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06H23 - mercredi 30 janvier 2013

Espoirs et freins au désarmement humanitaire dans le monde

mercredi 30 janvier 2013 - 06H23

Dans un contexte où la guerre civile en Syrie témoigne quotidiennement des graves conséquences humanitaires du recours aux armes, Handicap International, Human RightsWatch, l’Observatoire des armements et la Campagne Internationale pour l’Interdiction des Mines Antipersonnel (ICBL) ont organisé, mercredi 16 janvier dernier, une journée d’échanges et d’alliances sur le désarmement humanitaire.

Depuis mars 2011, plus de 60 000 Syriens ont perdu la vie selon l’ONU, parmi lesquels une majorité de civils. A ce titre, l’ONG Human Rights Watch (HRW) révélait, lundi 14 janvier 2013, l’utilisation d’armes à sous-munitions sur des civils par l’armée syrienne en décembre 2012 près de la ville d’Idlib et en janvier 2013 à Latamneh, une localité située au nord-ouest de la ville de Hama. Cette information sur l’emploi d’armes non-discriminatoires démontre une fois de plus la férocité du régime de Bachar Al-Assad puisque « 98% des victimes sont des civils » selon Jean-Marie Fardeau, Directeur du bureau français de HRW. La ratification par la Syrie de la Convention d’Oslo de 2008, qui interdit la production, le stockage et l’utilisation d’armes à sous-munitions constituerait alors un des outils de plaidoyer en faveur du désarmement humanitaire.

L’Etat français, cible du plaidoyer pour le désarmement humanitaire

La nécessité de s’engager dans un tel processus a ainsi été soulignée par divers membres de la société civile, ce mercredi 16 janvier, à l’occasion du vingtième anniversaire de la Campagne Internationale pour l’Interdiction des Mines Antipersonnel (ICBL) et d’un colloque tenu au Conseil régional d’Ile-de-France. A travers une déclaration commune, dix-huit ONG ont ainsi interpellé la France, pour lui demander d’ « intensifier l’engagement diplomatique » et de « soutenir le rôle vital joué par la société civile sur les questions de désarmement humanitaire ».

Lauréate du Prix Nobel de la Paix de 1997, conjointement avec l’ICBL dont elle est ambassadrice, Jody Williams insiste sur l’obligation des Etats à respecter les normes internationales en vigueur. « Le combat pour un désarmement humanitaire ne peut se faire que sur la base du partenariat » précise alors Sylvie Brigot-Vilain, Directrice Générale de l’ICBL – Cluster Munition Coalition. L’adoption par la majorité des Etats du Traité d’interdiction sur les mines de 1997 et de la Convention de 2008 s’est d’ailleurs faite sur la base d’un partenariat – notamment au niveau financier – entre gouvernements, ONG et Organisations Internationales. Mais « c’est un contrat qui peut être rompu à tout moment » rappelle Sylvie Brigot-Vilain.

 

L’absence de volonté politique française

Pour autant, d’autres thématiques du désarmement humanitaire peinent à surmonter la difficile diffusion de l’information auprès du grand public, l’hétérogénéité des cibles visées, les manques de financements et l’influence croissante du lobby militaro-industriel. Une régulation du commerce des armes est, par exemple, difficilement envisageable puisque « l’armement constitue un enjeu majeur pour notre commerce extérieur » précise la Sénatrice UMP Joëlle Garriaud-Maylam. Selon le rapport annuel du Parlement publié en novembre 2012, l’exportation des armes a en effet rapporté 6.5 milliards d’euros à la France en 2011,  soit 27% de plus qu’en 2010, la plaçant ainsi au quatrième rang mondial des pays exportateurs d’armes.

 

Le désarmement nucléaire ne semble pas non plus inscrit à l’agenda politique français. « L’arme nucléaire n’est pas du tout militaire mais politique d’où la difficulté de la remettre en cause » souligne Dominique Lalanne, co-président du collectif Armes nucléaires Stop. Le Directeur Adjoint des Affaires stratégiques, de Sécurité et du Désarmement (ASD) du Ministère des Affaires Etrangères et Européennes, Frédéric Journès, estime d’ailleurs que cette initiative est « périlleuse car les acteurs iraniens, pakistanais vont se réjouir de cela et continuer à développer leur arsenal ». De ce fait, la France ne participera pas à la conférence internationale d’Oslo les 4 et 5 mars prochains sur les dangers du nucléaire en dépit d’un nombre considérable d’Etats ayant d’ores et déjà signalé leur présence. Les ONG investies dans le processus de désarmement humanitaire gardent néanmoins l’espoir d’un revirement de la position française comme ce fut le cas lors de la conférence d’Oslo de 2008.

 

Mégane GHORBANI et Hocine HADJERAS