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05H44 - mercredi 10 octobre 2012

Abdel-Ilah Benkiran, Premier Ministre marocain : « L’évolution démocratique du Maroc est irréversible »

mercredi 10 octobre 2012 - 05H44

 

Abdel-Ilah Benkiran, chef du parti de la justice et du développement (PJD, islamiste modéré), est Premier ministre du Maroc depuis le 29 novembre 2011. Opinion internationale a profité de sa présence au Forum mondial de la démocratie pour lui poser quelques questions.


Si l’on vous écoute votre intervention assez vive dans la session d’ouverture du Forum, on pourrait croire que selon vous, le Forum Mondial de la Démocratie aurait dû se tenir dans un pays arabe pour faciliter la compréhension de ce que vous portez ?

Ce n’est pas très important. Certes, cela aurait été bien qu’il se tienne dans un pays arabe. Il se tient à Strasbourg, c’est très bien aussi. C’est peut-être même mieux pour nous. Ainsi, il y a une présence européenne plus conséquente, et les Européens peuvent nous entendre et nous comprendre.

 

Justement, n’avez-vous pas l’impression que c’est encore trop un Forum européen plutôt qu’un Forum mondial ?

Je vous le dis, ce n’est pas un Forum européen puisque c’est un forum auquel nous participons. Maintenant, peut-être est-il encore largement influencé par l’Europe, je veux bien le dire, mais ce n’est pas quelque chose qui disparaîtra d’un seul coup. Ce sont des choses qui prennent du temps. On ne se rencontrera pas que cette fois-ci, il y en aura d’autres.

Les Européens doivent se mettre dans la tête que Arabes et musulmans veulent la démocratie. Mais ils la veulent selon leur façon de voir. Nous avons une culture différente, des frontières différentes… Il y a des choses que vous acceptez et d’autres pas, nous aussi. Nous ne voulons pas être bousculés, pressés d’aller dans un sens ou un autre. La démocratie est un choix : les peuples veulent être gérés de cette façon. Si Dieu le veut, ça va se faire, c’est certain, mais il faut procéder en douceur.

Les Européens doivent comprendre également qu’ils doivent donner un coup de main, s’ils veulent que les choses évoluent positivement. Par exemple, l’un des intervenants de ce matin a parlé de laïcité. Mais si vous parlez de laïcité dans mon pays, vous êtes perçu comme un extrémiste. Religion et État ne feront qu’un, plus encore au Maroc où le roi est en plus commandeur des croyants. Alors que faire ? Éliminer tout ça ? Ça ne peut pas marcher ! Si aujourd’hui le Maroc avance plus sereinement vers la démocratie que les autres, c’est parce qu’il y a beaucoup de quiétude sur ce plan.

 

La démocratie est indissociable de l’Etat de droit et des droits de l’homme. Quelles mesures concrètes avez-vous pris en ce sens depuis votre arrivée au pouvoir ?

Si vous observez les évolutions advenues dans mon pays, depuis des décennies, vous serez étonnés. Aujourd’hui, il y a une liberté de la presse presque totale par exemple. Nous sommes en train d’évoluer. Je ne dis pas que nous sommes déjà la Suisse, mais nous allons dans le bon sens et c’est irréversible.

 

Propos recueillis par Michel Taube et Yannick Le Bars