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05H15 - vendredi 11 janvier 2013

Dalila Mbarek, femme engagée pour le « rêve d’une Tunisie avancée »

vendredi 11 janvier 2013 - 05H15

 

La Révolution du 14 janvier 2011 a révélé de nouvelles forces politiques mais aussi de nombreuses personnalités et associations engagées pour la construction de la démocratie en Tunisie. Dans cette phase de transition démocratique, la société civile tunisienne constitue aujourd’hui une force vive d’opposition au gouvernement actuel en Tunisie. Opinion Internationale a rencontré Dalila Ben Mbarek, activement engagée dans la société civile pour défendre des valeurs modernes et contribuer à la préparation d’un projet de société pour la Tunisie de demain. Portait.


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cc graffadetoart/deviantart

 

Une histoire personnelle, d’abord source d’inhibition

Dalila Ben Mbarek est avocate à Tunis, co-fondatrice du mouvement citoyen Destourna (Notre Constitution) et engagée dans la société civile pour l’émergence, après la Révolution du 14 janvier 2011, d’une Tunisie moderne et avancée. Femme tunisienne, libre, la Révolution de son pays a suscité en elle l’émergence d’un nouveau combat, un nouvel engagement civil.

 

Née à Sfax en 1969 et fille de militants, elle connaît dès son enfance le dur prix qu’il faut parfois payer pour défendre des idées et des convictions, en vivant l’emprisonnement pendant  sept ans de son père entre 1972 et 1979 mais aussi l’emprisonnement de sa mère (pas militante et jamais politisée) pendant deux mois pour avoir aidé un caricaturiste Mostafa Marchaoui à s’enfuir. De ces deux moments durs, elle « déteste » dès son adolescence l’idée de se mobiliser pour des idées en pensant l’engagement comme un acte égoïste et ne valant pas le sacrifice de sa personne. Contrairement à son frère Jawhar Ben Mbarek (son aîné d’un an) qui est lui très impliqué dès son plus jeune âge avec leur père dans le militantisme.

 

Malgré une sensibilité perceptible pour certaines idées, son engagement ne prendra pas de concrétisation avant ses études de droit, à la faculté de Tunis, pendant lesquelles elle s’engagera à partir de sa troisième année au sein de l’Union Générale des Etudiants Tunisiens (UGET) pour essentiellement contrer la victoire des islamistes, représentés au sein de l’Union Générale Tunisienne des Etudiants (UGTE), dans les conseils scientifiques des universités. Son « petit » engagement, comme elle le dit, au sein du syndicat étudiant prend fin avec ses études et après avoir obtenu son troisième cycle en droit constitutionnel et financier.  Elle a ensuite enseigné pendant trois ans au sein de la Faculté de Droit de Tunis pour après intégrer le barreau de Tunis en 1997.

Naissance d’un engagement avec la Révolution

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Dalila Ben Mbarek, avocate et co-fondatrice du Mouvement Destourna

Dalila avoue d’une manière libre et intègre qu’elle a vécu le régime de Ben Ali sans être engagée contre la dictature et en appréciant son cadre de vie confortable. Elle avoue qu’elle pensait que le régime de Ben Ali et sa famille ne prendraient jamais fin et que toute action contre celui-ci serait vaine.

 

Ses pensées évoluent avec les prémices de la fin de la dictature de Ben Ali, qui changera sa vie et fera tomber certaines de ses craintes à propos de l’engagement.

 

Après l’immolation de  Mohamed Bouazizi  le 17 décembre 2010, elle commence à suivre activement, par le réseau social Facebook, les événements dans les régions de Tunisie comme Tala où les jeunes se révoltent contre la police. L’audace de ces jeunes tunisiens lui donne un très grand sentiment de fierté. Dalila raconte qu’elle est au fil des jours devenue très active sur Facebook en suivant et relayant jour et nuit les événements précédant le 14 janvier. Le combat des jeunes tunisiens contre le régime de Ben Ali suscite en elle l’obligation de les soutenir dans leurs revendications.

