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07H54 - mercredi 11 janvier 2012

Haïti deux ans après :
dans les décombres de Port-au-Prince

mercredi 11 janvier 2012 - 07H54

Deux ans après le séisme qui a secoué Haïti et tué entre 250 000 et 300 000 personnes, l’ONG Première urgence-Aide médicale internationale (PU-AMI) tire la sonnette d’alarme sur la situation locale qui reste très préoccupante.

 

Haïti semble avoir retrouvé un peu de stabilité politique, avec l’élection à la présidence de Michel Martelly. Malgré tout, la situation économique, sociale et sanitaire reste très défavorable pour les dizaines de milliers de sinistrés.

 

« Bien logés » dans 16 m2

Une rue de Port-au-Prince en 2011. © Michel Rosio

L’action prioritaire de PU-AMI, suite au séisme, s’est orientée principalement vers 2 quartiers : Fontamara et Martissant. Ces 2 secteurs du sud-ouest de Port-au-Prince font partie des zones les plus dangereuses de la ville. Pauvreté extrême et violence endémique ont créé un cocktail explosif, empêchant la plupart des ONG d’intervenir. Pourtant, les 450 000 habitants qui s’entassent dans ces 2 lieux de vie ont durement souffert le 12 janvier 2010. En effet, construits de manière anarchique, ces quartiers occupent un flanc de montagne sujet à des glissements de terrain. Le sol n’a pas résisté à la secousse de magnitude 7,3 sur l’échelle de Richter. Logements de fortune et habitants ont été balayés.

La première urgence de Fontamara et de Martissant c’est le relogement. Les camps de fortune s’éternisant, PU-AMI a rapidement mis à disposition des habitants des abris d’urgence de 16 m2. Ces « T-Shelters » peuvent se construire en quelques jours et accueillir une famille entière, certes dans un espace réduit, mais dans des conditions d’hygiène acceptables. Un luxe par rapport aux tentes, posées à même le sol et protégeant à peine des fortes précipitations à la saison des pluies.

Plus d’un an après les premières constructions, 350 abris ont été bâtis et 500 sont en cours de construction. Une aide précieuse pour les populations concernées, mais une goutte d’eau par rapport aux nombres de sans-abris survivant dans les débris de Port-au-Prince.

 

Urgence absolue : sécuriser grossesses et accouchements

Le quartier de Martissant envahi par les déchets. DR

Haïti possédait, avant le tremblement de terre, un des plus catastrophiques taux de mortalité maternelle au monde : 630 décès pour 100 000 naissances. Signe de la déliquescence de la situation sanitaire à Haïti depuis des décennies, ce chiffre est en progression constante depuis 20 ans (le taux n’était que de 460 pour 100 000 en 1990). Ce drame sanitaire, qui tuait avant la catastrophe huit femmes par jour, s’expliquait par le manque d’information des futures mères, l’absence de suivi obstétrique réel et le recours fréquent aux accoucheuses traditionnelles en lieu et place d’un vrai médecin.

 

La situation, déjà difficile, s’est brusquement aggravée avec le séisme du 12 janvier 2010. 60 % des établissements de santé du pays ont été endommagés. Plus dramatique encore, ce sont 10 % des professionnels de santé qui ont été tués pendant la secousse, ou qui ont quitté le pays peu après. Une véritable saignée dans une nation aux ressources humaines faibles.

Aussi, pour faire face à ce drame sanitaire —mais aussi social— qu’est la mortalité chez les femmes enceintes, Première urgence-Aide médicale internationale a ouvert une clinique. Dotée de médecins professionnels, elle propose aux femmes un suivi médical gratuit tout au long de leur grossesse et lors de leur accouchement. Une aide providentielle certes, mais malheureusement insuffisante : la structure prévue pour 20 accouchements hebdomadaires, en traite en réalité 60 par semaine, avec des « pics » à 80 naissances. L’équipe se démène pour assurer au mieux chaque nouvel accouchement, pour que donner la vie ne soit plus, à Haïti, un risque mortel.

Damien Durand

 

Première urgence – Aide médicale internationale est une ONG créée, en avril 2011, par fusion de 2 ONG françaises. Son objectif est d’apporter une réponse globale à l’ensemble des besoins fondamentaux de populations victimes de crises humanitaire.