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11H44 - jeudi 10 octobre 2013

Chine : Le procès Bo Xilai, signe d’une plus grande ouverture de la justice ou un procès pour l’exemple ?

jeudi 10 octobre 2013 - 11H44

Le procès de Bo Xilai a montré la volonté ferme d’une réforme du système judiciaire en Chine. Malgré cette transparence, il y a pourtant des sous-entendus politiques que le Parti communiste veut faire passer à l’opinion publique…

Bo Xilai

Le procès Bo Xilai, signe d’une ouverture en trompe l’oeil ?

Alors que le prochain congrès national du Parti communiste doit se tenir le mois prochain, le verdict dans l’affaire Bo Xilai est tombé le 22 septembre. Le « prince rouge », une étoile montante au sein du Parti communiste, a été condamné à la prison à vie avec privation permanente de ses droits civiques. Il y a un an, son épouse, Bo Gu Kailai, avait elle été condamnée à la peine de mort avec une peine suspensive pour l’assassinat de l’homme d’affaire britannique Neil Heywood.

Le cas de Bo Xilai est symptomatique du système politique chinois : abus de pouvoir, détournement de fonds et corruption, entremêlement de la politique et des affaires, conflits internes au sein du Parti communiste, etc…

En octobre l’an dernier,  s’est tenu le XVIIIe congrès national du parti communiste, un événement majeur qui annonçait le passage de témoin entre Hu Jintao et son successeur. Au sein du parti, on constate une concurrence intense entre toutes les communautés, qui se préparent afin de se partager le pouvoir, bien que l’on sache par avance que le Président sera Xi Jinping.

L’affaire Bo Xilai a non seulement amplifié la tension qui y régnait, mais elle tombait bien à propos pour illustrer la volonté de changement du nouveau président, dont le maître mot était de remettre au goût du jour « le rêve chinois » : prospérité, puissance et le bonheur du peuple. La chute de Bo Xilai a ainsi permis au nouveau pouvoir de montrer sa fermeté sur le plan de la lutte anti-corruption.  Xi Jinping a promis de « frapper les tigres aussi bien que les mouches », illustration faite avec la saisie des biens de Bo Xilai, dont une villa à Cannes.

Un bon début pour les réformes ?

Si la lutte anti-corruption n’est pas une nouveauté, le procès Bo Xilai s’avère être le signe d’une justice plus transparente et plus participative.

L’affaire a en effet inondé le web. Les Chinois ne se contentent plus de suivre l’actualité à travers les journaux télévisés, présentés par des journalistes qui ne font pas de vagues. Le procès a ainsi été retransmis en direct sur le web et des millions d’internautes ont largement commenté le déroulement sur les réseaux sociaux. La revendication du peuple pour plus d’information sert de catalyseur dans les réformes de modernisation et de professionnalisation dans la justice.

La diffusion d’un tel procès est une première et peut-être interprétée comme un signe d’ouverture, même si la justice est toujours sous contrôle étroit du pouvoir. Il y a eu, bien sûr, d’autres cas de procès ouverts au grand public, mais il s’agissait de cas mineurs et menés de façon procédurale. La presse chinoise n’a pas manqué de saluer cette ouverture en indiquant que « ce processus [était] impeccable, même aux yeux de l’occident. »

Des sous-entendus politiques ?

Sur cette affaire, les commentaires de la presse chinoise se concentrent plutôt sur le succès du début des réformes judiciaires et de la lutte contre la corruption. Néanmoins, hormis toutes les accusations de corruption, qui pourraient s’appliquer à de nombreux fonctionnaires chinois, on constate que Bo Xilai est malgré tout une victime politique dans un moment critique où se déroulent en silence de grands relais de pouvoir.

La chute de Bo Xilai traduit un signe politique fort : Bo n’est pas dans la « bonne » ligne politique que souhaite afficher le Comité central. « Homme fort » de la ville de Chongqing, Bo Xilai était considéré comme trop charismatique et ambitieux : il avait lancé une vaste campagne anti-mafia et initié de nombreux mouvements néo-maoïstes  Cela lui a non seulement valu un grand soutien populaire, mais une méfiance absolue de la part du Comité central.

En ce sens, cette plus grande transparence est un chiffon rouge agité pour masquer le fait que tous ceux qui agiront en contradiction avec la ligne officielle du Parti subiront le même sort, qu’ils soient populaires ou non.