 

Le 12 janvier 2011, elle intervient avec force pour empêcher la diffusion prévue d’un communiqué complaisant de l’ordre des avocats et du bâtonnier de Tunis pour soutenir le président Ben Ali après les premières manifestations dans la capitale. Elle s’oppose à  ce soutien avec virulence avec d’autres avocats et parvient à faire changer le texte du communiqué qui soutiendra finalement la grève générale organisée par l’Union Générale Tunisienne du Travail (UGTT). Le 14 janvier 2011 au petit matin, Dalila s’est rendu à l’avenue Habib Bourguiba pour manifester devant le ministère de l’intérieur et demander le départ de Ben Ali. Elle vivra d’intenses moments de terreur et de peur pendant cette longue journée où, finalement, Ben Ali a quitté la Tunisie.

 

Fondation d’un Mouvement Citoyen pour la Tunisie, Destourna

Dalila concrétisera son action pour son pays la Tunisie en étant la co-fondatrice du mouvement Destourna, au printemps 2011, qui prend la forme juridique de l’association. A travers ce réseau qui mobilise de nombreux acteurs de la société civile sans aucune appartenance à un parti politique, elle parvient à créer avec son frère Jawhar Ben Mbarek et d’autres membres, un élan pour mobiliser la société civile à travers différents événements dans toute la Tunisie.

 

L’association propose de travailler, à travers des ateliers et avec le principe de la démocratie participative, sur un projet de Constitution moderne et progressiste reprenant les revendications de la révolution et ayant été présenté aux politiques avant les élections du 23 octobre 2011. Certains membres de Destourna présentèrent des listes indépendantes et citoyennes aux élections de la Constituante le 23 octobre 2013.

 

Mais face à l’absence d’intérêt de la grande majorité des partis politiques pour ce premier projet de Constitution établi par Destourna, ses membres décidèrent de continuer leur action et leur travail dans toute la Tunisie.

 

 

Les Assises de la société civile

 

En 2012 et 2013, Dalila s’implique dans l’organisation des Assises de la société civile qui furent organisées pour la deuxième fois à Monastir du 20 au 23 décembre 2012. La première édition s’était tenue dans la ville de Mehdia en juin 2011.  L’événement a eu un grand succès en réunissant plus de six cent personnes membres de la société civile, plus de 170 associations tunisiennes et des Organisations Internationales telles Human Rights Watch, La Fédération internationale des droits de l’Homme, La Ligue Tunisienne des Droits de l’Homme, le Forum euro-méditerranéen des droits de l’Homme et bien d’autres.

 

Ces assises ont travaillé sur un projet de société pour la Tunisie. Cet événement a démontré toute la force et la capacité de  mobilisation de la société civile tunisienne pour défendre un projet de société moderne basé sur les fondements de la démocratie et respectant les libertés fondamentales.

 

Dalila, co-fondatrice de Destourna,  a été l’une des organisatrices actives de ces assises en y contribuant aussi financièrement avec ses économies personnelles de toute « une vie de travail ». La mobilisation et le travail de Destourna vont se poursuivre  tout au long de l’année 2013 pour présenter, au dernier trimestre, un projet sociétal pour la Tunisie.

 

 

Questionnée sur sa volonté de créer ou de rejoindre un parti politique, Dalila répond vivement qu’elle « préfère rester dans l’ombre pour intégrer tous les milieux ». Elle se définit comme « un électron libre » et souhaite, à travers son engament, permettre à ses filles de « vivre librement dans un pays qui a un énorme potentiel.»

 

Je prendrai les armes s’il le faut, Livre sur le combat de Dalila Ben Mbarek co-écrit avec Valérie Urman.

Je prendrai les armes s’il le faut, Livre sur le combat de Dalila Ben Mbarek co-écrit avec Valérie Urman.

La naissance de son engagement est racontée dans le livre Je prendrai les armes s’il le faut écrit par Valérie Urman d’après son récit, paru en France et en Tunisie le 5 janvier 2013 chez l’éditeur Presses de la Renaissance. (Une version arabe est également prévue).

 

Dalila Ben Mbarek, femme active, souhaite réaliser, comme elle le dit, « le nouveau rêve d’une Tunisie très avancée, très développée. »

 

 

Sarah Anouar