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10H57 - lundi 24 juin 2013

Migrer en Israël, la mauvaise idée des Soudanais et Erythréens?

lundi 24 juin 2013 - 10H57

A l’invitation de l’ONU, le monde entier a, jeudi dernier eu une pensée pieuse pour les millions de réfugiés qui luttent chaque jour pour leur survie. Qu’ils aient à se battre contre les méandres administratifs de l’Union Européenne ou à attendre des heures durant devant les centres d’aide humanitaire dans les camps de Jordanie pour un peu de nourriture, les réfugiés vivent dans des situations extrêmes à travers le monde. En Israël, ils sont nombreux à venir d’Erythrée et du Soudan, traversant la frontière égyptienne à pied pour être directement emmenés en prison, leur nouveau lieu de vie pour un minimum de trois ans.

 

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Le gouvernement israélien bafoue ouvertement les droits de l’homme en appliquant un amendement à la Loi « Prévention de l’infiltration », adopté en janvier 2012. Lors de son adoption en 1954, cette loi devait empêcher les Palestiniens d’entrer en Israël en cas d’état d’urgence. Depuis un an, cette loi donne crédit aux forces de l’ordre israéliennes pour incarcérer tout migrant qui traverse la frontière avec l’Egypte. Cette détention peut légalement durer trois ans, voire être indéfinie pour les migrants venant de pays « hostiles » tels que le Soudan.

Les organisations internationales de défense des droits de l’homme ont été nombreuses à réagir et demander d’Israël qu’il supprime cet amendement, sans succès. « Si les autorités israéliennes ont le droit de protéger ses frontières, elles ne sont en revanche pas autorisées à manquer à leurs obligations internationales en matière de droits humains envers les demandeurs d’asile, les réfugiés et les migrants, ou à en faire des délinquants – des  » infiltrateurs  » –, ce qui ne fait qu’alimenter la xénophobie et la discrimination, » a déclaré Ann Harrison, directrice adjointe par intérim du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International.

 

Une législation israélienne aux impacts désastreux

Maya Paley, activiste pour les droits humains et co-fondatrice de ‘Right Now: Jewish Americans Advocating for African Asylum Seekers in Israel’, lutte énergiquement pour faire prendre conscience des deux funestes conséquences de cette loi sur les droits humains en Israël.

Elle explique : « Premièrement, les personnes en détention y sont indéfiniment, ce qui a un impact énorme et évident sur leur condition physique, mais aussi sur leur santé mentale. » En effet, des recherches faites sur la détention des demandeurs d’asile « ont prouvé que c’est extrêmement préjudiciable à leur santé mentale, causant de fort taux de suicide, d’états de stress post-traumatique, et de sévères dépressions. »

Ms. Paley continue : « L’autre impact notable est la paranoïa et la peur que cela cause à la communauté entière des demandeurs d’asile en Israël. » Par peur d’être emprisonnés indéfiniment, les gens du Darfour et d’Erythrée (qui représentent 85% des 60 000 demandeurs d’asile que compte Israël) vont se sentir obligés de rentrer dans leur pays d’origine ou dans un autre pays d’Afrique, bien que cette alternative soit plus dangereuse.

 

La société civile pour contrebalancer les manquements aux droits humains du gouvernement israélien

Depuis 2004, l’African Refugee Development Center (ARDC) aide les demandeurs d’asile dans leurs démarches administratives et leur offre une assistance humanitaire en Israël. En fonction des besoins, il peut s’agir d’un logement, de soins médicaux, d’une aide psychologique, mais également d’aide à trouver un emploi ou de conseils pour la procédure de demande d’asile. Jusqu’à maintenant, le Centre a déjà soutenu 10 000 réfugiés et demandeurs d’asile. En 2011, il a même donné à 700 personnes l’opportunité d’accéder à des services éducatifs, et notamment des cours de langue.

La diaspora juive joue également un rôle important dans l’aide aux réfugiés. Selon Maya Paley, c’est à elle de faire pression sur le gouvernement israélien pour qu’il ne renouvelle pas la Loi Anti-Infiltration en 2015. « Je pense qu’il est vraiment important que les Juifs de la diaspora réalisent à quel point la manière dont le gouvernement d’Israël et certains membres de la société traitent les demandeurs d’asile est horrible. Nous sommes un peuple qui a été persécuté et a fui de nombreuses fois. Nous sommes passés par là et nous devrions être les premiers à comprendre la situation désespérée du réfugié. Les Juifs de la diaspora et les Juifs d’Israël devraient s’associer et faire pression pour que le gouvernement israélien change sa politique et son traitement des demandeurs d’asile. »

C’est dans ce but qu’elle a créé la campagne Right Now à Los Angeles. En plus d’appeler à l’abrogation de la Loi « Prévention de l’infiltration », la campagne vise la mise en place, par le gouvernement israélien, d’une procédure de Détermination du Statut de Réfugié qui soit « juste, transparente et appropriée, conforme au droit international » – en l’occurrence, la Convention relative au statut des réfugiés de 1951.

Journaliste à Opinion Internationale et coordinatrice de la rubrique La Citoyenne.