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08H47 - lundi 11 juillet 2011

Retour sur les élections en Thaïlande : la victoire du clan Shinawatra

lundi 11 juillet 2011 - 08H47

 

Le dimanche 3 juillet, Yingluck Shinawatra est annoncée gagnante des élections législatives thaïlandaises, la portant, elle et son parti, le Puea Thai, à la tête du pays. Une victoire prévisible au vu de la popularité du frère de Yingluck, Thaksin Shinawatra.

 

 

Une histoire de famille

Bien qu’il soit lui-même un homme d’affaire richissime, Thaksin Shinawatra avait su parfaitement jouer de l’envie de changement d’une majeure partie de la population thaïlandaise recluse dans une campagne qui n’est pas concernée par les progrès économiques que connaissait la Thaïlande. Se posant en défenseur du petit peuple thaïlandais, élu en 2001 puis une seconde fois en 2005, son succès a su effacer les diverses affaires de corruption qui pèsent sur son nom, dont une qui l’a même fait condamner par contumace à deux ans d’emprisonnement en 2008. Il est toutefois renversé en 2006 par l’armée, un acteur au rôle central en Thaïlande, ce qui le force à fuir le pays et à se cacher un temps au Monténégro puis à Dubaï, où il réside toujours. Il continue de disposer néanmoins d’un fort soutien populaire qui s’illustre en 2010, lorsque les « chemises rouges », soutien du parti Puea Thai et réclamant le retour de Thaksin, bloquent plusieurs jours le centre-ville de Bangkok et s’opposent aux « chemises jaunes » qui soutiennent le pouvoir en place.

C’est donc en brandissant fièrement le lien de parenté avec son frère Thaksin que Yingluck Shinawatra a fait campagne et gagné les élections. Apparaissent alors les doutes sur les liens qui unissent l’exilé et la première femme du pays, qui aux yeux de beaucoup apparait comme une néophyte peu expérimentée politiquement. Alors que certains la voient comme un simple relais de l’influence politique de Thaksin – qui la désigne lui-même comme son « clône » – et doutent de sa capacité à diriger un pays au cœur d’un climat politique plus que tendu, d’autres l’estiment capable d’assurer seule la gouvernance de la Thaïlande sans l’aide de son frère expatrié. Selon le second point de vue, elle n’aurait alors pas l’intention de négocier une amnistie pour autoriser le retour de Thaksin en Thaïlande, susceptible de déclencher un nouveau coup d’État de la part des militaires résolument opposé à Thaksin, sans compter les émeutes que ne manqueraient de déclencher les chemises jaunes. Hypothèse qui est par ailleurs rejetée par Thaksin lui-même, qui déclare ne pas avoir le projet de revenir en Thaïlande. Ce ne serait cependant pas la première fois que Thaksin Shinawatra se contredit.

 

 

Accroissement des tensions, ou détente ?

Cette victoire politique n’est donc pas, pour le moment, synonyme d’une détente du climat politique thaïlandais. Ni d’une amélioration du respect des droits de l’homme au cœur d’un pays qui n’est pas vraiment irréprochable sur ce plan. Le mandat de Thaksin fut entaché de plusieurs violations notables. Amnesty International aura déploré, entre autres, une diminution des droits des demandeurs d’asiles, une « guerre contre la drogue » qui s’est avérée particulièrement sanglante et, dans des provinces à majorité musulmane comme celle de Pattanni et agitées de rébellions locales, un terrifiant cortège d’exécutions arbitraires et extra-judiciaires, de torture, de disparitions forcées. Certes, comme le remarque Benjamin Zawacki, chercheur sur la Thaïlande pour Amnesty International, il n’est pas certain que ces violations se reproduisent durant le mandat de Yingluck. « Mais il est clair qu’après plus de cinq ans de conflits politiques – qui ne sont pour l’instant pas réglés – le nouveau gouvernement a besoin de porter son attention sur les problèmes de droits humains en Thaïlande. L’impunité des violations passées doit disparaitre, et les violations à venir doivent être évitées. »

L’élection de Yingluck Shinawatra en elle-même ne règle en rien les tensions qui agitent à ce jour la Thaïlande. L’armée constitue encore une menace pour elle, même si jusqu’à aujourd’hui, elle s’est montrée discrète concernant l’élection de la sœur d’un de ses pires adversaires. La possibilité de nouveaux affrontements entre chemises jaunes et chemises rouges n’est pas écartée, surtout si Thaksin fait le choix de revenir à la politique, ce qu’il prétend ne pas avoir l’intention de faire. Toutefois, la jeunesse de Yingluck fait naître chez beaucoup l’espoir que la situation change réellement. « On peut espérer que Yingluck apprennent des erreurs de Thaksin comme du celles du gouvernement qui l’a précédée, et qu’elle fera preuve d’un plus grand respect des droits de l’homme et des lois de son pays » déclare Benjamain Zawacki.

 

 

Romain Leduc

Photos :

– en une : manifestation de chemises rouges pro-Shinawatra dans les rues de Bangkok

– texte : Yingluck et Thaksin Shinawatra (Pattanapong Hirunard)