Edito
07H13 - jeudi 15 septembre 2011

Prisons françaises : quand la France s’inspire du modèle américain

 

Le Président de la République, Nicolas Sarkozy, vient d’annoncer l’ouverture de 30.000 places de prison supplémentaires en France d’ici 2017. Cet accroissement vise manifestement à réduire la surpopulation carcérale. Mais force est de constater que cette politique ne réduit pas la délinquance, notamment les violences faites aux personnes, alors même que la population carcérale augmente. Cercle vicieux qui nous fait penser au modèle américain où la violence règne dans les rues alors que plus de 2 millions de détenus croupissent dans les prisons.

Le communiqué publié par l’ACAT, l’Action des Chrétiens contre la Torture et pour l’Abolition de la peine de mort, organisation modérée et d’autant plus crédible, montre qu’il ne s’agit là en rien d’un propos partisan, mais bien d’une réalité inquiétante.

L’ACAT suggère d’instaurer un moratoire sur la construction de nouveaux établissements pénitentiaires et de privilégier des solutions moins onéreuses mais plus ciblées en faveur de la dignité des détenus, condition de l’efficacité de leur peine et de leur réinsertion.

Plus précisément, l’ACAT dénonce le type de ces nouvelles prisons – où les actes de violence se multiplient – qui sortent de terre  depuis plusieurs années : « misant tout sur la haute technologie et la sécurité, les rapports humains y sont relayés au second plan. L’architecture, la taille, la localisation et le fonctionnement même de ces prisons créent une atmosphère oppressante, tant pour le personnel que pour les détenus, qui favorise le cercle vicieux de la délinquance. » Comme aux Etats-Unis où des établissements aseptisés, déshumanisés dominent dans le paysage carcéral.

On ne le dira jamais assez : une politique pénale est efficace lorsque les mesures d’emprisonnement et de punition sont dispensées dans des conditions humaines.  Seul un accompagnement personnalisé et social permet aux détenus de changer de voie. La Scandinavie et le Canada l’ont compris depuis longtemps avec des chiffres de délinquance et de criminalité nettement meilleurs. En France aussi des solutions existent : l’ACAT pointe l’exemple de la prison de Casabianda en Corse, « prison sans barreaux » construite il y a 60 ans, centre de détention à ciel ouvert où les 194 détenus, pourtant condamnés à de lourdes peines pour des crimes graves, sont mieux encadrés et mieux suivis. Le tout avec des taux de suicide, d’agression, d’évasion mais aussi de récidive particulièrement faibles.

Espérons que les élections présidentielle et législative de 2012 en France permettront à la France d’ouvrir le chantier de l’adaptation du système carcéral français, et rattraper ainsi le retard pris au regard des standards européens.

Michel Taube