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06H57 - vendredi 20 avril 2012

« Les droits humains tiennent la même place centrale que l’écologie dans le programme d’Eva Joly » : entretien avec Pascal Durand, porte-parole d’Europe Ecologie les Verts

vendredi 20 avril 2012 - 06H57

Entretien avec Pascal Durand, Porte parole d’Europe Ecologie les Verts et responsable justice auprès d’Eva Joly

OI : Pourquoi la campagne présidentielle n’aborde-t-elle guère les droits humains ? Quelle place leur donne Eva Joly dans son programme ?

Les droits humains sont comme l’écologie : ils sont transversaux et inspirent tout notre programme. Les droits humains sont au cœur du projet d’Eva Joly et d’Europe Ecologie Les Verts et de la nouvelle démocratie que nous voulons construire demain dans une nouvelle majorité.

Le triptyque « liberté, égalité, fraternité » est aujourd’hui en panne. La fraternité est devenue un mot vain après 5 années où l’on a monté les catégories de populations les unes contre les autres : les Français de souche aux étrangers, les vieux aux jeunes, les chômeurs aux salariés… On a détricoté le lien social. On ne peut parler de République sociale si l’on ne reconstitue pas une démocratie de liens solidaires et fraternels.

J’étais le 14 juillet dernier avec Raymond Aubrac – qui vient de disparaître – qui nous expliquait que le combat contre le fascisme pendant la deuxième guerre mondiale et le programme du CNR à la Libération, reposaient avant toute sur cette idée de la fraternité humaine et de la solidarité.

OI : Concrètement, comment ferez-vous progresser demain les droits humains en France ?

Avant tout en remettant au cœur de la République le lien avec le peuple et en redonnant ses lettres de noblesse à un régime parlementaire. La représentation nationale doit être le cœur du pouvoir, et non le Palais de l’Elysée où un seul homme, entouré de ses conseillers plus ou moins occultes, déciderait de tout.

Ensuite, sur l’immigration qui est stigmatisée, ce qui nuit tant aux étrangers qu’aux intérêts et à l’image de la France dans le monde, nous défendons deux volets : je voudrais avant tout rappeler que nous avons une dette écologique et sociale considérable envers les pays du sud dont nous avons exploité la substance, que nous avons appauvris, voire pillés, sans leur permettre de développer ne serait-ce qu’une simple agriculture vivrière. D’où cette immigration de misère que l’on voudrait aujourd’hui stopper d’une simple signature de circulaires ou de lois démagogues et liberticides. C’est nous qui sommes redevables aux pays africains et non le contraire. Nous voulons sortir de la Françafrique et sommes pour de nouvelles relations de partenariat respectueuses et égalitaires avec les pays du sud.

Ensuite, le code de la nationalité doit être réformé en profondeur parce que le droit du sol a été mis à mal par la droite. Nous sommes pour la régularisation la plus large des personnes étrangères présentes sur le sol français, avec un attachement tout particulier au regroupement familial qui est un droit universel fondamental. Il doit y avoir des critères de régularisation, mais ils doivent être objectifs, réalistes et transparents. Nous devons nécessairement en discuter avec nos partenaires de la gauche.

Ensuite, nous sommes pour la suppression des centres de rétention administrative et le droit des étrangers doit relever non d’une justice administrative d’exception mais du juge de droit commun, car être immigré n’est pas un délit.

OI : Le droit de vote des étrangers aux élections locales ne fait pas partie du calendrier des cent premiers jours ni de la première année de François Hollande s’il est élu. Cette décision symbolique connaîtra-t-elle le même sort qu’en 1981 ? François Mitterrand l’avait promis et ne l’a jamais réalisé en 15 ans de pouvoir…

Il y a tellement de choses qu’il faudra faire tout de suite… Mais le droit de vote doit être une priorité. Puisque François Hollande a annoncé qu’il présiderait et qu’il laisserait le Parlement légiférer, j’espère que nous pourrons discuter avec la nouvelle majorité de cette mesure qui est, je le rappelle, dans l’accord entre Europe Ecologie les Verts et le parti socialiste.

OI : Quelle est la doctrine judiciaire de la candidate Eva Joly ?

La France a besoin de retrouver une justice vraiment indépendante dans laquelle l’exécutif ne s’immisce pas tous les jours.

La France souffre d’une justice essentiellement répressive qui ne marche pas puisque la criminalité n’a pas baissé. Les droits fondamentaux des détenus et des justiciables ont été battus en brèche par la droite. Nous avons encore battu tous les records avec 67.000 prisonniers en France fin 2011, avec parfois des taux d’occupation de 135%. Nous sommes le 37ème pays dans le classement de la justice en Europe, loin derrière des démocraties pourtant très récentes. L’augmentation du budget de la justice depuis 5 ans est allée à 100% à la construction de nouvelles prisons sans aucune approche ni préventive ni d’accompagnement des détenus. Si au moins ces places nouvelles remplaçaient des cellules vétustes aux conditions inhumaines, mais de fait elles s’y ajoutent. On le sait mais il faut le rappeler : aujourd’hui, un détenu qui entre en prison en sort dans un état pire qu’il n’y est rentré : la prison est criminogène, c’est un comble ! Le suivi des délinquants, la prévention, la santé doivent être des priorités si l’on veut réduire la criminalité, surtout auprès des jeunes.

OI : La France n’a-t-elle pas tenu son rang de patrie des droits de l’homme en intervenant en Libye et en Côte-d’Ivoire ?

Je ne suis pas pour un bonapartisme éclairé avec une politique des droits de l’homme qui dépendrait de la faculté du président de la République d’être sensible ou non à la liberté. Je suis pour une politique internationale des droits de l’homme mais dans le cadre des Nations unies et d’organisations régionales. Je suis pour que la France joue un rôle majeur dans un cadre multilatéral.

J’espère que nous ne sommes pas allés en Libye uniquement parce qu’il y a là-bas du pétrole.

Si les mines d’uranium étaient en danger au Niger, la France interviendrait plus rapidement qu’au Mali où pourtant tout un pays, si proche de la France, est divisé et en danger d’éclatement.

Propos recueillis par Michel Taube