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09H13 - mercredi 14 novembre 2012

Sénégal : les défenseurs des droits de l’homme en ordre de bataille pour la réparation des violations des droits commises sous le régime de Wade

mercredi 14 novembre 2012 - 09H13

Malgré les voix qui se sont élevées contre les morts occasionnées lors de gardes à vue, d’arrestations, de manifestations voire de tortures sous le régime d’Abdoulaye Wade, son successeur Macky Sall, arrivé au pouvoir en mars 2012, avait suscité de l’espoir chez les victimes, parents de victimes et défenseurs des droits humains. Mais depuis 7 mois, il n’y a eu que de rares arrestations, sans suite judiciaire réelle donnée aux multiples cas de violations déposés sur le bureau du procureur. C’est contre cette situation que les ONG de défense des droits humains se dressent aujourd’hui, en ordre de bataille.


Entre 2000 et 20010, une dizaine de personnes sont mortes au Sénégal, victimes de torture ou de bavures des forces de l’ordre. Amnesty International avait même produit en septembre 2010 un rapport d’enquête détaillé sur chaque cas. Ce rapport  intitulé, «Sénégal Terre d’impunité » avait choqué les autorités de l’époque, dont certaines comme le président Wade avaient menacé l’organisation de défense de droits humains à l’origine du rapport. Pendant la période préélectorale et électorale de février 2012, neuf personnes sont tombées sous les balles des forces de sécurité lors des manifestations contre la candidature de l’ancien président Abadoulaye Wade. Plus d’une dizaine d’autres ont été victimes de torture, de violences durant cette répression policière. Toutefois seules de rares ces de violences qui ont connu une une suite judiciaire.  Les organisations de défense des droits humains qui espèrent une rupture avec le régime de l’actuel président, Macky Sall, ont  vite déchanté du fait du statut quo.

Me Abdoulaye Tine

Le 9 novembre 2012, la Rencontre africaine des droits de l’homme (Raddho), Amnesty Sénégal, la Ligue sénégalaise des droits de l’homme (Lsdh) et le Collectif des victimes et parents de victimes de la répression policière préélectorale et électorale de 2012, sont montés au créneau pour dénoncer cette situation. Ils réclament que réparation soit faite des violations commises. «Il faut une réparation à trois niveaux : financière,  une prise en charge médicale et psychologique et des procès pour une réparation morale», estime Me Abdoulaye Tine, avocat au barreau de Paris par ailleurs conseil du Collectif des victimes et parents de victimes de la violence préélectorale. Mme Rokyatou Gassama, présidente du même collectif s’indigne du fait que tous ces actes sont commis en violation des textes internationaux que le Sénégal a ratifiés. Me Assane Dioma Ndiaye, président de la Lsdh de préciser que pourtant, «en ratifiant les conventions nternationales contre la torture, le Sénégal est dans l’obligation de se donner les moyens nécessaires pour faire cesser ces pratiques au sein de sa police et gendarmerie

Selon Abdoualye Seck qui a représenté Seydi Gassama directeur d’Amnesty à la rencontre, le régime de Macky Sall a enclenché certaines procédures menant à l’arrestation de gendarmes et de policiers impliqués dans des cas de meurtres. Mais jusqu’à présent, l’essentiel des cas reste encore sans suite. Pire, l’arrestation de ces forces de sécurité est dénoncée par certains pontes du pouvoir comme une auto-flagellation, estimant que l’Etat scie la branche sur laquelle il est assis.

Or, les forces de l’ordre doivent, comme tous les citoyens, répondre de  leurs actes. Me Assane Dioma Ndiaye d’ajouter que « depuis l’arrestation de ces gendarmes et policiers, il y a une campagne de diabolisation des organisations de défense de droits humains qu’on
accuse de faire pression sur l’Etat ». Face à cette campagne de diabolisation et de menaces, les organisations de défense de droits humains soutiennent ne pas être déstabilisées. Leurs militants se sont préparés à cela y compris leur famille en mettant leur vie en danger au nom de la défense des libertés inaliénables des citoyens. Alioune Tine, le président exécutif de la Raddho qui a modéré les débats indique quant à lui que le Sénégal  ait réussi le pari de la démocratie, mais manque de volonté politique pour faire respecter les droits humains sous tous ses aspects. Les organisation des droits de l’homme sénégalaises, entendent enclencher sous peu un plan de bataille médiatique, pour contraindre l’Etat à ouvrir des procédures de réparation de violations commises depuis 12 ans.

 

 

Ibrahim KANDJIMOR

Correspondant à Dakar