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19H46 - samedi 6 avril 2013

L’avenue Bourguiba de nouveau s’époumone. Retour sur une journée de mobilisation en Tunisie

samedi 6 avril 2013 - 19H46

L’assassinat ce matin de Chokri Belaid, grande figure de la gauche tunisienne, a provoqué une émotion certaine au sein de la population tunisienne. Retour en vidéos sur une journée de mobilisation autour de l’évènement.


« Le peuple veut la chute du régime »

D’après les premiers éléments de l’enquête, Chokri Belaid aurait été assassiné à bout portant par des assaillants installés dans une voiture. Quatre balles auraient été tirées, deux ont atteint leur cible, au cou et à la tête. Cet assassinat intervient quelques jours après que le leader du parti des Patriotes démocrates, membres de l’alliance de gauche du Front Populaire s’en soit pris aux milices dites de « protection de la Révolution » lors d’une émission de radio. Un groupuscule islamiste s’en était pris la semaine dernière aux militants lors du Congrès régional du parti des Patriotes démocrates au Kef, que M. Belaid avait alors nommément accusé sur les ondes.

La nouvelle de l’assassinat s’est rapidement propagée sur les réseaux sociaux tunisiens, par lesquels transite une grande partie de l’information à caractère politique. Des regroupements spontanés se sont formés face à la clinique du quartier Ennasr où M.Belaid avait été hospitalisé. Les manifestants scandaient les slogans entendus lors de la chute du régime de Ben Ali :

La violence pour répondre à la violence de l’assassinat

Alors que les manifestants à Tunis se regroupaient sur la mythique avenue Bourguiba, pour suivre l’ambulance qui transportait la dépouille de Chokri Belaid, des heurts ont éclaté entre manifestants et policiers, qui ont fait usage de gaz lacrymogènes.

A la violence de l’assassinat, la violence encore a répondu. Des manifestants en colère ont ainsi endommagé les locaux du parti islamiste Ennahdha à Sfax, Monastir, Sousse, Mahdia et Gafsa. Les dirigeants de ce même parti au pouvoir ont pourtant par la voix de son président, Rached Ghannouchi, vivement condamné l’assassinat de M. Belaid, interviewé ici par France 24.

Qui a intérêt à déstabiliser la Tunisie ?

Cet assassinat intervient dans un contexte difficile pour la Tunisie, encore très fragile et vivement éprouvée par les tensions qu’a provoquées le remaniement gouvernemental avorté fin janvier. Une question est donc sur toutes les lèvres : qui a intérêt à déstabiliser la Tunisie ? Le président Marzouki, président du Congrès pour la République parti membre de la troika, la coalition au pouvoir, en visite à Strasbourg, a pris ce matin la parole au sein de l’Hémicyle réuni en plénière. Il voit dans cet assassinat, une « lettre de menaces qui est envoyée, mais qui ne sera pas reçue ».

Les Tunisiens en France ne sont pas en reste, depuis 11h des manifestants sont postés devant l’entrée de l’ambassade de Tunisie à Paris. L’émotion est bien présente. Des panneaux sont brandis qui brocardent le parti islamiste. Quatre manifestants ont réussi à s’introduire dans les locaux de l’ambassade où ils sont encore ce soir, en sit-in improvisé.

L’opposition en embuscade

L’opposition appelle elle à la résistance contre les agressions et la violence. Sarah Anouar notre journaliste l’a interrogée lors de la manifestation sur l’avenue Bourguiba :

D’après des sources proches de l’opposition, la cellule de riposte des partis d’opposition vient de terminer sa réunion. Une riposte en trois temps a été organisée : organisation des funérailles nationales pour celui que l’on appelle désormais le martyr Chokri Belaid. Puis, outre l’appel à la grève générale jeudi, le Front Populaire, les républicains et la voie démocratique et sociale quitteront la constituante en signe de deuil, pour une durée encore non définie.

Emma Ghariani

Montage vidéo : Sabra Mansar