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07H11 - lundi 24 juin 2013

Le Tibet : plateau gelé, sujet chaud

lundi 24 juin 2013 - 07H11

Aujourd’hui, le problème du Tibet concerne davantage la communauté internationale que les Chinois. En Chine, la censure et la propagande jouent un orchestre du « Tibet harmonieux », et la vision qu’a un Chinois du Tibet se résumé à « site touristique », « grand projet du chemin de fer Pékin-Lhassa » et « libération pacifique du Tibet en 1950 ». Face aux « bruits » internationaux, le gouvernement chinois bloque tous les reportages qui révèlent les problèmes au Tibet, et a même fermé les frontières tibétaines aux étrangers.

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Le problème du Tibet est à la fois une contestation politique et une préoccupation des droits de l’homme. En 1950, un an après l’établissement de la République populaire de Chine, l’armée du parti communiste a « libéré » le Tibet, et en a fait une région autonome sous la direction du gouvernement central. Après les émeutes au Tibet en 1959, le Dalaï-Lama (Tenzin Gyatso) a quitté Lhassa et s’est exilé en Inde. Dès lors, il n’a eu de cesse de poursuivre son plan politique : l’indépendance du Tibet. En exil, le Dalaï-Lama faisait principalement sa promotion politique hors de Chine, et a attiré une grande attention des médias occidentaux. Néanmoins, très peu de Chinois étaient au courant de tout cela jusqu’en mars 2008, lorsque les émeutes au Tibet ont fait grand bruit, malgré la censure. Nombre de Chinois trouvaient ces débordements surprenants, et n’en comprenaient pas les raisons. Beaucoup d’entre eux ne s’étaient jamais interrogés sur les problèmes au Tibet, car selon l’histoire chinoise officielle, la prise du Tibet en 1950 représentait l’apport de la « liberté » et de la « démocratie » par l’armée communiste.

 

L’immolation des moines tibétains pour protester contre le gouvernement chinois

Ces dernières années, de nombreux cas d’immolation des moines tibétains ont attiré l’attention de la communauté internationale. En cause, principalement, la tension entre le Dalaï-Lama et le gouvernement chinois. D’après les croyants du bouddhisme mahāyāna, qui est la religion la plus répandue au Tibet, le Dalaï-Lama est le guru et représente le plus haut saint. La persécution et l’attaque virulente lancées par le gouvernement envers le Dalaï-Lama sont des insultes insupportables pour les Tibétains et leur paraissent trop provocatrices. Beaucoup de Tibétains ont donc recouru à l’immolation, qui est la façon la plus extrême et désespérée pour manifester leur ressentiment et leur ferme résolution de protéger leur religion. Par ailleurs, les dirigeants communistes ont une grande influence dans l’administration tibétaine, ce qui rend quelquefois la situation religieuse délicate.

 

Une Chine divisée : l’orientale contre l’occidentale, les Hans contre les minorités

Le développement déséquilibré entre les régions explique également le problème au Tibet. La croissance économique à l’Est de la Chine est bien plus remarquable qu’à l’Ouest, où habitent les minorités ethniques telles que les Tibétains et les Ouïgours. Aujourd’hui, on constate une immigration importante de l’ethnie Han vers l’Ouest pour faire du commerce ou investir. Face au grand impact de l’influence de l’Est, les Tibétains sentent leur culture menacée et leur rythme de vie bouleversé.

En Chine, le problème des minorités constitue un malentendu. Afin de favoriser le développement des régions où se concentrent les minorités, le gouvernement chinois a mis en place un ensemble de politiques en leur faveur. Ainsi, la « politique de l’enfant unique » ne s’applique pas chez les minorités ; l’investissement national accorde la priorité à l’Ouest ; ils bénéficient de critères plus souples d’admission à l’éducation supérieure, etc. La plupart des Chinois de l’ethnie Han, l’ethnie majoritaire, dont la plupart sont athées, ne sont pas au courant des politiques rigoureuses sur la religion, et ils ne comprennent donc pas les émeutes fréquentes dans les régions peuplées de minorités.

 

Un bras de fer sur les droits de l’homme entre le Dalaï-Lama et Pékin

Afin de changer le statu quo, le Dalaï-Lama demande du gouvernement chinois qu’il améliore la situation des droits de l’homme au Tibet, ce qui a pour résultat de provoquer les critiques virulentes des médias communistes et un contrôle plus stricte de la région tibétaine. Selon les porte-paroles du gouvernement chinois, « la situation des droits de l’homme au Tibet est maintenant meilleure que jamais », « le Dalaï-Lama est de nature scissionniste sous le masque de la religion », ou encore, « le Dalaï- Lama est un traitre à la nation, il est utilisé par les puissances anti-chinoises de l’Occident ». Le blocage du Tibet aux journalistes étrangers et les reportages « politiquement corrects » entrepris par les journalistes chinois empêchent une approche objective de la région tibétaine.

Ces dernières années, le sujet du Tibet ne se limite pas à un problème national, il est également devenu un poids politique sur la scène internationale. Face à la ferme attitude et la grande vigilance du gouvernement chinois, de nombreux pays occidentaux sont plutôt réticents à prendre parti sur ce sujet, en prenant compte de leur commerce avec la Chine. Ainsi, lors de sa visite en Chine en avril, François Hollande a très peu mentionné les droits de l’homme, encore moins du Tibet, malgré l’attente de nombreuses personnes.