sociaux, mais elle relève plus de l’amertume que du rire. Le gouvernement d’Enrico Letta aura duré moins de dix mois, mal vu pour avoir passé de grands accords avec Silvio Berlusconi, contesté pour son inefficacité et pour s’être davantage préoccupé des intérêts des banques que de ceux des Italiens. Letta n’est pas tombé pour une motion de défiance du Parlement, ce qui peut arriver dans une Démocratie, mais parce que le Secrétaire national de son propre parti, Matteo Renzi, l’a décidé.

Matteo Renzi

Déjà maire de Florence, âgé de 39 ans et de l’avis de tous les observateurs, très ambitieux et audacieux, Renzi le « démolisseur » a promis de changer l’Italie et de faire une réforme par mois. Ce serait à espérer pour une Italie qui semble irréformable. Trois millions de chômeurs, un nombre de licenciements de plus en plus important, des entreprises qui ferment, des retraités qui affluent vers les banques alimentaires telles que Caritas, les privilèges et les rentes qui augmentent, surtout dans le sud…

Berlusconi, un adversaire politique légitime pour Renzi

Pourtant, aussi bien dans le ton que dans la forme, la sérénité affichée de Renzi rassure inévitablement et se démarque des millions d’emplois que Berlusconi, avec l’aide de ses chaines de télévision, promettait sans que personne n’y croit. Mais contrairement à ses prédécesseurs malades d’une prétention intellectuelle incurable, Matteo Renzi a rencontré Berlusconi reconnaissant en lui un adversaire politique légitime.

Ensemble ils ont discuté de la réforme électorale qu’ils souhaiteraient mettre en place, eux, et non le Parlement qui devra pourtant la voter. Berlusconi a clairement fait savoir qu’il ne votera pas pour l’alliance parce qu’il a choisi de rester dans l’opposition avec la nouvelle Forza Italia. Mais, sur la réforme électorale, sur laquelle de nombreux experts constitutionnels ont pourtant déjà exprimé des doutes quant à sa légitimité, Berlusconi estime qu’il n’y a rien à redire. En outre, une alliance est le seul moyen de créer une majorité afin de freiner l’ascension du Mouvement 5 Etoiles de Beppe Grillo, qui séduit de plus en plus d’électeurs.

Letta s’en va, Renzi arrive, c’est donc le troisième gouvernement qui naît, non de la volonté du peuple, mais de machinations de palais. On pourra arguer que la Constitution italienne ne prévoit pas l’élection directe du Premier ministre. C’est vrai, mais l’opinion publique perçoit ces opérations extra-parlementaires, comme étant davantage dans l’intérêt de quelques-uns et au détriment de beaucoup. Cela a déjà été le cas quand, en novembre 2011, Silvio Berlusconi, sans jamais avoir été découragé par le Parlement, a démissionné sous la présidence de Giorgio Napolitano pour laisser le « trône » à Mario Monti, le professeur intègre en tissu de loden et avec des lunettes qui aurait dû sauver l’Italie de la récession.

Comment réformer l’Italie ?

Pourtant, il est difficile de ne pas se demander pourquoi le nouveau Premier ministre serait en mesure de réaliser des réformes qui ne l’ont jamais été, puisque ni les circonstances externes ni la coalition du gouvernement n’ont changé. Mais surtout, il n’est pas clair comment il les réalisera, ces réformes. Dans son programme, Renzi a promis une allocation de chômage pour tous, y compris pour les travailleurs temporaires actuellement non titularisés. Mais où sera pris l’argent, il ne l’a pas dit. Et les belles paroles sans substance sont susceptibles de laisser les Italiens sur leur faim. On devrait, par exemple, réduire les impôts sur le travail et augmenter ceux sur les revenus donnant ainsi le signal, pour la première fois en Italie, que le mérite compte plus que la rente. Il faut aussi penser aux pauvres ou aux immigrés avec une loi qui, au lieu de discriminer, se préoccuperait d’abord de comprendre, puis à réglementer les flux. Et enfin, il faudrait cesser immédiatement la pratique qui avantage les lobbies en réinvestissant la politique de sa mission noble, en menant des travaux dans l’intérêt exclusif de la collectivité.

Bref, Matteo Renzi incarne peut-être un changement de style mais sera-ce suffisant pour redresser l’Italie ?

 

Journaliste italienne