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11H42 - jeudi 31 octobre 2013

Camps de réfugiés birmans : peur d’y entrer, difficile d’y rester

jeudi 31 octobre 2013 - 11H42

Certains d’entre eux sont arrivés dans les camps de réfugiés il y a plus d’une dizaine d’années. Peu confiants dans le calme apparent revenu au Myanmar, ces réfugiés birmans, principalement issus des minorités ethniques, semblent encore préférer rester dans les camps qui longent la frontière thaïlandaise, malgré des conditions de plus en plus précaires.  

 

Des réfugiés du camp Mae La en Thaïlande, en juin 2012.  Photo: Human Rights Watch.

Des réfugiés du camp Mae La en Thaïlande, en juin 2012.
Photo: Human Rights Watch.

En mars dernier, dans la province de Mae Hong Song, au nord de la Thaïlande, l’un des camps de réfugiés qui longent la frontière birmane a été ravagé par un incendie dévastateur. On compte alors plus d’une quarantaine de morts, et deux cents blessés.

Cette catastrophe remet au goût du jour la question des camps de réfugiés birmans en Thaïlande. Créés dans les années 1980 suite aux conflits ethniques sanglants qui déchiraient la Birmanie, ils ont  accueilli  au fil des années, un nombre de plus en plus élevé de réfugiés, pour atteindre près de 140 000 personnes en 2013. « Ces réfugiés appartiennent généralement aux minorités ethniques persécutées par la junte, en majorité les ethnies Karen ou Shan », indique Veraweet Tianchainan, fondateur et directeur exécutif du Thai Committee for Refugees Foundation (TCR).

 

 

 La situation politique du Myanmar s’améliore progressivement

 

 

Cependant, depuis 2011, la junte militaire n’est officiellement plus au pouvoir, et des cessez-le-feu ont été signés avec une majeure partie des groupes rebelles. Le retour des réfugiés en Birmanie se pose alors mais il n’a toujours pas été entamé. Car si cette accalmie relative a  ouvert de nouvelles opportunités, la crainte et la méfiance restent de mise entre les minorités birmanes. « On ne peut faire table rase de décennies de guerre civile en si peu de temps. Aussi, de nombreux réfugiés issus des camps estiment qu’il ne serait pas sûr de rentrer chez eux », explique Veraweet Tianchainan, qui ajoute : « certains villageois savent, grâce à leurs connaissances restées sur place, que des soldats sont encore postés dans leurs villages. Ce sont ces soldats que les réfugiés avaient fui il y a dix ans. »

Les accords de paix sont un processus encore inachevé au Myanmar, et la baisse sensible des affrontements n’empêche pas de craindre une nouvelle flambée de violence, à l’image des émeutes violentes qui ont coûté ces derniers mois la vie à des centaines de Rohingyas, une minorité musulmane. « Il faut savoir que le sol des régions où vivaient les minorités ethniques est encore truffé de mines antipersonnel. On peut comprendre que les réfugiés craignent d’être rapatriés », constate encore Veraweet.

 

La vie dans les camps, un lent délabrement 

 

Malheureusement, la situation dans les camps en Thaïlande se dégrade lentement. « La principale raison est que les dons et les fonds des ONG pour les réfugiés birmans sont désormais envoyés vers le Myanmar même, qui s’est ouvert à l’Occident, et non plus seulement vers les camps de réfugiés, » déplore Veraweet. L’incendie de mars est symptomatique de ce délabrement rampant.

Autre problème, la Thaïlande n’a, à ce jour, pas ratifié la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés. Le droit thaïlandais ne dispose donc d’aucun outil de défense de ces personnes, vulnérables à tous les abus. Des excès qu’un rapport de Human Rights Watch dénonce, décrivant les arrestations et expulsions arbitraires dont sont victimes les réfugiés qui tentent de sortir des camps et de travailler en Thaïlande. L’exploitation des migrants birmans sans-papiers dans les usines thaïlandaises n’est pas rare. Ce même rapport déplore les conséquences psychologiques de la vie dans les camps : les réfugiés sont reclus dans les zones frontalières montagneuses, isolés et généralement coupés de tout recours à une justice. Les suicides et les dépressions se multiplient.

 

Il n’y aura pas de retour forcé

 

Dès lors, quel peut-être l’avenir pour ces réfugiés bloqués sur le sol thaïlandais ? « Les autorités thaïlandaises ont régulièrement assuré qu’elles ne forceront pas un retour des réfugiés au Myanmar, » souligne Veraweet, « mais parce que la situation dans les camps se détériore, une politique incitative a été adoptée ». Des ateliers ont été créés pour adapter les réfugiés à la vie hors des camps, aux démarches administratives, à la gestion de leurs terres. L’accès à l’éducation est facilité. « De plus, en tant qu’ONG, nous mettons tout en œuvre pour aider les réfugiés sur le plan judiciaire. Nous défendons d’une part les réfugiés demandeurs d’asile et d’autre part nous luttons pour des réformes et des lois qui amélioreraient le sort de ces personnes. »

 

Le destin des réfugiés birmans est donc, à l’heure actuelle, suspendu entre les efforts du royaume de la Thaïlande pour les accueillir dignement, et la reconstruction nationale du Myanmar, sur les ruines de la guerre civile.

 

Journaliste