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15H00 - mardi 28 mai 2013

Les îles Diaoyu-Senkaku sous haute tension en Extrême-Orient

mardi 28 mai 2013 - 15H00

Depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, la souveraineté des îles Diaoyu-Senkaku est fortement disputée entre la Chine et le Japon. Alors que la contestation sert de baromètre des relations sino-japonaises, la situation s’est tendue ces dernières années entre les deux pays, qui ont des influences très importantes en Extrême-Orient.

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Une dispute de souveraineté

 

L’arrivée au pouvoir du parti d’extrême-droite au Japon a sans doute aggravé cette tension. En octobre dernier, suite à la déclaration de l’achat des îles Diaoyu-Senkaku par le gouvernement japonais, les Chinois ont organisé plusieurs manifestations, qui se sont transformées en émeutes populaires. Le 23 avril 2013, le président japonais Shinzo Abe a annoncé l’installation d’une équipe administrative sur les îles Diaoyu-Senkaku, ce qui a provoqué de nouvelles protestations chinoises. Le même jour, la Chine a envoyé des patrouilles afin de chasser les Japonais qui avaient essayé d’accéder aux îles.

 

Situées en mer de Chine orientale, près de Taiwan, les îles Diaoyu-Senkaku sont riches en ressources halieutiques. Leur nom chinois, « Diaoyu », signifie justement « la pêche ». Au milieu du XXe siècle, la découverte de pétrole dans la région a aggravé les contestations.

 

Des tensions historiques entre Chine et Japon, envenimées par un apprentissage partial de l’histoire

 

En plus du problème de souveraineté, la tension sur les îles Diaoyu-Senkaku porte également l’empreinte du patriotisme et de l’histoire compliquée entre la Chine et le Japon. A la fin du XIXe siècle, avec l’invasion japonaise puis la signature des ‘traités inégaux’, la Chine, alors superpuissance depuis des siècles, a souffert la honte d’être le pays perdant. Or, la rancune des Chinois envers le Japon s’est renforcée lors de l’invasion japonaise pendant la Seconde guerre mondiale.

 

Cependant, au Japon, l’éducation donnée à l’école mentionne peu cet épisode de l’histoire de la Seconde guerre mondiale. De nombreux Japonais ne sont même pas au courant des massacres perpétrés en Chine. Ils considèrent donc excessive la demande de pardon des familles des victimes chinoises, et montrent une attitude plus ou moins indifférente. Cela provoque le mécontentement des Chinois qui, à l’inverse, apprennent dès leur plus jeune âge à considérer le Japon comme un pays envahisseur, dans leurs cours d’histoire.

 

Du patriotisme pour oublier les problèmes économiques

 

Forts de ce patriotisme, les mouvements « Défendons nos îles » démontrent une passion unifiée chez les Chinois, autant en Chine continentale qu’à Taiwan, ou chez les ressortissants étrangers d’origine chinoise. Face à l’ampleur des mouvements patriotiques chinois, les Japonais affichent également une attitude ferme, ce qui a rendu la situation plus compliquée.

 

Force est de constater que malgré l’enthousiasme que cela génère chez les peuples, certaines activités patriotiques manquent de raison et révèlent une tendance nationaliste et même populiste. Les émeutes antijaponaises en Chine l’année dernière, et les discours du parti d’extrême-droite au Japon, le prouvent. En outre, nombreux sont les activistes qui n’ont pas de bonnes connaissances de la question historique et de la situation réelle ; leur perception du problème vient principalement des histoires racontées par les anciennes générations et de la propagande populiste des leaders d’opinion.

 

Le problème des îles Diaoyu-Senkaku se complique avec les mouvements populaires et les stratégies politiques. Afin de garantir un environnement international stable pour favoriser son développement économique, la politique chinoise concernant les territoires contestés a longtemps été de « mettre de côté les divergences et engager une exploitation en commun ». diaoyu-islands-ciicMais ces dernières années, le Japon et la Chine connaissent tous deux des problèmes intérieurs, tant économiques que politiques. La « guerre diplomatique » des territoires contestés constitue donc une bonne opportunité pour distraire les peuples inquiets, et les mouvements patriotiques servent assez bien à canaliser leur mécontentement. « Quand un pays ne connait pas de réussite en économie ou en diplomatie, le gouvernement profite des sujets sensibles pour s’offrir une opportunité de rétablir son crédit, » explique Mike Sakai, un commentateur japonais. Actuellement, les îles Diaoyu-Senkaku représentent un pion important sur l’échiquier politique entre la Chine et le Japon.

 

Des tensions qui secouent la région entière

 

Ces dernières années, la donne politique de l’Extrême-Orient risque largement de changer en raison de nombreuses instabilités, telles que la question nucléaire en Corée du Nord; les îles contestées entre le Japon et la Corée du Sud, entre la Chine et la Russie; la question entre la Chine continentale et Taiwan, etc. Ainsi, défendre les intérêts nationaux et se préparer aux aléas s’avèrent la première préoccupation pour tous les pays concernés.

 

Par ailleurs, dû à la croissance rapide de la Chine, le Japon intensifie son contrôle sur les îles Diaoyu-Senkaku. Ce problème serait l’un des enjeux pour le retour de la puissance américaine dans la région Asie-Pacifique, une puissance qui complique encore la donne. Au sujet de la contestation des îles Diaoyu-Senkaku, les Etats-Unis montrent une attitude ambivalente et se laissent une large marge de manœuvre. Dans leurs discours diplomatiques, les Etats-Unis tiennent à ne pas prendre parti, alors qu’en vertu de leur alliance militaire avec le Japon, ils ne pourront pas rester bras croisés une fois que la tension explose.