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05H43 - jeudi 22 novembre 2012

Sortir du cercle des violences conjugales en France : un parcours de combattante

jeudi 22 novembre 2012 - 05H43

La réalité des agressions subies par les femmes au sein du couple ne devrait plus être à démontrer. Campagnes d’information, spots télévisés : en 2010, les violences faites aux femmes ont été décrétées Grande Cause Nationale, ce qui a permis une prise de conscience du phénomène. Il semble toutefois important de rappeler certains chiffres. Le rapport d’Amnesty International France (AIF) de 2010 rapporte qu’en 2008, 156 femmes sont mortes suites aux coups de leur conjoint ou ex-conjoint, soit 1 femme tous les 2,5 jours. 27 hommes étaient décédés cette même année, dont 11 d’entre eux étaient auteurs de violences sur leur compagne. Dernier chiffre accablant, un rapport datant de 2011 de la Fédération Nationale Solidarité Femmes (FNSF) montre qu’aujourd’hui, en France, 9,1 % de la population féminine de plus de 15 ans serait victime de ce type de violences. Presque 1 femme sur 10.

 

Plaintes et recours sont-ils vains ?

 

Moins de 10 % des femmes victimes de violences conjugales portent plainte. Il faut cependant noter l’effet réel d’une communication sur le sujet. La FNSF, qui gère le centre d’écoute du 39 19, note des pics d’appels téléphoniques en période de campagne d’information ou de journées nationales. Isolement, influence du conjoint ou tabou social? Toujours est-il que le manque d’information apparaît comme une des causes d’un manque de passage à l’acte. Parler demande du courage. Et « courage », c’est bien un des mots qui ressortent le plus sur les forums portant sur les violences conjugales. Car pour mettre fin à une situation de violences, les recours semblent souvent complexes.

 

Certes la justice propose différentes possibilités. Il y a d’abord la plainte qui, comme le signale Françoise Brié, vice présidente de la FNSF, a tendance à calmer le conjoint violent. Un tribunal peut également mettre en place une ordonnance de protection qui empêche l’auteur d’approcher la victime. Cependant, ces ordonnances sont appliquées de façon inégale sur le territoire français. Amnesty signale dans son rapport de 2010 que la législation française a les moyens d’être efficace, mais qu’elle n’est pas appliquée et utilisée avec rigueur. Pour Françoise Brié, les condamnations sont assez rares et ne se font la plupart du temps qu’en cas d’extrême violence. Selon elle, l’application des lois est un vrai problème : il y a un manque réel de sensibilisation sur les questions des violences conjugales dans les tribunaux. De plus, la coordination entre les différents acteurs (police, médecins, tribunaux, associations, etc.) est mauvaise et une femme qui cherche à s’informer est confrontée à un manque de cohérence des informations. Pour Madame Brié, il faut informer et éduquer les professionnels.

 

L’impasse du domicile familial

 

Mais le vrai problème qui se pose est de quitter le domicile familial. La FNSF signale que dans 83 % des situations de violence, la victime habite avec l’auteur. Beaucoup de femmes – dans une situation précaire ou de dépendance financière à leur conjoint – ne peuvent partir. Pour cela, il existe des centres d’hébergement, mais ils sont rares et les demandes nombreuses.

 

L’implication d’enfants, dans un grand nombre de cas pose également problème. 84 % des femmes victimes de violences qui appellent le 39 19 sont mères. Madame Brié souligne le traumatisme subit par ces enfants, qu’il soit psychologique ou physique. Dans un foyer où il y a des violences conjugales, 15 % des enfants sont maltraités. Dans les cas où la femme est partie, le père doit souvent rencontrer ses enfants. Il existe pour cela des lieux de médiations où ces rencontres sont possibles. Seulement, les mères ne recourent pas toujours à ces lieux et quand cela se fait, les délais sont longs.

 

Dans son plan triennal 2011-2013 contre les violences faites aux femmes, le précédent gouvernement entendait mettre en place un programme ambitieux pour répondre à ces demandes. Car le manque de budgets entrave les possibilités d’aides. Or le budget du ministère des droits des femmes est passé de 28 millions à 20 millions d’euros en 2010, nous signale Françoise Brié. Elle rappelle également que sur ce budget, une partie seulement est consacrée aux violences conjugales. Même si trois millions d’euros supplémentaires devraient être consacrés à ce budget l’an prochain, à l’initiative de la nouvelle Ministre des droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem, c’est loin de pouvoir aboutir à des politiques efficaces.

 

La création d’espaces d’accueil de jour dans chaque département est aujourd’hui une priorité pour préparer ou éviter le départ du domicile de la femme victime. Ces espaces serviraient également de lieu de rencontre entre le père et ses enfants. Il faut donc noter une réelle prise de conscience de ce phénomène sociétal.

 

Reste qu’il n’y a qu’une solution durable : l’éducation. Éducation des professionnels confrontés aux violences, information pour les femmes victimes, mais aussi, et surtout, éducation sociale : ces violences témoignent d’une conception archaïque de la femme.

 

Eléonore Sens