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15H50 - mardi 5 mars 2013

PERSIL : Saveur et sauveur de la télévision libre EL HIWAR ?

mardi 5 mars 2013 - 15H50

 

 

Une femme scandant son soutien à la chaîne Al Hiwar persils à la main jeudi 28 février à Tunis. Crédits Photo: Mohamed Amine Ben Azizas

On connaît les vertus du persil, cette plante des climats tempérés, dont la saveur s’allie aux bienfaits médicinaux. Riche en vitamines, le persil aide à cicatriser les plaies, diminuer les œdèmes dus à des contusions, faire monter le lait des mères, ou encore traiter nombres de maladies des sphères hépatique, urinaire et rénale !

Mais l’une de ses vertus insoupçonnées, c’est sa faculté à souder la société civile en Tunisie, qui a relevé le défi d’acheter des bottes à 20 DT ( 10 euros ) pour aider à renflouer les caisses déficitaires de la télévision libre démocratique tunisienne : EL Hiwar !!!

 

Al-Hiwar Ettounsi ou  » le média de la vérité « 


La chaine Al-Hiwar Ettounsi, ou le dialogue tunisien, est une télévision privée dont le patron est Tahar BEN HSSIN, dit  » Am Tahar « , militant démocratique progressiste connu pour sa lutte acharnée contre les abus de pouvoir des Présidents Bourguiba et Ben Ali. Lancée en 2003 et installée en Tunisie en 2008, cette chaine n’a cessé de subir des harcèlements continus et des déboires financiers. Et pourtant, Am tahar Ben Hssine a persévéré et a repris la diffusion expérimentale de ses programmes sur le Nilesat (fréquence 11.355/ vertical) en septembre 2011.

Depuis, Al-Hiwar Ettounsi est qualifiée de  » média de la vérité « , au sein du paysage audiovisuel. Sans fards, cette chaine s’attarde davantage sur le fond de l’investigation journalistique que sur la forme du journalisme  » esthétiquement correct « , connaissant un audimat intéressant mais souffrant d’un déficit financier chronique. Le problème – que connaissent également d’autres médias – réside dans le fait qu’à ce jour, et depuis Juin 2012, l’Assemblée nationale constituante, à majorité islamiste, n’a guère trouvé le temps de statuer sur l’INRIC (Instance Nationale pour la Réglementation de l’Information et de la Communication), bloquant toute issue de renaissance pour les médias sur le plan financier, et particulièrement pour les médias indépendants.

 

Du persil pour sauver la télévision


S’en plaignant à voix haute, M. Tahar BELHASSIN s’est vu répliquer par un islamiste :  » Va vendre du persil  » !

Relevant le challenge, l’insolent directeur a acquiéscé et a lancé le jeudi 28 février une opération :  » achetez une botte de persil pour sauver une télévision indépendante  » !

L’affluence a battu tous les records : les files d’attente s’allongeaient au fil des heures et l’on a vu des députés, des politiciens, des journalistes, des passants attendre leur tour pour participer un tant soit peu à prendre avec « Am Tahar » l’une des « oreilles du couffin », expression propre au vocabulaire tunisien pour parler de SOLIDARITE !!!!

Sur les réseaux sociaux, les uns et les autres se sont adonné allégrement aux meilleurs blagues et aux piques des plus grossières… mais tellement drôles !

Si les islamistes appellent à lever des impôts sur les recettes de Al-Hiwar Ettounsi et à des sanctions pour  » vente illicite d’un produit agricole « , les indépendants démocrates regrettent quant à eux que le défi lancé par le nahdhaoui n’ait pas parlé de … concombres !

Si certains lancent des recettes de cuisine pour l’utilisation optimale de ces bottes de persil, d’autres, tancent le Parti Ennahda en lui rappelant la spontanéité et surtout la transparence de l’argent gagné par Al-Hiwar Ettounsi, totalement  » made in Tunisian dinars  » et non  » made in Qatari pétro-dollars  » !

 

Le persil nouvel étendard des libertés ?


Après la rose, l’oeillet et le jasmin, le persil devient-il le symbole des libertés et des revendications démocratiques ? Au-delà de cette journée persilesque en Tunisie, on voit que la mobilisation de la société civile est vive lorsqu’ il s’agit de montrer sa solidarité en nombre autour des appels des démocrates !

Cette nouvelle vigilance citoyenne reprend de la vigueur, après l’assassinat du militant Chokri Belaïd, dont le ministre de l’Intérieur a annoncé voilà quelques jours, que ses services en connaissaient le  présumé assassin… hélas en fuite !

Malheureusement pour le ministre de l’Intérieur, sa cote de confiance n’est guère au zénith. Le 27 février, ils étaient encore centaines et des centaines de manifestants devant le siège du ministère de l’Intérieur, devant lequel ils brandissaient et lancaient le même slogan :  » qui a tué Chokri Belaïd  » ?

 

Zeyneb Farhat