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15H26 - vendredi 24 mai 2013

Jean-Marie Fardeau, directeur du bureau de Paris de Human Rights Watch : « Être pauvre, c’est avoir moins accès à l’information, plus de mal à participer à la vie politique ou associative. »

vendredi 24 mai 2013 - 15H26
Jean-Marie Fardeau, directeur du bureau de Paris de Human Rights Watch participait à une séance du Forum Mondial des Droits de l’Homme de Nantes consacré à la question : Quelle égalité des êtres humains en temps de crise ? Il a accepté de répondre à nos questions.
O.I : Qui sont ceux qui ont payé le prix fort de la crise  ?
Jean-Marie Fardeau : La crise a frappé en priorité les plus pauvres et les plus vulnérables, ceux qui déjà avaient peu de défenses… Certains comme aux États-Unis ou en Espagne venaient tout juste d’acquérir un logement et ils en ont été expulsés. Nous pouvons aussi évoquer le cas des migrants qui avaient trouvé un travail autour des années 2000. Eux ont été balayés du marché du travail. En France, il y a bien sûr les chômeurs qui sont les premières victimes de cette crise mais également les populations en grande précarité. Je pense aux Roms que l’on utilise comme boucs émissaires alors que les vraies responsables de la crise sont bien ailleurs. Ce sont à ceux qui contrôlent les marchés financiers et les grandes entreprises qu’il faut demander des comptes.
O.I : En temps de crise, quels sont les droits qui sont menacés en tout premier lieu ?
Jean-Marie Fardeau : Il s’agit bien sûr des droits économiques et sociaux : le droit au travail, à la propriété, à un salaire décent, à la santé, à l’éducation ou à l’habitat. Ces droits sont malmenés alors que l’on ne peut pas dire qu’ils soient brillamment respectés en dehors des périodes de crise. Nous n’avons pas vécu jusqu’ici, dans un monde d’incroyable harmonie mais aujourd’hui, nous avons atteint un taux considérable de chômeurs, que nous ne pouvions sans doute pas imaginer. Et pourtant nous sommes encore très loin des chiffres catastrophiques qui frappent l’Espagne, le Portugal ou la Grèce pour ne citer qu’eux.
Mais on oublie trop souvent que les droits civils et politiques sont aussi menacés. Être nouvellement pauvre, c’est avoir moins accès à l’information, moins de possibilité de participer à la vie politique ou associative. Les urgences à court terme prennent le pas sur tout le reste. Nous constatons aussi que le droit à la libre circulation est bafoué. Il faut rappeler que les Roms ont le droit d’être en France. On ne devrait pas les expulser mais plutôt regarder quels sont leurs besoins et s’assurer qu’ils vivent dignement en s’appuyant sur une coopération européenne. Il ne faudrait pas oublier également les droits de ceux qui protestent contre les conséquences de cette crise. Pour ne citer qu’un exemple, je voudrais évoquer le cas de militants pacifistes espagnols. Expulsés de leurs logements, ils se sont organisées pour ne pas avoir à rembourser la dette que l’on leur réclame. Ils sont aujourd’hui montrés du doigt, stigmatisés, traités de fascistes, de communistes, de nazis… Ces propos sont incroyablement inappropriés de la part des dirigeants politiques. Cela revient à dire qu’en temps de crise, les citoyens n’ont pas le droit d’utiliser leurs droits politiques, de manifestation ou de protestation. C’est très grave de remettre ces acquis en question.
Pensez-vous qu’en temps d’austérité, nos dirigeants font aussi l’économie des droits des citoyens ?
La responsabilité des gouvernants est grande en matière de dosage de l’austérité. Malheureusement, il est plus facile de faire payer les plus pauvres qui ont moins de capacité de protester et qui sont éloignés des cercles du pouvoir. Il est plus difficile de toucher aux intérêts et aux avantages des plus riches. Par facilité, nos gouvernants ne s’attaquent pas à ceux qui profitent le plus du système et qui devraient être mis à contribution.

Propos recueillis par Valérie Fourgassié